
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
C’était en 2024 que l’Ukraine tentait un coup de théâtre, en lançant une offensive au-delà de la frontière pour occuper une portion de la région russe de Koursk. Une initiative née davantage de raisons d’image que d’un véritable avantage stratégique, et qui révéla bientôt son inconsistance militaire. Mais le coup de grâce est venu le 8 mars 2025, avec une opération aussi audacieuse que symbolique. Un commando russe composé de 600 à 800 hommes a progressé – ou plutôt rampé – sur 15 kilomètres à l’intérieur d’un gazoduc désaffecté pour surgir derrière les lignes ukrainiennes et contraindre leurs forces à se retirer de Sudzha.
L’infiltration, surnommée « Opération Potok » (Flux), a été minutieusement planifiée pendant plusieurs semaines. Profitant de la fin du contrat de transit gazier entre Moscou et Kiev, le gazoduc dit de la « Fraternité » – symbole des échanges euro-orientaux – a été transformé en couloir d’assaut. Claustrophobe, étouffant, dangereux. Et pourtant redoutablement efficace. Les soldats, équipés de respirateurs, de rations, de sacs à dos et même de câbles électriques pour l’éclairage et la ventilation, ont surmonté fatigue physique et effondrement psychologique pour atteindre leur objectif.
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Les premiers à en parler furent des chaînes Telegram prorusses. Des vidéos montraient des soldats courbés dans un tuyau de 1,42 mètre de diamètre, râlant, criant, plaisantant. Des scènes qui humanisent une mission semblant tout droit sortie d’un roman de guerre et de désespoir. Les sources ukrainiennes ont d’abord minimisé l’événement, avant d’admettre : ce fut un désastre.
La Russie, par la voix de ses commandements militaires, a aussitôt célébré l’opération. Apti Alaudinov, commandant des forces spéciales tchétchènes Akhmat, en a revendiqué le succès, affirmant qu’elle sera « racontée dans les manuels scolaires ». Le général Gerasimov a salué la contribution de diverses unités, des troupes aéroportées VDV aux anciens combattants de Wagner intégrés à l’armée régulière. L’opération a permis de reconquérir presque l’intégralité des territoires occupés par les Ukrainiens dans le Koursk.
Sudzha est tombée. Kiev s’est tue, puis a discrètement mis à jour ses cartes militaires. Zelensky a limogé le commandant local et s’est réfugié dans les déclarations convenues sur « le courage de nos soldats ». Mais le mal était fait. Les témoignages de soldats ukrainiens eux-mêmes, publiés notamment par le Wall Street Journal et la BBC, parlent de chaos, de panique, de fuite désorganisée.
Le détail peut-être le plus grotesque – mais ô combien symbolique – reste le fait que le tuyau utilisé pour l’infiltration était justement celui d’un gazoduc qui, trois mois auparavant, permettait encore à Kiev de percevoir des royalties. La Russie a transformé un vecteur énergétique en une arme.
L’opération rappelle, par sa nature, les tunnels des guerres de position. Mais ici, la technologie a fait le reste : géophones, ventilation, logistique souterraine. Comme à Véies en 396 av. J.-C., comme à Avdiivka en 2024, l’assaut venu des entrailles de la terre a frappé là où on ne l’attendait pas.
Un tuyau abandonné. Un groupe de soldats volontaires. Une opération insensée et géniale. Et une guerre qui, comme toujours, se gagne quand on accepte de marcher dans l’obscurité. Littéralement.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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