
Par Olivier d’Auzon
Le conflit qui ravage le Soudan depuis avril 2023 semble entrer dans une nouvelle phase, marquée par des avancées significatives des Forces armées soudanaises (SAF) face aux Forces de soutien rapide (RSF). Ces dernières semaines, l’armée régulière a multiplié les victoires, notamment avec la reprise du palais présidentiel à Khartoum, un bastion stratégique et symbolique. Ce succès s’est accompagné de la sécurisation de plusieurs ministères et zones commerciales clés, tandis que les RSF se sont retirées de plusieurs quartiers de la capitale.
Cependant, ces avancées militaires ne signifient pas pour autant une victoire décisive. L’histoire récente des conflits irréguliers au Soudan démontre que les gains territoriaux sont souvent éphémères et que les groupes armés ont une grande capacité d’adaptation. Le repli rapide des RSF pourrait être une manœuvre stratégique visant à réorganiser leurs forces plutôt qu’un signe de défaite imminente. Le conflit demeure ainsi imprévisible, et l’issue demeure incertaine.
Vers une régionalisation du conflit ?
Les tensions dépassent désormais les frontières soudanaises. L’armée soudanaise accuse ouvertement le Soudan du Sud et le Tchad de permettre l’acheminement d’armes aux RSF, attisant les craintes d’une extension du conflit. Dans une déclaration qui a fait grand bruit, les SAF ont menacé de porter la guerre sur le sol de ces pays voisins, une menace perçue comme une escalade préoccupante.
Le Tchad a immédiatement réagi en condamnant fermement ces menaces, les qualifiant de “déclaration de guerre”. N’ayant cessé d’accueillir des dizaines de milliers de réfugiés soudanais depuis le début du conflit, N’Djamena a averti qu’une attaque contre son territoire entraînerait une riposte militaire conforme au droit international. Une extension du conflit au Tchad ou au Soudan du Sud pourrait déclencher une instabilité régionale aux conséquences désastreuses.
Cette montée des tensions illustre la fragilité de la région et le risque d’une guerre qui dépasserait les seules frontières soudanaises. Une médiation diplomatique devient cruciale pour éviter un embrasement généralisé qui pourrait déstabiliser davantage une région déjà en proie à des crises multiples.
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Une catastrophe humanitaire en gestation
Parallèlement aux affrontements, le coût humain du conflit continue de s’aggraver. L’ONU estime que plus de 28 000 personnes ont perdu la vie et que plus de 11 millions de Soudanais ont été déplacés, cherchant refuge dans les pays voisins ou vivant dans des conditions extrêmes à l’intérieur du pays.
Le gel de l’aide américaine, qui représentait une part essentielle du soutien humanitaire, compromet encore davantage la situation. Au Tchad, où la plupart des réfugiés soudanais sont des femmes et des enfants, les services de santé et les infrastructures d’accueil sont débordés. Sans une intervention rapide de la communauté internationale, la crise humanitaire risque d’atteindre un niveau catastrophique, menaçant non seulement les populations vulnérables mais aussi la stabilité des pays voisins déjà fragilisés.
Quels scénarios à venir ?
La progression des SAF semble redéfinir la dynamique du conflit, mais la guerre est loin d’être terminée. Plusieurs scénarios restent envisageables. Une victoire militaire complète des SAF, bien que peu probable à court terme, pourrait marquer un tournant. Toutefois, un conflit prolongé avec des batailles urbaines et un harcèlement constant des RSF reste une possibilité inquiétante.
Un autre scénario serait l’internationalisation du conflit, notamment si les tensions avec le Tchad et le Soudan du Sud dégénèrent en hostilités ouvertes. Une intervention diplomatique proactive devient impérative pour prévenir une telle escalade.
Enfin, la crise humanitaire et la pression internationale pourraient contraindre les belligérants à accepter une médiation, bien que les précédentes tentatives de cessez-le-feu aient largement échoué. Une solution politique durable nécessiterait des négociations impliquant toutes les parties prenantes, y compris les acteurs régionaux et internationaux.
Si rien n’est fait, le Soudan pourrait s’enfoncer dans une guerre prolongée, aggravant un des conflits les plus meurtriers de ces dernières années. Il appartient désormais aux décideurs internationaux d’agir avant que la situation ne devienne irréversible.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

