Tempête politique : comment la gestion des ouragans Milton et Helen s’invite en pleine campagne pour les présidentielles de novembre 2024

Ouragan Milton et Helen
Trump : Photo DR.

Par Angélique Bouchard

La guerre électorale que se livrent les Démocrates et les Républicains s’est amplifiée depuis les catastrophes climatiques liées aux deux ouragans successifs, Milton et Helen.

Joe Biden a téléphoné le mercredi 09 octobre en soirée aux élus de Floride, alors que le puissant et meurtrier ouragan Milton s’est abattu sur l’État. L’actuel président s’est également entretenu avec les sénateurs démocrates et républicains des États les plus touchés par l’ouragan Helen, qui a semé panique et destructions importantes dans le Sud-est, il y a près de deux semaines.

A moins de quatre semaines du scrutin décisif de novembre prochain, alors que la course électorale est extrêmement serrée entre l’actuelle vice-présidente Kamala Harris et l’ancien président candidat Donald Trump, deux des États les plus impactés humainement et financièrement, la Caroline du Nord et la Géorgie, figurent parmi les sept « swing states », capables de faire basculer l’élection présidentielle dans un camp ou dans l’autre. C’est ainsi que la politique fédérale en matière d’aide et de secours aux populations se retrouve au cœur même des derniers enjeux déterminants pour le scrutin de novembre 2024.

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Depuis près de deux semaines, Donald Trump attaque sans relâche le ticket démocrate sur sa gestion de la crise en les accusant d’incompétence dans la gestion et la coordination des efforts fédéraux pour répondre aux ouragans meurtriers qui se sont succédés de manière très rapprochée.

« La PIRE réponse à un ouragan depuis Katrina » a déclaré l’ancien président, mercredi soir, en faisant référence à la réponse initiale portée au niveau fédéral à l’ouragan Katrina, en 2005, qui avait été fortement décriée pour sa lenteur et son inefficacité.

Lors d’un récent meeting en Pennsylvanie, à Scranton, Trump a pointé son adversaire politique, Harris, en affirmant qu’elle venait « de mener la pire opération de sauvetage de l’histoire de la Caroline du Nord… la pire de tous les temps » (Source : Trump charges hurricane response « worst since Katrina » as Biden argues Trump « onslaught of lies » must stop, par Paul Steinhauser, Fox News, 9 octobre 2024)

Il a poursuivi en mettant en accusation la FEMA (l’Agence fédérale de gestion des urgences), qui aurait détourné l’argent destiné à l’aide aux sinistrés au profit des migrants illégaux, conformément à son axe favori de campagne : la question explosive aux États-Unis de l’immigration illégale.

« Vous savez à qui ils ont donné l’argent ? Aux immigrants illégaux qui arrivent », a affirmé Donald Trump, devant une foule militante complètement acquise à sa cause.

Donald Trump a poursuivi ses attaques, le jeudi 10 octobre, lors d’un meeting de campagne dans le Michigan, où il a félicité les gouverneurs républicains du Sud pour avoir « fait un travail fantastique », en réaction à la catastrophe civile et sanitaire consécutive aux ouragans. En revanche, il a fait valoir que « le gouvernement fédéral, de son côté, n’avait pas fait ce qu’il était censé gérer, en particulier en Caroline du Nord. Il a laissé ces gens souffrir injustement ».

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Dès le mercredi 9 octobre, le fils de l’ancien président, Eric Trump a publié sur le réseau social X, un post dans lequel il mentionne que la famille Trump a ouvert l’un de ses hôtels en Floride pour héberger plus de 200 câbleurs de lignes, qui sont sur le front pour restaurer les circuits de télécommunications. (https://x.com/EricTrump/status/1844045888160928092).

Son père a également lancé une campagne GoFundMe pour aider les victimes de l’ouragan Helen, après sa visite en Géorgie, où il a visité des zones sinistrées comme la ville de Valdosta, le 30 septembre dernier. Donald Trump a ainsi collecté plus d’un million de dollars au profit des victimes de l’ouragan Helen (https://www.gofundme.com/f/support-hurricane-helene-victims-with-president-trump).

Parmi les donateurs, on compte l’ancienne sénatrice américaine Kelly Loeffler, Républicaine de Géorgie, qui a donné 500 000 dollars. Bass Pro Shop, la chaîne de magasins américaine bien connue pour sa large gamme d’équipements de chasse, de pêche et d’activités en plein air, a donné 100 000 euros. Dana White, PDG de l’Ultimate Fighting Championship, un ami proche de Donald Trump, présent à ses côtés lors de la Convention nationale républicaine, a également donné 100 000 dollars.

Le milliardaire William Ackman, investisseur dans les fonds spéculatifs, s’est aussi engagé sur un don de 100 000 dollars. Parmi les autres donateurs de renom, figurent Kid Rock, le sénateur américain John Barrasso, Républicain du Wyoming et l’avocat spécialisé en « dommages corporels » Dan Newlin. (Source : Trump launches GoFundMe to help Hurricane Helene victims raises more than $1M, par Louis Casiano, 30 septembre 2024, Fox News).

Entre DeSantis et Harris, une passe d’arme orageuse sur les défaillances en matière de gestion de crise

Alors que 51 comtés de l’État de Floride étaient déclarés en « état d’urgence » suite au passage de l’ouragan Milton, classé en catégorie 5, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis s’est engouffré également dans la brèche jeudi 10 octobre dernier, en fustigeant le manque d’implication de Harris dans la réponse d’urgence apportée aux ouragans Milton et Helen.  Le différend est survenu alors que l’ouragan Milton, une tempête de catégorie 4, s’est abattu sur la Floride, mercredi soir. Milton s’est dirigé vers la Floride, alors que le nombre de morts augmentait et qu’environ un quart de la population est restée sans eau courante, ni électricité, une semaine et demie après le passage de l’ouragan Helen, qui lui, a semé une crise de sécurité civile d’envergure en Floride, Géorgie, Caroline du Sud et du Nord, Tennessee et certaines parties de la Virginie.

« Les gens ont désespérément besoin de soutien en ce moment, et jouer à des jeux politiques, en pleine situation d’urgence, est totalement irresponsable et égoïste », a déclaré Kamala Harris dans un clip diffusé lundi sur Fox News.

Sur le même réseau, DeSantis y a répondu en qualifiant de « délirants » les propos de la Démocrate et en l’accusant à son tour de chercher « à politiser la tempête » simplement parce qu’elle est en « campagne électorale », a- t-il ajouté, avant de préciser que l’intéressée ne l’aurait jamais appelé lors des précédentes catastrophes climatiques qui se sont abattues sur la Floride.

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« J’ai connu des gestions de tempêtes sous la présidence de Trump et celle de Biden. J’ai bien travaillé avec les deux. Elle (Kamala Harris) est la première a essayé de politiser ce phénomène. Et elle le fait, simplement à cause de sa campagne (…)  Je travaille avec le président des États- Unis. Je travaille avec le directeur de la FEMA. Nous travaillons sur ces sujets sans relâche depuis plus de deux semaines. La vice-présidente n’a jamais appelé la Floride. Elle n’a jamais offert son soutien. Je n’ai pas le temps pour ces jeux. Je ne me soucie pas de sa campagne électorale. Evidemment, je ne la soutiens pas, mais elle non plus, elle n’a aucun rôle à jouer dans le processus (d’aide et de mobilisation des urgences). Je travaille donc avec les personnes avec lesquelles je dois travailler » (Source : DeSantis fires back at Harris over hurricane response : « She has no role in this process, par Anders Hagstrom, le 10 octobre 2024).

La querelle politicienne entre le gouverneur de Floride et l’actuelle VP a résonné jusqu’au bureau de presse de la Maison Blanche. Ainsi, Joe Biden a repris le dossier en main en téléphonant directement à DeSantis et à la maire de Tampa, Jane Castor, dès le début de la crise de sécurité civile liée à l’ouragan Helen, il y a deux semaines, pour les exhorter à « l’appeler directement », si un soutien supplémentaire l’exigeait.

Quel impact sur le déroulé de la course électorale ?

La gestion de crise en matière de catastrophes naturelles recouvre des enjeux très porteurs politiquement, notamment en période pré-électorale.

« Les catastrophes naturelles présentent autant d’embûches et que de promesses pour les candidats à la présidence », a déclaré Colin Reed, stratège républicain de longue date à Fox News (Source : Political storm : Back-to-back hurricanes rock Harris-Trump presidential campaign, par Paul Steinhauser, Fox News, le 10 octobre 2024).

Reed, qui est un vétéran de plusieurs campagnes présidentielles pour le parti républicain a souligné : « pour le titulaire, c’est une opportunité de démontrer sa compétence et son leadership constant et de prouver que son gouvernement est capable de fonctionner de manière centralisée en période de péril ».

Dans les annales historiques, rappelons-nous qu’il en a été l’inverse pour le malchanceux George H.W. Bush, qui a été politiquement attaqué pour la désorganisation de la réponse de sécurité civile de la FEMA en Floride, suite à l’ouragan Andrew, qui a frappé cet État clé, quelques semaines avant les élections de 1992.

Une décennie plus tard, son fils, le président de l’époque, George W. Bush a connu un regain de popularité politique en Floride, lors de sa réélection en 2004, grâce à sa réponse adéquate à la crise générée par l’ouragan Charley, qui a frappé en août de cette même année.  Le même Bush a été réélu de justesse, en grande partie grâce au poids électoral de la Floride, mais la bonne impression que son administration a laissée en matière de gestion de crise a été sévèrement entachée par la réponse bâclée, en Louisiane, suite au passage de Katrina.

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Du côté des Démocrates, l’élection présidentielle de 2012 voit le succès du président démocrate sortant Barack Obama, opposé à Mitt Romney, choisi par le Parti républicain. La réponse pugnace et coordonnée d’Obama face à la super tempête Sandy, qui s’est abattue sur la côte quelques jours avant l’élection, l’a probablement propulsé vers la victoire.

Reed souligne un point capital pour le sprint final dans la campagne des Présidentielles de 2024 : « Sans un véritable rôle à jouer dans la réponse à Helen, puis Milton, la vice-présidente Harris est dans un entre-deux, craignant d’être perçue comme trop proche d’une administration profondément impopulaire, mais aussi bien consciente que ses échecs seront perçus comme des échecs alourdissant son bilan politique pour les trois prochaines semaines ».

En effet, le bilan est lourd. L’ouragan Milton, a lui tout seul, a laissé plus de 3 millions de personnes sans électricité et l’estimation financière des dégâts, s’élève à 50 milliards de dollars en Floride…. Estimation préliminaire selon les experts.

Préserver le droit de vote des électeurs dans les États touchés par les ouragans Milton et Helen

Si le sauvetage des moyens de subsistance des habitants des deux Caroline et du Michigan se sont imposés, l’équipe de campagne de l’ancien président Trump a envoyé une lettre aux responsables locaux, notamment en Caroline du Nord, pour s’assurer que les lieux de vote seront accessibles autant que possible sur le terrain.

Face à l’ampleur des destructions, la direction de la campagne Trump-Vance 2024, a proposé d’examiner les modalités pour mettre à disposition des électeurs sinistrés des moyens de transports jusqu’aux lieux de vote. En effet, le Washington Examiner a rapporté la semaine dernière que près d’1,3 million d’électeurs se sont inscrits sur les listes électorales et ont été recensés dans les 25 comtés de l’ouest de la Caroline du Nord, désignés comme « zones fédérales sinistrées » après le passage du dernier ouragan Helen.

Les responsables du Conseil des Élections en Caroline du Nord, ont annoncé que 75 des 80 sites de vote anticipé, ont rouvert le 17 octobre, date d’ouverture du vote anticipé dans l’État de Tar Heel, qui fut le premier producteur de goudron, de poix et de térébenthine du pays, grâce à ses immenses forêts de pins. Un financement exceptionnel de 5 millions de dollars a été débloqué au profit du Conseil des Élections de l’État, afin d’élargir les mesures d’urgence mises en place pour permettre aux comtés de modifier les jours et les lieux de vote anticipé.

Pour rappel, Donald Trump a remporté la Caroline du Nord, lors des précédentes élections présidentielles de 2020, avec seulement 75 000 voix d’avance.

En Géorgie, le vote anticipé a commencé plus tôt, dès le 15 octobre. Le gouverneur Brian Kemp a annoncé que plus de 40 comtés de l’État avaient été touchés par Helen.

Le porte-parole du secrétaire d’État de Géorgie a déclaré à Newsweek que l’appareil électoral étatique était « tout à fait opérationnel » et les ouragans n’avaient eu aucun impact sur les activités de vote anticipé. (Source : Could Hurricane Milton Affect Swing State Voting ? par Théo Burman, Newsweek, publié le 10 octobre 2024).

De plus, le vote anticipé serait en bonne voie aux États- Unis, avec plus de 3 millions de bulletins de vote déjà déposés, a rapporté NBC News. Les habitants de Caroline du Nord ont déjà voté par correspondance avec 30 000 bulletins recensés, tandis que les Géorgiens en ont déjà soumis plus de 1000.

L’ancien président Trump conserve une légère mais constante avance dans les deux États qui disposent, chacun de 16 votes au Collège électoral. Si le Républicain remportait les deux États, il pourrait signer son retour à la Maison-Blanche, mais il doit également remporter au moins un des États du Midwest, remportés par Joe Biden en 2020, pour conforter son second mandat.

Selon les derniers sondages de FiveThirtyEight cartographiés par Newsweek, mis à jour le 15 octobre dernier, Trump remporterait la Caroline du Nord, ramènerait le Géorgie et l’Arizona dans le « mur rouge », ce qui sécuriserait 262 votes en sa faveur au Collège électoral.

Kamala Harris, elle, remportait selon ces mêmes projections, à la fin septembre 2024, la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et le Nevada, avec un district supplémentaire dans le Nebraska, ce qui lui donnerait une avance étroite de 276 votes.

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Toutefois, les récentes inscriptions électorales en Pennsylvanie, ont révélé que cinq comtés de l’État seraient passés dans le camp des Républicains, selon le dernier sondage mené par Rasmussen Reports et American Thinker, avec plus de 60 710 d’électeurs républicains enregistrés dans les comtés de Berks, Fayette, Bucks, Beaver et de luzerne. Le parti démocrate n’a enregistré, lui, début octobre, que 35 854 électeurs démocrates. Ce sondage, qui a porté sur la période entre les 9 et 13 octobre, a révélé que 50% des électeurs probables en Pennsylvanie voteraient pour Trump en novembre contre 47% pour Harris (Source :https://www.breitbart.com/politics/2024/10/14/poll-trump-sees-three-point-lead-over-kamala-harris-pennsylvania/).


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