Recension – La mer, nouvel échiquier des puissances

Recension – La mer, nouvel échiquier des puissances

lediplomate.media — imprimé le 15/03/2026
Livre les guerres des mers
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

De la mer Noire à la mer de Chine méridionale, des attaques de drones navals aux rivalités entre grandes flottes, les océans sont redevenus l’un des théâtres centraux de la compétition stratégique mondiale. Dans Les guerres des mers, publié chez Tallandier en 2026, l’Amiral Nicolas Vaujour propose une lecture claire et incarnée de ce basculement géopolitique majeur. Un livre qui rappelle combien la puissance maritime demeure l’une des clés de l’histoire.

Le retour de la géopolitique maritime

Pendant plusieurs décennies, l’Occident a vécu dans l’illusion d’une mer pacifiée. La fin de la guerre froide et l’hyperpuissance américaine semblaient avoir transformé les océans en simple autoroute du commerce mondial. Les conteneurs circulaient, les hydrocarbures transitaient, les routes maritimes apparaissaient sûres. La mondialisation avait domestiqué l’océan.

Cette époque est révolue.

La mer redevient aujourd’hui un espace de rivalités stratégiques. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, les tensions en mer de Chine méridionale, les attaques contre le trafic maritime en mer Rouge ou encore la multiplication des sabotages d’infrastructures sous-marines en témoignent. La compétition entre puissances s’est déplacée vers les océans.

C’est ce retour de la géopolitique maritime que décrit l’amiral Nicolas Vaujour dans Les guerres des mers. À partir de son expérience opérationnelle et d’une analyse stratégique solide, l’auteur montre que les océans sont devenus l’un des lieux décisifs de la rivalité mondiale.

Car la mer n’est pas seulement un espace militaire. Elle est aussi une artère économique vitale. Environ 90 % du commerce international transite par voie maritime. Les câbles sous-marins transportent l’essentiel des flux numériques de la planète. Les ressources énergétiques offshore représentent une part croissante de la production mondiale.

Contrôler la mer, c’est donc contrôler les flux.

Un monde redevenu conflictuel

La grande force du livre est de replacer les crises contemporaines dans un cadre stratégique plus large. La mer agit comme un révélateur des transformations du système international. Elle est le miroir d’un monde où les souverainetés s’affirment, où les sphères d’influence se recomposent et où la compétition entre États redevient centrale.

Dans ce nouvel environnement, les puissances cherchent à sécuriser leurs accès maritimes, à protéger leurs routes commerciales et à affirmer leur présence navale. Les détroits stratégiques – OrmuzBab el-Mandeb,Malacca – deviennent des points de tension majeurs.

La mer Noire illustre bien ce phénomène. La guerre en Ukraine ne se joue pas seulement sur les plaines du Donbass. Elle se prolonge sur les mers, où la Russie cherche à préserver ses accès et ses exportations tandis que l’Ukraine multiplie les attaques contre la flotte russe.

Les océans sont ainsi devenus un théâtre d’extension des conflits terrestres.

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La montée en puissance chinoise

L’un des chapitres les plus éclairants du livre concerne la stratégie maritime de la Chine.

Pendant des siècles, l’Empire du Milieu fut essentiellement une puissance continentale. Mais Pékin a engagé depuis deux décennies un effort naval spectaculaire. La Chine construit aujourd’hui la plus grande flotte du monde en nombre de bâtiments et développe des capacités militaires de plus en plus sophistiquées.

Son objectif est clair : contester la domination maritime américaine dans l’Indo-Pacifique.

La mer de Chine méridionale est devenue l’épicentre de cette stratégie. Pékin y revendique près de 90 % de l’espace maritime, au mépris du droit international, et transforme des récifs en véritables bases militaires. L’extension de ces installations illustre la volonté chinoise d’imposer progressivement sa souveraineté sur cet espace stratégique. 

Cette politique maritime s’inscrit dans une ambition plus large : sécuriser les approvisionnements énergétiques de la Chine, protéger ses routes commerciales et projeter sa puissance vers l’océan Indien.

La rivalité entre la Chine et les États-Unis se joue désormais largement sur mer.

Les nouvelles formes de la guerre navale

La guerre maritime du XXIᵉ siècle ne ressemble plus aux grandes batailles navales du passé.

Les innovations technologiques bouleversent profondément les opérations en mer. Les drones navals, les missiles longue portée, la guerre électronique ou les systèmes autonomes transforment les modes de combat.

Les attaques de drones de surface en mer Noire ou en mer Rouge montrent qu’un acteur relativement modeste peut désormais menacer des navires de guerre coûteux. Les technologies civiles sont facilement détournées à des fins militaires par des acteurs non étatiques. 

Dans ce nouvel environnement, la guerre devient aussi invisible. Les câbles sous-marins, les réseaux numériques et les infrastructures énergétiques offshore constituent autant de cibles potentielles.

La compétition stratégique se déplace ainsi vers les profondeurs des océans.

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La France, puissance maritime méconnue

L’ouvrage rappelle également une réalité souvent ignorée : la France demeure une grande puissance maritime.

Grâce à ses territoires d’outre-mer, elle dispose du deuxième domaine maritime mondial. Sa marine est capable d’opérer sur tous les océans, avec des moyens de projection de puissance comme le porte-avions Charles-de-Gaulle ou ses sous-marins nucléaires.

Cette présence mondiale constitue un atout stratégique majeur.

La mer permet en effet de projeter une force militaire loin de son territoire sans dépendre de bases étrangères ni d’autorisations diplomatiques. Les groupes aéronavals offrent ainsi aux États une capacité d’action autonome dans un monde où l’accès aux territoires devient plus difficile. 

Mais cette puissance maritime reste fragile. Elle dépend d’un effort constant de modernisation technologique, de formation des équipages et d’investissement industriel.

Une leçon stratégique

Les guerres des mers est un livre utile parce qu’il rappelle une vérité stratégique trop souvent oubliée : la mer demeure au cœur de la puissance des nations.

Dans un monde où les tensions internationales se multiplient, la maîtrise des océans redevient un enjeu central. Les grandes puissances l’ont bien compris et investissent massivement dans leurs marines.

L’Europe, en revanche, tarde à prendre la mesure de cette transformation.

L’ouvrage de Nicolas Vaujour agit ainsi comme un signal d’alerte. Il invite les Européens à redécouvrir leur vocation maritime et à préserver les instruments de leur puissance.

Car l’histoire est constante : lorsque les océans deviennent des espaces de confrontation, c’est souvent que le monde entre dans une nouvelle ère stratégique.

Et cette ère a bel et bien commencé.

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Amiral Nicolas Vaujour, Les guerres des mers. La Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde, Tallandier, 2026, 240 pages.


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