ANALYSE – Lutte contre le terrorisme et le narcotrafic : Le défi de Trump entresécurité et coupes budgétaires

gang de narco mexicains et en fond le drapeau du Mexique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme,

Italie)

Washington, la ville qui ne dort jamais, est une fois de plus au cœur d’une contradiction qui a des airs de déjà-vu. L’administration Trump a placé la sécurité nationale en tête de ses priorités, avec une insistance presque obsessionnelle sur la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic, mais elle se retrouve à naviguer dans des eaux troubles, contrainte de concilier cette priorité avec l’impératif de réduire les coûts de l’appareil étatique.

C’est une danse périlleuse, qui place le National Counterterrorism Center (NCTC) au centre d’un débat renouvelé sur la manière de combattre les menaces mondiales sans vider les caisses fédérales. Mais, comme souvent, derrière les déclarations se cachent des questions gênantes : quels sont ces nouveaux outils dont on parle ? Et surtout, seront-ils efficaces, ou ne sont-ils qu’un nouveau chapitre de la rhétorique musclée de Trump ?

Sécurité, le mot d’ordre

Il n’est pas un secret que Donald Trump a fait de la sécurité un pilier de son programme. Dès les premiers jours de son second mandat, il a réaffirmé que le terrorisme et le narcotrafic – deux fléaux souvent entrelacés – représentent la menace la plus grave pour les États-Unis. Ce ne sont pas que des mots : un récent post sur X, attribué à des sources proches de l’administration, a révélé que la Directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, travaille à une restructuration du NCTC pour concentrer les ressources du renseignement et du contrôle sur les « terroristes qui trafiquent des narcotiques mortels dans le pays » (). L’objectif est clair : couper le flux de drogue qui alimente les organisations criminelles et, dans le même temps, neutraliser les réseaux terroristes qui se financent souvent par le narcotrafic. Ce lien entre drogue et terrorisme n’est pas une nouveauté. Depuis des années, des groupes comme les cartels mexicains ou les milices d’extrême droite aux États-Unis ont démontré que la frontière entre crime organisé et terrorisme est mince, presque évanescente. Mais l’approche de Trump semble vouloir hausser la barre, en misant sur une stratégie qui ne se limite pas à des opérations militaires ou policières, mais qui utilise des outils plus sophistiqués, basés sur le renseignement et la technologie. C’est là qu’intervient le NCTC, l’agence créée après le 11 septembre pour coordonner les informations entre les différentes agences de sécurité et prévenir les attentats terroristes. Mais que change-t-on vraiment ?

Les nouveaux outils du NCTC

Les rumeurs évoquent un NCTC renouvelé, qui, sous la direction de Gabbard, pourrait adopter des approches plus ciblées et technologiquement avancées. On parle, par exemple, d’une utilisation plus intensive de l’intelligence artificielle et des big data pour analyser les flux financiers suspects, cartographier les réseaux de trafic et anticiper les attaques potentielles. Des algorithmes capables de croiser des données provenant de sources diverses – des réseaux sociaux aux registres bancaires – pourraient devenir le nouvel arsenal dans la lutte contre le terrorisme. De plus, on évoque une meilleure intégration avec les forces de l’ordre locales et une collaboration plus étroite avec des partenaires internationaux, bien que la politique isolationniste de Trump rende ce dernier point controversé. Un autre outil au centre des discussions est le renforcement des programmes de « vetting », c’est-à-dire les contrôles sur les flux migratoires et les visas, considérés par Trump comme une porte d’entrée pour les narcotrafiquants et les terroristes. Cette approche, cependant, a déjà suscité des critiques : des contrôles plus stricts risquent de ralentir les processus d’immigration légale sans garantir de résultats concrets, tandis que l’attention exclusive portée à certaines communautés pourrait alimenter les divisions sociales.

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Les coupes budgétaires : une arme à double tranchant

Et voici le cœur du paradoxe. Alors que Trump promet une guerre sans merci contre le terrorisme et le narcotrafic, son administration est obsédée par la réduction des coûts. Le « Department of Government Efficiency » (Doge), dirigé par des figures proches du président, a pour mission de rationaliser la bureaucratie et de couper les dépenses jugées superflues. Cela inclut également les financements pour les programmes de recherche sur le terrorisme, comme ceux du National Institute of Justice et du Département de la sécurité intérieure, qui ont été drastiquement réduits ou supprimés (). Des experts comme John Horgan, professeur à la Georgia State University, ont qualifié ces coupes de « désastre », soulignant que des années de progrès dans la compréhension de la radicalisation et de l’extrémisme ont été anéanties.

La logique de Trump est simple : moins d’État, plus d’efficacité. Mais la réalité est plus compliquée. Réduire les fonds pour la recherche signifie affaiblir la capacité des forces de l’ordre à anticiper les mouvements des terroristes. Et détourner les ressources des enquêtes sur les groupes d’extrême droite – comme cela s’est produit sous la nouvelle administration – vers des opérations contre les gangs latino-américains ou les groupes de gauche risque de créer des vides dangereux (). La grâce accordée à environ 1 500 personnes impliquées dans l’attaque du Capitole le 6 janvier, de surcroît, a envoyé un signal ambigu, faisant craindre que la lutte contre le terrorisme intérieur ne soit sélective, plus politique que stratégique.

Un équilibre impossible ?

La question qui plane sur Washington est la suivante : peut-on mener une guerre mondiale contre le terrorisme et le narcotrafic avec un budget réduit ? La réponse n’est pas évidente. D’un côté, l’utilisation de technologies avancées et d’un renseignement ciblé pourrait effectivement optimiser les ressources, permettant d’en faire plus avec moins. De l’autre, les coupes indiscriminées et les choix idéologiques – comme le désengagement des programmes de recherche ou la politisation des priorités de sécurité – risquent de miner l’efficacité de l’ensemble du système. Et puis, il y a le monde extérieur. La Chine, accusée d’inonder les États-Unis de fentanyl, est dans le viseur de Trump, qui a imposé des droits de douane records de 125 % sur les produits chinois (). Mais Pékin a répondu par des contre-mesures, et la guerre commerciale risque de compliquer la coopération internationale contre le narcotrafic. De même, les coupes dans les financements du Green Climate Fund et dans l’aide au développement (,) pourraient déstabiliser des pays fragiles, créant un terrain fertile pour le terrorisme et les cartels de la drogue.

Le prix de la rhétorique

Comme toujours, Trump avance sur le fil de la provocation, mêlant pragmatisme et spectacle. La restructuration du NCTC et l’accent mis sur de nouveaux outils technologiques sont des idées qui, sur le papier, pourraient fonctionner. Mais la réalité est plus complexe : sans investissements adéquats et sans une stratégie cohérente, le risque est que la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic ne devienne qu’un autre slogan, puissant mais vide. Washington, avec ses contradictions, nous enseigne une fois de plus que la sécurité n’est pas seulement une question de muscles, mais de vision. Et la vision, pour l’instant, semble obscurcie par trop de calculs, pas seulement économiques.

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