
Par Imen Chaanbi
En septembre 2023, sous l’égide des États-Unis, 32 pays côtiers de l’Océan Atlantique ont signé la Déclaration sur la coopération atlantique. Ce partenariat, d’une portée inédite, réunit des nations d’Afrique, d’Europe, des Amériques et des Caraïbes, dans le but de renforcer la coopération multilatérale sur des enjeux économiques, sécuritaires et environnementaux.
À travers ce partenariat, les pays souhaitent répondre à des défis communs tout en construisant un cadre de gouvernance favorable à une meilleure gestion de cette région stratégique du globe. Cependant, derrière cette coopération se cachent des rivalités géopolitiques, des enjeux de souveraineté et des questions sur la gouvernance de cet espace maritime crucial.
Un espace atlantique convoité : Des ressources stratégiques au cœur des tensions
L’Océan Atlantique, deuxième plus vaste océan du monde, connecte trois continents – l’Amérique, l’Afrique et l’Europe – et représente une artère commerciale vitale pour l’économie mondiale. Il constitue également un espace de grande richesse, non seulement en termes de ressources naturelles mais aussi d’infrastructures stratégiques telles que les routes maritimes, les câbles sous-marins et les bases navales.
Les ressources naturelles de l’Atlantique, telles que le pétrole, le gaz, les terres rares et les minéraux, représentent des enjeux stratégiques majeurs. Un tiers du pétrole et du gaz mondiaux provient déjà des fonds marins, et l’exploitation des énergies renouvelables, comme l’éolien offshore, fait de l’Océan Atlantique un terrain de jeu géopolitique incontournable. Ces ressources suscitent des convoitises et créent des tensions, notamment avec la présence croissante de la Chine, de la Russie et des États-Unis, qui déploient des bases navales et investissent dans des infrastructures portuaires tout autour de l’Atlantique.
De plus, les routes maritimes de l’Atlantique jouent un rôle clé dans les échanges commerciaux mondiaux, avec des milliards de dollars de marchandises transitant chaque année. Les États-Unis et leurs alliés européens souhaitent préserver un contrôle stratégique sur ces voies, tandis que les nouvelles puissances émergentes comme la Chine cherchent à étendre leur influence, par exemple, en finançant des projets d’infrastructures dans des pays comme l’Angola ou le Cap-Vert.
Les Défis de la Coopération : Sécurité, Environnement et Gouvernance
Le partenariat atlantique, en dépit de ses ambitions de coopération, se heurte à plusieurs défis de taille. Le principal obstacle reste la gouvernance fragmentée de la région, où les acteurs du Nord et du Sud, tout comme les puissances rivales, ont des intérêts parfois divergents.
Sécurité Maritime et Piraterie
Le bassin atlantique est confronté à des problèmes récurrents de piraterie et de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), notamment en Afrique de l’Ouest, où l’augmentation des navires de pêche étrangers a diminué les ressources halieutiques disponibles pour les communautés locales. Le Golfe de Guinée, en particulier, est devenu un point chaud pour la piraterie, affectant gravement la sécurité des voies maritimes. Le partenariat vise à renforcer la coopération en matière de sécurité maritime, avec la participation de puissances comme les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, mais la question demeure : jusqu’à quel point les pays du Sud accepteront-ils une collaboration jugée trop inégale ou imposée ?
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Environnement
L’Atlantique joue un rôle crucial dans la régulation climatique, en absorbant près de 30% des émissions mondiales de carbone. Cependant, la région fait face à des menaces environnementales graves : la pollution maritime, les marées noires, l’exploitation minière en eaux profondes et la surpêche. La protection de la biodiversité et la gestion durable des ressources naturelles doivent être au cœur du partenariat, mais la gestion de ces enjeux reste complexe, d’autant plus que certains pays ont des priorités économiques divergentes. La transition énergétique vers des ressources renouvelables (comme l’éolien offshore) pourrait constituer un terrain de coopération, mais il faut encore surmonter des obstacles politiques et technologiques pour mettre en place une stratégie commune.
La compétition géopolitique et les enjeux de souveraineté
Le partenariat atlantique ne se limite pas à la simple coopération économique et environnementale. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique où les rivalités entre grandes puissances occupent une place centrale. Les États-Unis, traditionnellement dominants dans l’Océan Atlantique, cherchent à renforcer leur influence face à l’ascension de la Chine et de la Russie. Cette nouvelle alliance atlantique est perçue par certains comme une forme de containment vis-à-vis de la Chine et de la Russie, dont l’influence croissante dans des zones stratégiques de l’Atlantique suscite des inquiétudes.
Les acteurs du Sud, en particulier les pays d’Afrique et d’Amérique latine, aspirent à une coopération plus équilibrée et souhaitent éviter d’être soumis à une forme de néocolonialisme ou de domination de l’axe Nord-Sud. Le Brésil, par exemple, entend jouer un rôle clé dans la gouvernance atlantique tout en restant fidèle à une vision multipolaire et souveraine de l’Atlantique Sud. Cette diversité d’intérêts et de visions stratégiques complique la construction d’une architecture de gouvernance unifiée.
Scénarios d’avenir : Vers une gouvernance coopérative ?
Face à cette complexité, trois scénarios se dessinent pour l’avenir de l’espace atlantique :
Un Atlantique Multipolaire
Dans ce modèle, les États-Unis et l’Union européenne resteraient influents, mais de nouveaux pôles du Sud, comme le Brésil, le Maroc, ou l’Inde, prendraient une place centrale. Ce scénario favoriserait la coopération bilatérale sur des enjeux spécifiques mais aussi la compétition sur les ressources et les routes maritimes.
Un atlantique dominé par les États-Unis et l’Union Européenne
Ce scénario mettrait l’accent sur une gouvernance centralisée, dominée par l’axe transatlantique, avec une gestion des enjeux globaux comme le changement climatique et la régulation des échanges commerciaux. Toutefois, ce modèle pourrait raviver les tensions entre le Nord et le Sud, en exacerbant les fractures historiques.
Un atlantique coopératif et inclusif
Le scénario le plus ambitieux serait celui d’un Atlantique coopératif, fondé sur une gouvernance partagée et une répartition équitable des bénéfices. Dans ce modèle, les pays du Sud joueraient un rôle central dans la prise de décision, et les défis communs, tels que la protection de l’environnement et la sécurité maritime, seraient abordés collectivement.
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Le partenariat atlantique de 2023 représente une opportunité historique pour les pays riverains de l’Atlantique de structurer une coopération régionale fondée sur des principes communs et une gestion partagée des ressources. Toutefois, la gouvernance de cet espace reste un défi, entre rivalités géopolitiques, enjeux de souveraineté et tensions économiques. Pour que cet ambitieux partenariat réussisse, il faudra surmonter les fractures existantes entre le Nord et le Sud, en construisant des mécanismes de coopération plus inclusifs et équilibrés. L’avenir de l’Atlantique, comme son passé, sera défini par un équilibre subtil entre coopération, compétition et souveraineté.
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Mrs Imen Chaanbi est consultante internationale en géopolitique et veille stratégique auprès des cabinets 5WE Consulting et Strategik IA. Cette experte passionnée par l’Afrique a contribué à la réalisation de projets dans plusieurs pays : Libye, Tchad, Niger, Cameroun, Maroc, Algérie, Tunisie, Togo, Bahreïn ou Arabie Saoudite.
Diplômée de la Sorbonne en droit des pays arabes et en droit des affaires internationales, elle est capable d’identifier, d’analyser les phénomènes géopolitiques et de maîtriser l’ensemble des enjeux politiques et diplomatiques liés aux phénomènes de la mondialisation.
Membre du collège académique au sein de l’Observatoire Géostratégique de Genève, cette conférencière intervient régulièrement auprès d’Instituts académiques et de Think Thank pour évoquer les enjeux géopolitiques, géoéconomiques et sécuritaires du continent africain. Considérée comme l’une des spécialistes des questions libyennes, elle a été la première française à intégrer l’Académie Internationale de Janzour. Elle par ailleurs rédigé les premiers ouvrages relatifs au marché libyen.
Secrétaire exécutive au sein de l’Organisation non gouvernementale Médiateurs Internationaux Multilingues, Imen Chaanbi est aussi auditrice à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale.

