TRIBUNE – 1815 – 1870 – 1940 – Aujourd’hui : La même démission, sous des masques différents

TRIBUNE – 1815 – 1870 – 1940 – Aujourd’hui : La même démission, sous des masques différents

Capitulation France
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par David Saforcada

Il existe une légende confortable dans l’histoire française, celle d’un peuple régulièrement trahi par des circonstances exceptionnelles. C’est faux. La France n’a pas été vaincue par le hasard, mais par une constante. Des élites qui, à chaque grande crise, préfèrent se placer sous tutelle plutôt que d’assumer le risque national.

1815 : la France livrée pour retrouver ses fauteuils

Après Waterloo, ce ne sont pas les armées coalisées qui humilient durablement la France, ce sont les Français eux-mêmes. Les Bourbons restaurés ne gouvernent pas, ils administrent une défaite. Le Congrès de Vienne devient leur boussole morale. La souveraineté est perçue comme un danger, l’indépendance comme une extravagance napoléonienne. On accepte l’occupation, on purge l’armée, on chasse les serviteurs de l’État qui avaient combattu. La France doit rentrer dans le rang — et tant pis si ce rang n’est pas le sien.

À lire aussi : TRIBUNE – Du rififi au Château : Emmanuel annonce son départ…

1870 : la République confisquée pour neutraliser la nation

En septembre 1870, la trahison change de visage. Elle se drape de vertu républicaine. Les hommes du 4 septembre ne capitulent pas immédiatement, non, ils font pire. Ils confisquent le pouvoir en pleine guerre, sans mandat, sans consultation, en prétendant incarner la Nation tout en se méfiant d’elle.

On parle de défense, mais on redoute la victoire populaire. On résiste assez pour négocier, jamais assez pour gagner. Et quand la paix humiliante est signée, on n’hésite pas à écraser Paris pour rétablir l’ordre. Déjà, l’ennemi extérieur paraît moins dangereux que le peuple français armé et souverain.

1940 : la défaite comme soulagement

En juin 1940, le mécanisme est à nu. Une partie des élites politiques, administratives, économiques accueille la défaite comme une solution. On ne parle plus de continuer, mais de “tourner la page”. Montoire n’est pas un accident, c’est l’aboutissement logique d’une mentalité forgée depuis des décennies. La France combattante dérange ; la France vaincue rassure. Là encore, on sacrifie la souveraineté pour préserver l’ordre, les positions, les habitudes.

À lire aussi : ANALYSE – Les Capitulations Houthistes 

Aujourd’hui : la capitulation sans guerre

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, la démission n’a même plus besoin d’un ennemi aux frontières. Elle est préventive. On s’aligne avant d’être contraint. On admire avant d’être dominé. On justifie avant d’avoir perdu.

Les uns regardent Washington comme un protecteur, les autres Moscou comme un fantasme de puissance, d’autres encore Bruxelles comme une décharge de responsabilité. Tous ont un point commun : ils pensent la politique depuis l’extérieurLa France n’est plus un sujet, mais un terrain d’application.

On nous explique que l’indépendance est dépassée, que la souveraineté est trop chère, que la nation est un concept fatigant. Exactement les mêmes mots qu’en 1815, 1870 et 1940. Toujours les mêmes justifications. Toujours les mêmes renoncements.

La vraie ligne de fracture

L’histoire française ne se divise pas entre monarchistes et républicains, droite et gauche, progressistes et conservateurs. Elle se divise entre :

  • ceux qui acceptent le risque d’être libres,
  • et ceux qui préfèrent la sécurité d’être dépendants.

La trahison, en France, n’est presque jamais brutale. Elle est raisonnableargumentée, civilisée. Elle se présente comme du pragmatisme, du réalisme, de la modernité. Et elle revient toujours au même résultat : la France cesse de décider.

La question n’est donc pas de savoir si nous sommes à la veille d’une nouvelle trahison. La question est de savoir combien sont déjà prêts à l’expliquer.

Car on ne trahit pas la France le jour où l’on signe, on la trahit le jour où l’on accepte l’idée qu’elle ne peut plus choisir seule.

À lire aussi : Confiscation des avoirs russes : une fausse bonne idée


#souveraineté, #France, #histoireDeFrance, #1815, #1870, #1940, #Waterloo, #CongrèsDeVienne, #SecondeGuerreMondiale, #Vichy, #défaite, #capitulation, #élites, #trahison, #déclin, #démission, #indépendanceNationale, #nation, #patriotisme, #politiqueFrançaise, #République, #restauration, #guerre, #Europe, #Bruxelles, #OTAN, #Washington, #multipolarité, #realpolitik, #géopolitique, #puissance, #autonomieStratégique, #crisePolitique, #identitéNationale, #mémoireHistorique, #honneur, #liberté, #résistance, #sursautNational, #avenirDeLaFrance

Retour en haut