
Par Zohreh Bijanyar, informaticienne résidant en France, membre de l’Association des femmes iranienne en France (AFIF)
Beaucoup de souvenirs me reviennent en ce 10 octobre, Journée Mondiale contre la peine de mort, alors que Robert Badinter, celui qui a abolit la peine capitale en France, vient de faire son entrée au Panthéon.
Cette journée ô combien symbolique me conduit à me souvenir de ma petite sœur, Zahra, arrêtée arbitrairement à Téhéran, en 1981 par le régime des mollahs iraniens. Elle fut condamnée à dix ans de prison et exécutée sept ans plus tard sans procès, ni aucun moyen de défense. C’était en 1988, une année où des milliers d’autres prisonniers politiques comme elle, ont connu le même sort sur ordre d’une fatwa du Guide suprême Ruhollah Khomeyni.
Leur seul “crime” : être restés fidèles à leurs convictions, au désir de liberté, de démocratie et aussi leur soutien à l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI).
Le régime des mollahs a ôté la vie à Zahra, et à des milliers d’autres opposants, et a tenté d’effacer leur mémoire en les enterrant dans d’immense fosses communes devenues tristement célèbres. Ma famille n’a jamais su où se recueillir.
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Aujourd’hui les mêmes méthodes se perpétuent en Iran… avec d’autres innocents. Des femmes, des hommes, très jeunes parfois, des minorités, des intellectuels, des étudiants, des ouvriers, des citoyens qui ont eu le courage de s’élever contre le régime des mollahs, de manifester, de publier sur des réseaux sociaux et de crier haut et fort leur désir de liberté… se trouvent dans les couloirs de la mort.
Selon des ONG iraniennes, plus de 850 exécutions ont eu lieu en 2024, sinistre record. Un décompte publié mardi 2 septembre par Iran Human Rights fait état d’au moins 1000 condamnés à mort exécutés en Iran depuis le début de l’année 2025.
Je me remémore le visage de ma sœur dans celui des prisonniers d’aujourd’hui. Elle avait ce même regard calme et fier. Le regard de ceux qui savent combien la dignité humaine vaut plus que la peur. Même dans l’obscurité des cellules d’Evin, elle résistait. Par la parole, par l’humour, par la solidarité avec celles qui partageaient sa cellule, quand elle n’était pas en isolement.
Elle avait un courage immense. Ce courage que je distingue aujourd’hui dans la jeunesse iranienne qui descend dans la rue malgré la répression et la terreur et qui crie Liberté.
En 1988, au moment de massacrer de 30,000 prisonniers politique, le monde a su mais s’est tu. Ni l’ONU, ni les grandes puissances n’ont exigé d’enquête. L’impunité d’hier nourrit les crimes d’aujourd’hui.
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Certains des responsables de ce massacre occupent encore des postes de pouvoir en Iran et perpétuent les mêmes méthodes. Tant que ces criminels ne seront pas jugés, tant qu’on se contentera de condamner verbalement sans que ces paroles ne soient suivies d’actions, les prisons iraniennes continueront de se remplir et les exécutions se poursuivront.
Une commission d’enquête internationale doit impérativement être mise en place sur le massacre des prisonniers politiques de 1988 et sur les exécutions massives qui se poursuivent aujourd’hui en Iran.
Les pays démocratiques ne peuvent plus fermer les yeux : leurs relations avec Téhéran doivent être conditionnées à la fin immédiate de la peine de mort.
Chaque silence diplomatique, chaque complaisance, se paie de vies humaines.
En cette Journée mondiale contre la peine de mort, pensons à toutes celles et ceux, en Iran comme ailleurs, condamnés pour avoir cru en la liberté et en la démocratie. Leur combat est le nôtre, et leur dignité nous oblige à poursuivre sans relâche la lutte contre la peine capitale.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
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