
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Benoît Paré n’est ni idéologue, ni polémiste. C’est un expert, un ancien observateur de l’OSCE, un homme de terrain au parcours dense – ex-Yougoslavie, Afghanistan, Liban, Pakistan – et, surtout, un témoin oculaire du conflit ukrainien entre 2015 et 2022. Pendant près de huit ans, il a vu ce que beaucoup n’ont pas voulu voir, entendu ce que beaucoup ont préféré ignorer. Et après avoir été tenu au silence, marginalisé, censuré, il a décidé de parler. Ce que j’ai vu en Ukraine, un ouvrage de 800 pages, est à la fois un journal de terrain, un acte de probité intellectuelle et un document d’histoire future.
Une mission « neutre » profondément alignée
Dès son arrivée à Kiev en 2015, Paré découvre un biais flagrant : au sein même des briefings de l’OSCE, le discours dominant épouse entièrement la position ukrainienne. Le porte-parole canadien de la mission affirme ouvertement que les séparatistes ne sont « que des propagandistes », qu’il est inutile de dialoguer avec eux. Une prise de parti d’autant plus choquante que le mandat officiel de l’OSCE, adopté en mars 2014, impose une posture neutre et impartiale visant à désamorcer les tensions.
Mais pour nombre de responsables en poste à Kiev, être « neutre » signifiait concrètement soutenir l’unité territoriale de l’Ukraine contre les sécessionnistes. Dès le départ, affirme Paré, la mission se prive ainsi de tout moyen réel d’agir en médiateur, devenant au contraire un acteur politique au service d’un seul camp.
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Premières patrouilles, premières censures
À peine déployé sur le terrain, à Kordiumivka, Paré recueille les témoignages d’habitants dénonçant l’installation de troupes ukrainiennes dans une école maternelle, en plein mois d’août. Une femme, en particulier, décrit comment sa famille de l’autre côté de la ligne de front compare en temps réel les bombardements : selon elle, l’armée ukrainienne tire à l’aveugle, tandis que les séparatistes visent les positions militaires. Mais ce témoignage ne sera jamais intégré au rapport officiel. Par peur des représailles internes, son collègue bulgare l’écarte. Paré accepte. Il s’agit, selon ses mots, de son premier acte d’autocensure.
Les chiffres de la guerre qu’on ne voulait pas publier
À partir de 2016, intégré à la “dimension humaine” de la mission, Paré a accès aux chiffres des victimes civiles. Il compile, entre 2016 et 2018, une première série de données : 72 % des victimes civiles se trouvent en zone séparatiste, contre environ 25 % en zone gouvernementale. Ces chiffres battent en brèche le récit dominant selon lequel les séparatistes et la Russie seraient les seuls responsables des souffrances civiles.
En 2020, affecté à Lougansk, il réalise une seconde analyse : sur l’ensemble des impacts d’obus enregistrés, 75 % touchent les zones tenues par les séparatistes. Ces données recoupent les précédentes. Mais là encore, rien ne sera publié. Un rapport global diffusé en 2016 fut même retiré sous la pression du gouvernement ukrainien, avec l’assentiment du chef de mission. Désormais, l’OSCE conserve les données, mais renonce à les agréger et à les rendre publiques. Le déséquilibre est documenté, mais dissimulé.
Pressions politiques et falsification
Paré va plus loin : il évoque un cas concret de falsification de rapport. Un bombardement sur cinq habitations fut attribué aux séparatistes, alors que l’analyse balistique montrait une origine ukrainienne. L’auteur du rapport, un Américain, plaida « l’erreur humaine ». Cet homme, raconte Paré, avait travaillé plusieurs années à la NED (National Endowment for Democracy), organisme souvent présenté comme une « façade civile » des activités d’influence de la CIA.
L’OSCE, selon Paré, n’était pas un espace neutre, mais un dispositif dominé par des intérêts anglo-saxons. Dans la section « reporting », la majorité des rédacteurs étaient Américains. Et leur orientation allait clairement dans un sens : protéger l’image de l’Ukraine et du récit occidental.
Rapports parallèles… et surdité diplomatique
Face au déni interne, Paré et d’autres collègues français transmettaient des synthèses plus objectives à l’ambassade de France à Kiev. Mais là encore, le filtre politique jouait à plein. Les diplomates, dit-il, « n’étaient pas toujours prêts à entendre la réalité des chiffres ». Et souvent, ils préféraient s’en tenir aux rapports officiels – édulcorés – de l’OSCE.
Selon Paré, cette stratégie du silence fut largement déployée au sein de l’Organisation. Déjà en Bosnie, dans les années 1990, il avait vu comment les missions de l’OSCE étaient systématiquement influencées par les États-Unis, qui en déterminaient les grandes orientations politiques.
Pourquoi écrire
Longtemps, Benoît Paré n’a pas voulu parler. Il a tenté, d’abord, de faire bouger les lignes en interne. Puis il a essayé d’alerter la presse. En vain. Alors, face au silence, face au mensonge, il a pris la plume. Non pas pour livrer une opinion, mais pour rétablir des faits, mettre à disposition des chercheurs, analystes et citoyens un document brut, vérifiable, presque clinique.
Ce n’est qu’après l’invasion russe de février 2022 qu’il a compris l’urgence : “On risque une Troisième Guerre mondiale. Mon sort personnel devient négligeable face à la gravité de ce qui se joue.”
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