
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie).
La décision du Panama de se retirer officiellement de l’Initiative la Ceinture et la Route (BRI) début février représente un tournant dans ses relations bilatérales avec la Chine, qui ces dernières années ont été marquées par une coopération économique et infrastructurelle significative.
Jusqu’en 2017, le Panama reconnaissait officiellement Taïwan comme le gouvernement légitime de la Chine. Cependant, sous la présidence de Juan Carlos Varela, le pays d’Amérique centrale a opéré un virage stratégique en établissant des relations diplomatiques avec Pékin et en rejoignant rapidement l’Initiative la Ceinture et la Route en 2018. Cette décision a permis au Panama d’attirer d’importants investissements chinois, en particulier dans les secteurs de la logistique et des infrastructures, en raison de sa position géopolitique stratégique.
La Chine est rapidement devenue l’un des principaux partenaires commerciaux du Panama, avec des projets majeurs tels que le port de Colón, un hub logistique clé pour le commerce international, la proposition (finalement abandonnée) d’une ligne de train à grande vitesse entre Panama City et David, et l’expansion de la zone franche de Colón, avec des investissements chinois dans le transport maritime et la logistique.
À lire aussi : Entre l’Aigle et le Dragon : le Canal de Panama face aux
Malgré ces développements, l’influence croissante de la Chine dans le pays a suscité une forte résistance, tant sur le plan national qu’international.
Le retrait du Panama de la BRI intervient à un moment où Washington exerce une pression renouvelée contre l’expansion chinoise en Amérique latine. L’administration Trump avait déjà averti les gouvernements de la région des risques liés à une dépendance aux investissements chinois, en particulier dans les secteurs stratégiques tels que les infrastructures portuaires et le commerce maritime.
Le Panama, qui abrite le canal de Panama, un point névralgique du commerce mondial et un intérêt stratégique pour les États-Unis, a toujours été une priorité géopolitique pour Washington. L’adhésion du pays à la BRI en 2018 avait été perçue comme un signal d’alarme majeur par les États-Unis, préoccupés par le rôle croissant de la Chine dans la gestion des opérations portuaires et logistiques autour du canal.
Avec l’élection du nouveau président panaméen José Raúl Mulino, connu pour son orientation pro-américaine, la décision de quitter la BRI apparaît comme un signal clair d’un réalignement avec Washington. L’ambassade panaméenne à Pékin a officiellement notifié la Chine de cette décision avec un préavis de 90 jours, mettant ainsi fin à la participation du pays à l’initiative d’infrastructure mondiale de Xi Jinping.
Le retrait du Panama pourrait inciter d’autres pays d’Amérique latine à reconsidérer leur participation à la BRI, d’autant plus que les États-Unis renforcent leur présence économique et diplomatique dans la région. Cependant, la Chine reste profondément engagée au Brésil, en Argentine, au Chili et au Pérou, ce qui signifie que son rôle en Amérique latine ne devrait pas diminuer à court terme.
Le canal de Panama demeure un atout stratégique pour les États-Unis, non seulement pour le commerce, mais aussi pour le transit militaire. Le désengagement du Panama de la BRI réduit le risque que la Chine acquière une influence directe sur la gestion de ce point de passage mondial crucial.
La décision de quitter la BRI pourrait avoir un impact sur les investissements chinois au Panama. Pékin a déjà réagi fermement lorsque ses partenaires ont révisé des accords stratégiques, comme l’ont montré ses tensions avec l’Australie après l’annulation de certains projets liés à la BRI. Le Panama pourrait désormais être confronté à une baisse des investissements et à la nécessité de redéfinir ses relations commerciales avec la Chine.
À lire aussi : ANALYSE – Le canal de Panama et la longue main de Pékin : Un
Avec son retrait de la BRI, le Panama pourrait recevoir de nouveaux incitatifs de la part des États-Unis pour compenser la perte des investissements chinois. Washington pourrait offrir des financements alternatifs à travers des initiatives comme le Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII), le programme dirigé par le G7 conçu pour contrer l’Initiative la Ceinture et la Route de la Chine.
Le retrait du Panama de la BRI marque un revirement dans sa politique étrangère et économique. Bien qu’il renforce ses liens avec Washington et réduise les risques de dépendance vis-à-vis de la Chine, il annonce peut-être une première victoire de Donald Trump et de sa politique agressive mais soulève également des questions sur la manière dont le pays remplacera les flux d’investissements qui ont jusqu’à présent alimenté son développement infrastructurel…
À lire aussi : ANALYSE – Les ambitions impérialistes de Trump : Le
#Panama, #Chine, #BRI, #NouvelleRouteDeLaSoie, #CeintureEtRoute, #PanamaBRI, #InitiativeChinoise, #Geopolitique, #CommerceMondial, #CanalDePanama, #TrumpVsChine, #USAChinaRivalry, #RelationsInternationales, #InvestissementsChinois, #StrategieAmeriqueLatine, #XiJinping, #InfluenceChinoise, #Mulino, #DiplomatiePanama, #EconomiePanama, #ChineAmeriqueLatine, #ConflitÉconomique, #ProjetInfrastructure, #GuerreCommerciale, #WashingtonPanama, #CommerceChinePanama, #RetraitBRI, #PuissanceChinoise, #BRIPanama, #ChinaStrategy, #LatinAmericaTrade, #Multipolarité, #IndépendanceÉconomique, #ChineExpansion, #XiJinpingStrategy, #InvestissementsGlobaux, #BRIImpact, #USAContreChine, #CanalDePanamaStratégie, #BRIPartners

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
