ANALYSE – La reddition de l’Occident à Damas : UE et USA lèvent les sanctions, la Syrie revient au centre du jeu

ANALYSE – La reddition de l’Occident à Damas : UE et USA lèvent les sanctions, la Syrie revient au centre du jeu

lediplomate.media — imprimé le 24/05/2025
drapeaux syrien européen et américain
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Dans le silence coupable d’une grande partie de l’opinion publique européenne, le 20 mai 2025 a marqué un tournant historique. L’Union européenne, par la voix de sa Haute Représentante Kaja Kallas, a annoncé la levée des sanctions économiques contre la Syrie. Une décision d’une portée bien plus grande qu’il n’y paraît, puisqu’elle constitue une reconnaissance implicite – de la part de l’Occident – de l’échec de quatorze années de politique coercitive et d’une stratégie régionale fondée sur l’isolement, les sanctions et le changement de régime.

Le changement de cap a, comme souvent, été initié par Washington. Le 14 mai, Donald Trump – de retour à la Maison-Blanche et désireux de relancer sa vision « transactionnelle » de la politique étrangère – a ordonné la levée des mesures restrictives contre Damas et a rencontré le président syrien par intérim, Ahmed al-Sharaa, à Riyad. Un geste décisif. Six jours plus tard seulement, l’Europe a emboîté le pas, complétant une manœuvre géopolitique marquée par une odeur de realpolitik et d’aveu d’échec.

Les paroles de Kallas – « aider le peuple syrien à reconstruire une Syrie nouvelle, inclusive et pacifique » – sonnent comme une tentative maladroite de dissimuler les vraies raisons de cette décision. Le peuple syrien, en réalité, a été ignoré pendant des années : victime d’abord de la brutalité du régime de Bachar el-Assad, ensuite des guerres par procuration, enfin étranglé par des sanctions qui ont davantage frappé les hôpitaux que les casernes.

Et voilà que, soudainement, l’Europe découvre que ces sanctions – imposées en 2012 et 2013 – sont un obstacle à la stabilité. Elles ne l’étaient pas auparavant, quand les banques syriennes étaient exclues du système financier mondial, ou quand la reconstruction était empêchée au nom de la « pression sur Assad ». Ce n’est qu’avec le changement de leadership à Damas, avec le départ d’Assad et l’arrivée d’al-Sharaa, que la communauté internationale semble découvrir qu’« une Syrie unie doit pouvoir reprendre son destin en main ».

Les réactions n’ont pas tardé. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assad al-Shaibani, a publiquement remercié l’UE, interprétant ce geste pour ce qu’il est : une reconnaissance de facto de la nouvelle autorité syrienne. Une étape qui clôt – du moins symboliquement – le long cycle de guerre civile entamé le 15 mars 2011 et qui ouvre une phase de réhabilitation internationale du pays.

Cependant, cette réhabilitation n’est pas inconditionnelle. Les diplomates européens ont déjà annoncé le maintien de certaines sanctions « ciblées », en particulier contre les personnes accusées d’alimenter des violences ethniques, comme dans le cas des attaques contre la minorité alaouite. Par ailleurs, les restrictions sur la vente d’armes et de technologies à double usage resteront en vigueur, signe que l’Occident entend conserver un levier de négociation, même dans cette nouvelle ère.

Mais ce qui compte vraiment, c’est le message politique : la Syrie revient dans la communauté internationale non pas parce qu’elle a cédé, mais parce que le monde a cessé de la combattre. Et elle le fait dans un contexte en pleine recomposition, où les anciens équilibres s’effondrent. Le Moyen-Orient post-Afghanistan, post-Ukraine, post-Gaza a besoin de nouveaux piliers. L’axe Riyad-Damas-Washington pourrait devenir l’un de ces fondements, tandis que l’Europe se voit une fois de plus contrainte de suivre, au lieu de guider.

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