
Par Olivier d’Auzon
Le 4 mai 2025, un souffle de guerre lointaine a balayé les abords du principal aéroport d’Israël. À quelques encablures du terminal 3 de Ben Gourion, un missile s’est abattu, creusant dans l’asphalte un cratère d’une largeur effrayante. Une fumée noire s’est élevée dans le ciel de Tel Aviv, rappelant brutalement aux Israéliens que leur frontière sud, virtuelle jusqu’alors, est désormais vulnérable à des ennemis situés à plus de 2 000 kilomètres.
Ce n’est pas Gaza, ni même le Hezbollah libanais, qui a signé cette frappe. C’est une autre bête blessée du Moyen-Orient, enracinée dans les montagnes yéménites : les Houthis. Yahya Saree, leur porte-parole militaire, s’est empressé de revendiquer l’attaque dans une mise en scène télévisée typique des milices chiites. L’aéroport de Tel Aviv, déclara-t-il, « n’est plus sûr pour le trafic aérien ».
À lire aussi : L’espion était là où on ne l’attendait pas
L’axe Téhéran–Sanaa s’invite dans le ciel israélien
Ce tir n’est pas un acte isolé, mais une séquence logique dans l’extension régionale du conflit israélo-palestinien. Depuis l’éruption de la guerre avec le Hamas en octobre 2023, les Houthis – auxiliaires iraniens sur le flanc méridional de la péninsule Arabique – multiplient les provocations. Drones, missiles balistiques, attaques contre la navigation commerciale en mer Rouge : tout l’arsenal asymétrique y passe. L’objectif est limpide : ouvrir un front d’harcèlement contre Israël, mais aussi contre l’Occident maritime.
Certes, le système de défense israélien, réputé pour son efficacité, a intercepté l’essentiel des projectiles en provenance du Yémen. Mais cette fois, une faille s’est ouverte. Un échec tactique qui, dans un État obsédé par sa sécurité nationale, soulève immédiatement des questions stratégiques. Comment un missile a-t-il pu franchir les radars ? Pourquoi n’a-t-il pas été neutralisé ?
Le ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant, n’a pas tardé à réagir : « Celui qui nous frappe sera frappé sept fois plus fort. » Une formule martiale, mais qui dissimule une gêne : Tel Aviv n’a pas les moyens logistiques d’ouvrir un nouveau front militaire au Yémen, surtout en pleine guerre de Gaza.
À lire aussi : Sécurité intérieure : le débat fantôme
De la guerre locale à la tectonique régionale
Les Houthis ne sont pas simplement un groupe rebelle local. Ce sont les enfants d’un conflit tribal devenu guerre régionale. Leur pouvoir de nuisance est inversement proportionnel à leur isolement diplomatique. Soutenus par l’Iran, formés en partie par le Hezbollah, et aguerris par dix ans de guerre contre la coalition saoudienne, ils maîtrisent désormais l’art de la guerre asymétrique. Ce sont les nouveaux corsaires chiites du XXIe siècle.
En ciblant Israël, mais aussi les navires occidentaux en mer Rouge, ils entendent imposer leur agenda à la table des négociations. À Washington, l’administration Trump – revenue aux affaires en janvier 2025 – a répliqué par une campagne de frappes aériennes d’envergure. Le Pentagone parle d’éradiquer la menace. Mais la guerre moderne n’est plus celle des blindés dans le désert : c’est celle des couloirs maritimes, des ports paralysés et des routes commerciales détournées.
Aujourd’hui, 15 % du commerce maritime mondial évite le détroit de Bab el-Mandeb. Des navires géants préfèrent rallonger de trois semaines leur route via le cap de Bonne-Espérance plutôt que de risquer l’enfer yéménite.
À lire aussi : ANALYSE – Yémen : Trump relance la confrontation avec les Houthis et défie l’Iran
Une guerre oubliée, mais centrale
Les Houthis contrôlent désormais la majeure partie du nord-ouest du Yémen, dont la capitale Sanaa et la côte sur la mer Rouge. Leur pouvoir repose sur une administration de guerre, un monopole de la violence et une propagande religieuse bien rodée. Plus de 160 000 morts, 4,8 millions de déplacés : le bilan humanitaire est catastrophique. Pourtant, cette guerre reste en marge de nos préoccupations.
L’Europe, engluée dans ses débats internes, regarde ailleurs. Les États-Unis, eux, oscillent entre frappes symboliques et négociations secrètes avec Téhéran. Mais une chose est claire : tant que l’Iran continuera d’armer ses supplétifs – du Sud-Liban au Yémen –, la stabilité régionale restera un mirage.
Le missile tombé à Ben Gourion n’a fait que quelques blessés. Mais il marque un tournant. Il signifie que la guerre, longtemps cantonnée à des périphéries, frappe désormais les centres vitaux. Et il rappelle à ceux qui l’avaient oublié que le Moyen-Orient, ce volcan aux mille cratères, peut entrer en éruption à tout moment.
À lire aussi : Retour sur la dernière visite de Mohammed ben Salman à Paris
#Israël, #Yémen, #Houthis, #TelAviv, #BenGourion, #MissileSurIsraël, #GuerreAuMoyenOrient, #IranProxy, #HouthiAttack, #GuerreIsraéloPalestinienne, #RedSeaCrisis, #BabElMandeb, #IranHouthis, #Trump2025, #DéfenseIsraélienne, #SystèmeDômeDeFer, #Gaza, #Hezbollah, #GuerreRégionale, #MerRouge, #GéopolitiqueMoyenOrient, #TerrorismeHouthiste, #AttaqueAérienne, #CommerceMaritimeMenacé, #IsraëlCible, #GuerreAsymétrique, #Sanaa, #CriseYémen, #ProxyWar, #ChiismePolitique, #GuerreOcculte, #USAContreHouthis, #DéfenseMissile, #AxeTéhéranSanaa, #TrumpVsIran, #SécuritéIsraélienne, #DroneHouthis, #NaviresOccidentaux, #RoutesMaritimesMenacées, #MiddleEastTensions, #Aljazeera

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

