
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie).
Les relations entre la France et le Pakistan dans le domaine de la défense connaissent un nouvel élan après des années de relatif refroidissement. En février 2023, les deux pays ont signé une « Feuille de route pour la coopération bilatérale » visant à approfondir leurs liens dans tous les secteurs d’intérêt commun, y compris la défense. Cette entente intervient dans un contexte où Paris et Islamabad cherchent à renforcer leurs relations politiques et économiques, surmontant les tensions récentes, et s’inscrit dans un cadre géopolitique complexe marqué par la rivalité entre l’Inde et le Pakistan. Nous analysons ci-dessous les accords économiques et les collaborations technologiques dans le secteur de la défense, ainsi que les implications géopolitiques de ce rapprochement, avec une attention particulière au rôle des relations entre la France et l’Inde.
Accords économiques dans le secteur de la défense
L’accord de 2023 a officiellement consacré la volonté d’approfondir la coopération dans le domaine défensif. Lors de la 14e session des consultations politiques bilatérales, tenue à Paris, des responsables de haut niveau des deux pays ont réaffirmé leur engagement à renforcer les « relations de défense de longue date » existantes. Cela inclut la consolidation des contacts militaires, le maintien de programmes de formation conjoints et la coopération dans la lutte contre le terrorisme, un domaine où la France et le Pakistan partagent des intérêts communs.
Sur le plan strictement économique, aucun grand contrat d’armement récent entre la France et le Pakistan n’est connu à ce jour. Cependant, la feuille de route bilatérale de 2023 a jeté les bases de potentielles ententes futures, en favorisant les échanges de délégations et les dialogues entre les industries de défense. Historiquement, la France a été un fournisseur majeur d’équipements militaires pour le Pakistan : dès les années 1960, Paris a fourni à Islamabad des avions de combat et des sous-marins, contribuant de manière significative aux capacités militaires pakistanaises. En particulier, la Pakistan Air Force (PAF) a utilisé pendant des décennies des chasseurs français Dassault Mirage III et 5, en achetant environ 150 exemplaires au total. Ces appareils ont constitué l’épine dorsale de la flotte d’attaque pakistanaise, bien qu’ils soient aujourd’hui vieillissants (plus de 50 ans de service) et que seule la moitié reste opérationnelle. Sur le plan naval, la Marine pakistanaise dispose de plusieurs sous-marins de conception française, issus d’accords datant des années 1990 (classe Agosta 90B, appelée Khalid au Pakistan).
Malgré ces liens historiques, la coopération économique militaire franco-pakistanaise a connu des revers au cours des deux dernières décennies en raison de considérations géopolitiques. Dès 2011, la France avait adopté une approche prudente, suspendant les ventes d’armements lourds au Pakistan pour ne pas compromettre ses relations avec l’Inde. Ces restrictions se sont renforcées sous le gouvernement d’Imran Khan (2018-2022), période durant laquelle les relations diplomatiques se sont détériorées en raison de divergences sur des questions religieuses et de liberté d’expression. En 2020, notamment, après les critiques de Khan à l’égard de la position du président Macron sur les caricatures satiriques, Paris a refusé les demandes pakistanaises de modernisation des chasseurs Mirage et des sous-marins Agosta en service à Islamabad. De plus, le gouvernement français a demandé au Qatar – utilisateur du chasseur Rafale – d’exclure les techniciens d’origine pakistanaise de la maintenance de ces avions, craignant que des informations sensibles ne soient transmises au Pakistan (et de là à la Chine). Ces mesures illustrent comment Paris a privilégié ses intérêts stratégiques régionaux (liés à l’Inde) au détriment d’éventuels accords militaires supplémentaires avec le Pakistan.
Avec le changement de leadership à Islamabad en avril 2022 et la nouvelle entente de 2023, on assiste désormais à un rapprochement progressif. La reprise des contacts de haut niveau – notamment les rencontres entre le président Macron et l’ancien Premier ministre Shehbaz Sharif en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en 2022 – a créé un climat favorable à la coopération. Cette « remise à zéro » diplomatique pourrait à l’avenir se traduire par des accords économiques dans le secteur de la défense, bien que probablement de portée limitée. Il est plausible que la France et le Pakistan commencent par des ententes mineures – par exemple, un soutien logistique, des pièces de rechange ou une assistance technique pour les systèmes déjà en service – en évitant des fournitures importantes susceptibles de modifier les équilibres régionaux. Paris reste en effet prudent quant à la vente d’armements avancés au Pakistan, compte tenu du poids stratégique de son partenariat avec New Delhi (détaillé plus loin). En résumé, l’accord-cadre de 2023 a rouvert des espaces de dialogue, y compris sur le plan économique et industriel dans le domaine défensif, posant les bases d’une collaboration progressive mais significative après des années de stagnation.
Collaborations technologiques et coopération technico-militaire
Un pilier des relations défensives entre la France et le Pakistan réside dans l’échange de savoir-faire et de technologies militaires. Par le passé, Paris a favorisé le développement autonome de l’industrie militaire pakistanaise grâce à des transferts technologiques. Un exemple emblématique est le programme Agosta 90B : sur les trois sous-marins diesel-électriques acquis par le Pakistan en 1994, l’un a été entièrement construit dans les chantiers de Karachi avec des composants et des licences fournis par la société française DCNS. La France a même accordé à Islamabad une licence pour proposer ces sous-marins sur le marché de l’exportation. Cette collaboration a doté la Marine pakistanaise de compétences avancées dans le domaine sous-marin (y compris l’intégration du système de propulsion anaérobie MESMA d’origine française). De même, dans le secteur aéronautique, la PAF a bénéficié de programmes de modernisation pour les Mirage III/V (comme le projet ROSE) impliquant des entreprises occidentales, bien que la France se soit montrée réticente à poursuivre ces mises à jour ces dernières années en raison de tensions politiques.
Avec la nouvelle entente, la France et le Pakistan pourraient reprendre des coopérations technologiques dans des domaines non controversés. La feuille de route de 2023 inclut explicitement la coopération en science et technologie, signe que les deux pays souhaitent partager des connaissances dans divers secteurs. En matière de défense, cela pourrait se traduire par des projets communs de formation et d’entraînement (par exemple, des exercices militaires conjoints, des échanges d’instructeurs et des cours pour officiers). Par le passé, les forces françaises et pakistanaises ont effectué des exercices navals et aériens conjoints dans l’océan Indien, visant à améliorer l’interopérabilité et la compréhension mutuelle. Bien que ces exercices se soient raréfiés ces dernières années, il existe un intérêt à les reprendre, notamment dans le cadre d’opérations multinationales de sécurité maritime et de maintien de la paix. La France reconnaît le rôle de premier plan du Pakistan dans les missions de paix de l’ONU et ses contributions à la lutte antiterroriste, des domaines où le partage d’expériences et d’informations est hautement stratégique.
Une autre aire de collaboration technologique concerne la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Les deux pays font face à des menaces terroristes (le Pakistan sur les fronts interne et afghan ; la France face au jihadisme international) et bénéficient d’échanges d’intelligence et de technologies de sécurité. Des mécanismes de coopération entre les services pakistanais et français existent déjà en matière d’antiterrorisme, et la feuille de route de 2023 souligne la volonté de renforcer cette collaboration. Cela pourrait inclure des transferts de technologie pour le contrôle des frontières, la surveillance (drones, systèmes de communication) ou la cybersécurité, des secteurs où la France dispose de compétences avancées que le Pakistan ambitionne de développer.
Il ne faut pas non plus négliger la coopération dans le domaine nucléaire civil, qui a des implications en matière de sécurité stratégique. En 2009, la France et le Pakistan ont entamé un partenariat pour la sûreté nucléaire et l’accès pakistanais aux technologies nucléaires civiles, visant à améliorer les normes de sécurité des installations pakistanaises. Bien qu’il s’agisse de technologies civiles (centrales, gestion du combustible, etc.), cette collaboration contribue indirectement à renforcer la confiance mutuelle dans un secteur sensible et à prévenir des incidents aux potentielles répercussions militaires. C’est un signe de la disponibilité française à s’engager sur des fronts technologiques avancés avec le Pakistan, dans un cadre de non-prolifération et d’utilisation pacifique.
En synthèse, sur le plan technologique, la nouvelle entente France-Pakistan vise à réactiver des synergies : des plateformes conventionnelles (maintenance et mise à niveau des équipements navals et aériens existants) au partage d’informations et de formations, jusqu’à des projets scientifiques et de sécurité conjoints. La clé sera de concentrer la coopération sur des domaines mutuellement bénéfiques mais non directement préjudiciables aux intérêts de tiers – en premier lieu l’Inde – afin que l’échange technologique puisse prospérer sans susciter d’objections géopolitiques.
Implications géopolitiques de la coopération franco-pakistanaise
Les relations défensives renouvelées entre Paris et Islamabad ont des implications géopolitiques importantes, tant au niveau régional sud-asiatique que dans un contexte plus large (Indo-Pacifique et relations avec les grandes puissances). Tout d’abord, ce rapprochement témoigne de la volonté française de maintenir un équilibre diplomatique en Asie du Sud. Bien qu’alliée étroite de l’Inde, la France reconnaît le Pakistan comme un acteur clé pour la stabilité régionale – notamment à la lumière de la situation en Afghanistan et de la lutte contre le terrorisme – et entend donc l’impliquer de manière constructive. Paris souhaite éviter que le Pakistan ne glisse dans un isolement international qui le laisserait exclusivement dans l’orbite de la Chine. En offrant coopération et dialogue, la France maintient un canal d’influence au Pakistan, utile à la fois pour promouvoir la stabilité (par exemple en encourageant Islamabad à contrer les groupes jihadistes sur son territoire) et pour protéger ses propres intérêts dans l’Indo-Pacifique.
Du point de vue d’Islamabad, renforcer les liens avec la France (et l’Europe en général) s’inscrit dans une stratégie de diversification des alliances. Ces dernières années, le Pakistan s’est retrouvé diplomatiquement déséquilibré vers la Chine, tandis que ses relations avec les puissances occidentales étaient tendues : avec les États-Unis en raison des événements en Afghanistan, et avec certains pays européens (comme la France) pour des motifs idéologiques et liés aux droits civils. La nouvelle entente offre au Pakistan l’opportunité de rééquilibrer sa politique étrangère en renouant avec un partenaire occidental de poids. Cela pourrait se traduire par un soutien international accru sur les questions pakistanaises (par exemple, des aides pour les catastrophes naturelles, comme le soutien français après les inondations de 2022) et une position moins isolée dans les instances multilatérales. Par ailleurs, Islamabad peut signaler à Washington que le Pakistan reste ouvert à la coopération avec l’Occident, à un moment où les États-Unis considèrent le renforcement de l’axe indo-français comme un élément clé de l’Indo-Pacifique.
Cependant, cette ouverture franco-pakistanaise se fait avec beaucoup de prudence, précisément en raison de l’équilibre délicat avec l’Inde. La France tient à préserver la confiance de New Delhi et à ne pas compromettre sa sécurité en fournissant au Pakistan des capacités militaires susceptibles de modifier l’équilibre régional. Ainsi, les implications géopolitiques les plus probables de cette entente se manifesteront dans des domaines non létaux : une meilleure coordination diplomatique, des efforts conjoints pour la paix (par exemple pour stabiliser l’Afghanistan), une coopération dans les missions de l’ONU et dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Il est significatif que, dans les pourparlers bilatéraux France-Pakistan, la question du Cachemire (soulevée par la partie pakistanaise) soit mentionnée, mais sans indication d’une intervention française active : cela reflète la ligne de Paris qui soutient la stabilité régionale sans s’impliquer directement dans les différends indo-pakistanais, pour lesquels elle continue d’appeler au dialogue bilatéral.
Une autre implication concerne la dimension indo-pacifique de la politique étrangère française. La France, nation indo-pacifique (avec des territoires et des forces déployées dans les océans Indien et Pacifique), a tout intérêt à prévenir des conflits entre l’Inde et le Pakistan qui pourraient déstabiliser la région et détourner l’attention du défi principal que représente l’essor chinois. Engager le Pakistan dans une relation positive peut contribuer à réduire les risques d’escalade dans le sous-continent. Par exemple, maintenir un canal de communication ouvert avec Islamabad permet à Paris (et à l’UE) de jouer un rôle modérateur en cas de crise indo-pakistanaise, bien que de manière informelle. De plus, la France peut ainsi surveiller de plus près l’évolution des relations Pakistan-Chine, notamment en ce qui concerne les fournitures militaires chinoises avancées au Pakistan (missiles, sous-marins, etc.) et la présence chinoise dans la mer d’Arabie (port de Gwadar). En définitive, d’un point de vue géopolitique, la France poursuit une stratégie d’engagement à 360° en Asie du Sud : un partenariat fort avec l’Inde, mais aussi un dialogue pragmatique avec le Pakistan pour préserver la sécurité collective et les intérêts français dans l’Indo-Pacifique.
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Le rôle des relations France-Inde et leur influence sur les liens avec le Pakistan
Les relations étroites de défense entre Paris et New Delhi forment une toile de fond incontournable pour comprendre l’ampleur (et les limites) de la nouvelle entente franco-pakistanaise. La France et l’Inde entretiennent depuis plus de 25 ans un partenariat stratégique solide, centré sur la défense, l’énergie et la coopération technologique avancée. Ces dernières années, ce lien s’est encore renforcé : entre 2018 et 2022, la France est devenue le deuxième plus grand fournisseur d’armes de l’Inde, représentant environ 30 % de ses importations militaires. Des contrats de grande valeur économique et stratégique ont été conclus, notamment la fourniture à l’Inde de 36 chasseurs multirôles Dassault Rafale (déjà livrés) et un accord pour 26 Rafale supplémentaires en version navale pour la Marine indienne, ainsi que la construction locale de 3 sous-marins Scorpène supplémentaires avec la technologie française. En juillet 2023, lors de la visite du Premier ministre Modi à Paris, de nouvelles collaborations industrielles ont été annoncées : une coentreprise indo-française pour des moteurs aéronautiques (impliquant Safran, avec des investissements de 305 millions d’euros en Inde) et d’autres projets conjoints dans le secteur aérospatial et des drones. La France et l’Inde partagent également une vision stratégique convergente sur l’Indo-Pacifique : toutes deux aspirent à un ordre multipolaire et coopèrent étroitement pour contenir les menaces potentielles à la stabilité régionale, y compris les préoccupations liées à l’assertivité chinoise et au terrorisme transnational.
Dans ce contexte, il est clair que l’engagement français envers le Pakistan sera calibré en fonction des sensibilités indiennes. La France a réaffirmé à plusieurs reprises qu’elle prenait très au sérieux les préoccupations de sécurité de New Delhi, son principal partenaire dans la région. Cela signifie que Paris évitera des initiatives dans ses relations avec Islamabad qui pourraient être perçues par l’Inde comme une menace directe. Par exemple, il semble peu probable à court terme que la France fournisse au Pakistan des armements de pointe comparables à ceux vendus à l’Inde (comme des chasseurs modernes ou des systèmes de missiles avancés). Lors de la crise diplomatique de 2020, Paris a même rassuré l’Inde en prenant des mesures extraordinaires – comme interdire aux techniciens pakistanais l’accès aux Rafale qataris – afin de protéger l’avantage technologique indien découlant des systèmes français.
D’un autre côté, la France semble également soucieuse de ne pas exclure totalement le Pakistan, afin d’éviter de le pousser exclusivement dans les bras de Pékin. La compétition indo-pakistanaise a déjà conduit Islamabad à renforcer sa coopération militaire avec la Chine : un exemple emblématique est celui des chasseurs, où l’achat par l’Inde de Rafale français a été suivi par le choix pakistanais de nouveaux chasseurs chinois J-10 comme mesure de compensation. La France est consciente qu’un Pakistan isolé se tournerait automatiquement vers Pékin (ou d’autres acteurs comme la Turquie et la Russie) pour combler l’écart stratégique avec l’Inde. En maintenant un dialogue ouvert avec Islamabad et en offrant une coopération dans des secteurs « doux » de la défense, Paris peut modérer la dépendance pakistanaise envers la Chine et conserver une marge d’influence.
En pratique, les initiatives franco-pakistanaises seront orchestrées de manière à être complémentaires, plutôt qu’en conflit, avec l’axe franco-indien. La coopération avec Islamabad se concentrera sur des aspects tels que l’antiterrorisme, le maintien de la paix, la sécurité maritime et l’aide humanitaire, domaines dans lesquels l’Inde elle-même peut indirectement bénéficier d’un Pakistan plus stable et formé. Parallèlement, Paris évitera des transferts d’armements à Islamabad qui pourraient modifier de manière significative le rapport de forces avec New Delhi. Il est probable que des consultations informelles aient lieu entre Français et Indiens sur ce sujet, afin de maintenir la transparence : en effet, dès 2019-2020, des responsables français ont communiqué à leurs partenaires indiens les décisions relatives au Pakistan (comme le blocage des modernisations militaires). Cette sensibilité envers l’Inde servira de boussole à Paris, même dans la phase actuelle de rapprochement avec le Pakistan.
En somme, le triangle France-Inde-Pakistan est caractérisé par un équilibre délicat. La relation privilégiée entre la France et l’Inde offre à New Delhi des capacités militaires avancées et un soutien politique sur la scène mondiale, renforçant l’Inde comme pilier de la stratégie française en Asie. Parallèlement, la réouverture à la coopération avec le Pakistan représente pour la France un exercice de soft power et de réalisme politique : Paris cherche à élargir son réseau de partenariats sans compromettre celui, fondamental, avec l’Inde. Tant que la France parviendra à maintenir une distinction claire – en termes de profondeur – entre ces deux relations (une alliance stratégique et technologique avec l’Inde ; une coopération sélective et fonctionnelle avec le Pakistan), elle pourra tirer parti des deux, tout en contribuant à réduire les tensions régionales.
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La nouvelle entente entre la France et le Pakistan dans le secteur de la défense doit être interprétée comme faisant partie d’un effort plus large de réalignement diplomatique après des années difficiles. Paris et Islamabad ont reconnu la valeur mutuelle d’une coopération pragmatique : le Pakistan gagne un partenaire occidental de premier plan avec lequel diversifier ses relations stratégiques, tandis que la France obtient un levier politique sur un acteur clé dans une région complexe, faisant avancer ses intérêts de sécurité. Les accords économiques et les collaborations technologiques amorcés – bien qu’encore modestes – témoignent d’une volonté claire de combler le fossé de confiance qui s’était creusé par le passé. Des progrès sont déjà enregistrés dans la coopération antiterroriste et les consultations sur la sécurité régionale, preuve que la feuille de route de 2023 produit des effets concrets.
Il reste néanmoins évident que cette entente devra composer avec les contraintes géopolitiques imposées par la solide alliance franco-indienne. La France avance sur un fil : d’un côté, elle encourage le Pakistan comme partenaire pour la stabilité (par exemple en soutenant son développement économique via des financements de l’Agence française de développement et en offrant une formation militaire) ; de l’autre, elle continuera à garantir à l’Inde un avantage qualitatif sur le plan militaire, grâce aux importants accords de défense en cours. Tant qu’Islamabad n’adoptera pas de politiques ouvertement hostiles aux intérêts occidentaux, il est prévisible que Paris poursuive cette ligne d’engagement constructif mais mesuré.
À l’avenir, le succès de cette nouvelle phase dépendra de la capacité des deux parties à gérer leurs attentes. Si le Pakistan voit en la France un partenaire fiable prêt à collaborer (même avec certaines limites), et si la France perçoit le Pakistan comme un acteur responsable sur la scène régionale, la coopération pourra s’approfondir progressivement. Cela pourrait inclure, par exemple, davantage d’exercices conjoints, des échanges dans le domaine de la recherche et, avec le temps, peut-être une ouverture à des opportunités commerciales, même dans le domaine des armements mineurs ou à double usage. À l’inverse, toute détérioration des relations Inde-Pakistan – comme une grave crise sécuritaire – placerait Paris dans une position délicate, l’obligeant probablement à réduire le profil de sa collaboration avec Islamabad pour ne pas compromettre son allié indien.
En définitive, les relations défensives franco-pakistanaises reflètent aujourd’hui un mélange de coopération et de prudence. Cette « nouvelle entente » constitue un pas diplomatique important, ayant déjà amélioré le climat bilatéral après les malentendus récents. En même temps, elle s’inscrit dans un jeu géopolitique plus vaste, où la France doit équilibrer avec soin des amitiés et des intérêts divergents. L’évolution de ce triangle stratégique France-Inde-Pakistan sera donc cruciale pour la stabilité de l’Asie du Sud et pour le rôle que des puissances comme la France pourront jouer dans cette région dans les années à venir, tant en tant que fournisseurs de sécurité qu’en tant que médiateurs influents.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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