
RéalisationLe Lab Le Diplo
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Au cœur de Washington, entre les couloirs feutrés de la Maison Blanche et les salles insonorisées du Conseil de sécurité nationale, se joue une bataille aussi féroce que périlleuse. La cible est l’Iran. L’arbitre absent s’appelle diplomatie, et des ombres omniprésentes, certains faucons israéliens. Les révélations du New York Times, selon lesquelles Donald Trump aurait bloqué une attaque préventive contre Téhéran, ont provoqué un séisme politique transatlantique. Et mis en lumière la véritable nature du conflit : non pas un affrontement entre États, mais une guerre intestine au sein même des centres de pouvoir américains.
En Israël, le front interventionniste transcende les partis. Yair Lapid, Naftali Bennett, Avigdor Liberman, Benny Gantz : tous s’accordent sur une idée — la fenêtre pour frapper l’Iran se referme. Peu importe que la République islamique, comme l’a montré une étude de l’université Columbia, n’ait ni l’intention ni les capacités de se doter de l’arme nucléaire. L’objectif est ailleurs : éliminer un rival stratégique, asseoir la domination israélienne sur la région et réduire les pays du Golfe à une périphérie docile, grâce aux accords d’Abraham, portés à bout de bras par les différentes administrations américaines.
Dans ce contexte, les tentatives de certains Israéliens de torpiller tout dialogue direct entre les États-Unis et l’Iran sont devenues systématiques. Avant le second round de négociations, prévu à Rome, le chef du Mossad, David Barnea, et le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, ont rencontré l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, pour tenter de le dissuader de poursuivre les discussions. En parallèle, les fuites médiatiques se multiplient : Israël envisagerait une frappe en solitaire contre les installations nucléaires iraniennes. Une opération risquée, certes, mais qui contraindrait presque automatiquement Washington à intervenir aux côtés de son allié belliciste.
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Trump, pour l’instant, tient bon. Il rejette les injonctions israéliennes, affirme être “aligné” avec Netanyahu – une déclaration plus diplomatique que sincère – et laisse entendre qu’il souhaite calmer le jeu. Ce cap est soutenu par plusieurs figures majeures de son administration : Tulsi Gabbard, Susie Wiles, Pete Hegseth, J.D. Vance. Même Mike Waltz, conseiller à la sécurité nationale, s’est montré sceptique quant à une action israélienne unilatérale.
Mais cet équilibre est précaire. La nomination de Merav Ceren, ancienne cadre du ministère israélien de la Défense et farouche opposante à l’accord nucléaire d’Obama, comme responsable du dossier iranien au sein du Conseil de sécurité nationale, sonne comme une alerte. Certains rappellent son engagement au sein du Foundation for Defense of Democracies, l’un des think tanks néoconservateurs les plus influents. Et un enregistrement clandestin révélé par Grayzone montre Elliott Brandt, nouveau PDG de l’AIPAC, se vanter de son influence sur Waltz, Marco Rubio et John Ratcliffe, directeur de la CIA. Une mainmise assumée sur les leviers de la sécurité nationale.
Dans ce jeu de chaises musicales, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth est aujourd’hui en difficulté. Impliqué dans le scandale “Signal”, une visioconférence secrète au cours de laquelle fut décidée une opération militaire au Yémen, il est accusé d’avoir laissé entrer un journaliste clandestinement. Officiellement, l’erreur revient à Waltz, mais c’est Hegseth qui subit les appels à la démission. Le jeu des cibles sacrificielles est clair : protéger les faucons, sacrifier les modérés.
Pourtant, un autre nom rassure : celui d’Elbridge Colby, nouveau directeur de la stratégie politique au Pentagone. Figure de proue du réalisme stratégique américain, Colby défend un recentrage sur la Chine et plaide pour un désengagement partiel au Moyen-Orient. Pas d’idéalisme messianique, mais une gestion calibrée des intérêts américains. Dans ce cadre, l’Iran ne doit pas être anéanti, mais contenu, sans déclencher une nouvelle guerre.
Pendant que les tambours battent à Washington et Tel Aviv, la diplomatie véritable avance ailleurs. Abbas Araqchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a rencontré Vladimir Poutine à Moscou, où un accord stratégique a été finalisé, incluant la défense. Puis il s’est rendu à Pékin pour mettre en œuvre un partenariat stratégique avec la Chine. Oman, médiateur silencieux mais essentiel, poursuit ses efforts pour maintenir le dialogue.
Le prochain round des négociations aura lieu à Rome. Mais comme la guerre avec l’Iran aurait des répercussions globales, la paix ne pourra naître que d’une architecture multipolaire. La seule entente bilatérale entre Washington et Téhéran ne suffira pas : Moscou, Pékin, Mascate, tous doivent participer à ce fragile édifice.
Trump, tel un équilibriste, avance sur une corde raide, tiraillé entre l’exigence de compromis et la pression des va-t-en-guerre. Mais au Moyen-Orient, l’hésitation est souvent le vestibule du désastre.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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