
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Du 27 au 29 mai 2025, Moscou a accueilli la 13e réunion internationale des hauts représentants chargés des questions de sécurité, un événement qui, loin des projecteurs médiatiques occidentaux, a réuni un impressionnant éventail de figures clés du renseignement et de la sécurité mondiale.
Sous la présidence de Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité russe, ce forum a vu défiler des délégations de plus de 125 pays, principalement issus du Sud global, de la Communauté des États indépendants (CEI), de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), de l’Union économique eurasiatique (UEE) et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
Parmi les participants, des noms lourds de sens : le chef du MIT turc, le ministre de la justice des Talibans, des hauts responsables iraniens et, surtout, Chen Wenqing, membre influent du Politburo du Parti communiste chinois (PCC), dont la présence a marqué les esprits.
Ce sommet, organisé dans un contexte géopolitique tendu, n’était pas une simple réunion protocolaire. Il s’inscrit dans une volonté affirmée de la Russie et de ses partenaires, notamment la Chine, de construire une architecture sécuritaire alternative, défiant l’hégémonie occidentale.
La poignée de main entre Choïgou et Chen Wenqing, immortalisée le 28 mai, symbolise bien plus qu’un geste diplomatique : elle incarne le renforcement d’un partenariat stratégique sino-russe, qui s’étend des questions militaires à la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et le trafic de drogue. Les deux puissances, rejointes par des acteurs comme l’Iran, l’Inde ou encore des représentants de pays africains et asiatiques, cherchent à poser les bases d’un ordre mondial multipolaire, loin des diktats de Washington et de Bruxelles.
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L’ampleur de l’événement est révélatrice. Plus de 150 invitations avaient été envoyées, et la participation massive – 126 délégations confirmées – témoigne de l’attractivité croissante de ce forum pour les nations du Sud et de l’Est. La présence du ministre de la justice des Talibans, figure controversée, illustre l’audace de Moscou à réunir des acteurs que l’Occident marginalise. De même, la participation du MIT turc, dans un pays membre de l’OTAN, souligne les ambiguïtés stratégiques d’Ankara, qui navigue entre ses alliances atlantiques et ses rapprochements avec Moscou et Pékin.
Les discussions, souvent tenues à huis clos, ont abordé des enjeux cruciaux : cybersécurité, lutte contre le terrorisme, mais aussi la nécessité d’une « souveraineté équitable », comme l’a souligné Vladimir Poutine dans son allocution d’ouverture en visioconférence.
Poutine, d’ailleurs, n’a pas mâché ses mots. Dans son discours, il a plaidé pour une nouvelle architecture de sécurité mondiale, « juste et équitable », où chaque État bénéficierait de garanties solides sans compromettre la sécurité des autres. Un message qui résonne particulièrement auprès des pays du Sud global, souvent lassés des ingérences occidentales. Choïgou, de son côté, a multiplié les rencontres bilatérales, notamment avec le président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, et le ministre nord-coréen de la sécurité de l’État, Ri Chang-dae. Avec l’Iran, il a insisté sur la ratification rapide d’un accord de partenariat stratégique, signe d’un alignement renforcé entre Moscou et Téhéran.
Mais c’est la présence chinoise qui donne à ce sommet une portée particulière. Chen Wenqing, figure de proue du régime de Pékin, n’était pas là par hasard. Sa participation s’inscrivait dans une double démarche : d’une part, consolider le mécanisme de coopération sino-russe en matière de sécurité et d’application de la loi ; d’autre part, affirmer le rôle de la Chine comme acteur incontournable dans la gouvernance sécuritaire mondiale. Les échanges entre Pékin et Moscou, déjà intenses – comme en témoigne la visite de Choïgou en Chine en novembre 2024 – se sont concentrés sur des menaces communes, notamment le terrorisme et l’extrémisme, mais aussi sur une vision partagée d’un monde où les puissances émergentes auraient une voix plus forte.
Ce forum, souvent ignoré par les médias occidentaux, est pourtant un signal clair. La Russie, la Chine et leurs alliés ne se contentent plus de critiquer l’ordre unipolaire dominé par les États-Unis ; ils bâtissent activement une alternative. L’absence de délégations occidentales, à l’exception de quelques observateurs discrets, souligne le fossé grandissant entre deux visions du monde. Là où l’Occident mise sur des sanctions et des alliances comme l’OTAN, Moscou et Pékin tissent un réseau d’ententes basé sur la coopération pragmatique et la non-ingérence. Le séminaire scientifique sur les problèmes de sécurité mondiale, organisé pour la première fois en marge du forum, a d’ailleurs renforcé cette ambition intellectuelle de repenser les paradigmes sécuritaires.
En toile de fond, les tensions avec l’Occident restent palpables. Les discussions sur la crise ukrainienne, bien que marginales, ont révélé des divergences : là où la Chine et la Russie prônent un « consensus en six points » pour une désescalade, l’Occident reste arc-bouté sur une posture de confrontation. De même, les critiques chinoises contre les sanctions américaines, accusées de « perturber l’ordre économique mondial », ont trouvé un écho dans les déclarations russes sur le vol des actifs gelés par l’Occident.
Ce sommet de Moscou n’est pas qu’un rendez-vous annuel. Il est le reflet d’un monde en mutation, où les équilibres de pouvoir se redessinent à une vitesse vertigineuse. La Russie et la Chine, avec leurs partenaires, ne cherchent pas seulement à se défendre contre l’hégémonie occidentale ; elles ambitionnent de créer un système où leur vision – multipolaire, souverainiste, pragmatique – deviendra la norme. Et si l’Occident continue d’ignorer ou de sous-estimer ces dynamiques, il risque de se réveiller dans un monde où il ne dicte plus les règles.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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