TRIBUNE – La diplomatie est morte. Vive la diplomatie féministe !

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« Puisque nous ne pouvons rien changer au principal, soignons l’accessoire ». Comment mieux résumer le dilemme des diplomaties française et de l’UNESCO, par les temps qui courent, que ne le fait Philippe Bouvard dans ses Mille et une pensées publiées en 2005 ? Au lieu de se remettre sérieusement en question face à un nouveau monde et une nouvelle gouvernance, elles préfèrent procrastiner, excellant dans la pratique de la diplomatie du chien crevé au fil de l’eau.
C’est bien connu, à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler … et l’on ne joue plus aucun rôle sur la scène internationale si ce n’est celui d’idiot utile pendant que d’autres (Chine, États-Unis et Russie) redessinent les contours du nouveau système international[1]. Voici la situation attristante devant laquelle nous nous trouvons en cette fin d’année 2025 ! Pendant que la diplomatie française est en état de mort cérébrale, la diplomatie de l’UNESCO est en état d’agitation avancée.
La diplomatie française en état de mort cérébrale
Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous. Telle pourrait être la philosophie qui sous-tend l’action, pour ne pas dire l’inaction, des diplomaties française et multilatérale !
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La diplomatie française est mal en point
Sa diplomatie du mégaphone prêche dans le désert. Les avertissements lancés par Jupiter au malappris à la crinière jaune pour qu’il associe Européens et Ukrainiens au processus de paix sont sans effet. Les critiques répétées ad nauseam de la gouvernance du locataire du Kremlin par le mari de Brigitte Trogneux laissent de marbre Vladimir Poutine, voire le renvoient à sa juste place dans le concert des nations Les élucubrations macroniennes sur la solution à deux États dans le cadre du conflit israélo-palestinien laissent placide le milliardaire new yorkais qui n’en fait qu’à sa tête et met en place un processus sui generis dont Français et Européens sont exclus. Les injonctions fort diplomatiques à rééquilibrer le commerce bilatéral déclamées par le petit coq gaulois lors de sa récente visite en Chine tombent dans l’oreille du sourd qui a pour nom Xi Jinping[2] et qui a mieux à faire que de prêter attention à ces sornettes[3]. Les critiques du jugement en appel de Christophe Gleyzes sont reçues à Alger avec mépris[4].
La diplomatie multilatérale (universelle ou régionale) est aussi mal en point que l’hexagonale
Elle assiste impuissante au bouleversement du monde du XXe siècle et à la recomposition de celui du XXIe siècle[5]. Le moins que l’on soit autorisé à dire est qu’elle en est la spectatrice impuissante face au bras-de-fer auquel se livrent Américains, Chinois et Russes[6]. Sait-on à quoi sert encore le très effacé Secrétaire général du machin, le portugais, Antonio Guterres ? La part qu’il a prise dans le règlement des différends pris en charge par Donald Trump est une asymptote de zéro. L’ONU de cette fin d’année 2025 ressemble à s’y méprendre à la SDN des années 1939-1940. Elle contemple les trains qui passent sans s’arrêter à Manhattan. Son armée de fonctionnaires inutiles tourne en rond. On pourrait dire la même chose de tout ce qui gravite autour de l’ONU, au premier rang duquel nous pouvons citer l’UNESCO, chère au cœur de la Grande Nation par sa localisation géographique mais qui coûte un bras au contribuable.
Dans ces temps de vaches maigres, pourquoi ne pas sortir de sa poche un lapin, un gadget dans le vent pour conjurer le mauvais sort et se donner bonne conscience à peu de frais ? C’est bien le cas avec la mise en avant de la très fameuse diplomatie féministe. Une sorte de joker des malchanceux.
La diplomatie féministe est en état d’agitation avancée
L’UNESCO s’agite pour exister faute d’avoir prise sur le réel. Elle se pare des oripeaux de la vertueuse diplomatie féministe.
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La diplomatie de l’UNESCO existe en dépit des apparences
Il se passe toujours quelque chose de très important Place Fontenoy au cœur du très chic septième arrondissement de la capitale. Au sein de l’UNESCO, organisation de la famille des nations unies, l’imagination a pris le pouvoir depuis belle lurette. Les idées les plus baroques y prolifèrent dans la plus grande indifférence générale alors que le monde est confronté à des défis d’importance. Notre compatriote, la très discrète Audrey Azoulay – qui achève deux mandats transparents – n’a jamais pris le problème à bras-le-corps. Elle fait sienne le vieil adage, pour vivre heureux, vivons cachés ! Qu’apprenons-nous à la veille des fêtes de fin d’année ? Des invitations sont lancées pour participer à un exercice multilatéral, de la plus haute importance, intitulé :
« Café-Femmes
Être femme, femme et diplomate : partage d’expériences et transmission.
Le mardi 16 décembre : 18-20h
Cité audacieuse
9 rue de Vaugirard
75006 Paris ».
Mazette, c’est du sérieux !
La diplomatie de l’UNESCO brandit en étendard la diplomatie féministe
Ces invitations sont lancées par la Commission nationale française pour l’UNESCO en partenariat avec la Coordination Française pour le Lobby européen des Femmes (CLEF). Il faut savoir que la Commission nationale française pour l’UNESCO est hébergée dans les locaux du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères sis boulevard des Invalides. « La Commission poursuit deux missions principales : contribuer au renforcement de l’influence française, intellectuelle et programmatique auprès de l’organisation internationale ; promouvoir le rôle de l’UNESCO, et de ses valeurs, auprès de la société française. Créée par un décret du 2 août 1946, cette commission travaille en étroite collaboration avec les différents ministères »[7]. Elle est dirigée par un Président, aujourd’hui une ancienne diplomate française adepte de la diplomatie féministe et ses travaux organisés par un secrétaire général. Si nous comprenons bien, c’est grâce à la diplomatie féministe que nous contribuons au renforcement de l’influence française dans ce bidule. Comment ? Pourquoi ? Nous ne le savons pas ou, du moins, nous l’imaginons. De qui se moque-t-on ? Le sort des femmes en Afghanistan, en Iran, au Soudan … ne présente pas le moindre intérêt pour cette commission qui travaille en étroite collaboration avec la Délégation permanente de la France auprès de l’UNESCO. Tout ceci est pathétique et en dit long sur l’inexistence de la diplomatie française, en général et de notre diplomatie au sein de l’UNESCO, en particulier. Jugée à l’aune de ses résultats concrets, elle mériterait d’être dégraissée pour alléger le poids de la dette abyssale d’une France généreuse avec l’argent qu’elle n’a pas.
Qui plus est, alors que l’on nous explique à longueur de journée que nous devons nous préparer à la guerre et à sacrifier nos enfants, nous apprenons que la France organise à Paris, les 22 et 23 octobre 2025, une conférence ministérielle consacrée aux diplomaties féministes ![8] De qui se moque-t-on sauf à croire que la diplomatie féministe est une branche de la diplomatie de la coercition, le bras armé de la diplomatie française ? Les historiens apprécieront, le moment venu à sa juste valeur, ce bibelot d’inanité sonore qu’est devenu l’action extérieure de la France éternelle sous les deux règnes d’Emmanuel Macron.
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Embrassons-nous, Folleville !
« Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal : c’est le courage de continuer qui compte » (Winston Churchill). Aujourd’hui, l’échec semble aussi fatal, voire irréversible, pour la diplomatie française que pour la diplomatie de l’UNESCO qui n’ont pour l’une autre chose à faire qu’à s’agiter et pour l’autre à brandir la diplomatie féministe dont on connaît la vacuité. À l’heure de la post-vérité, la croyance l’emporte sur la vérité des faits. Comment qualifier nos responsables de la diplomatie française – à l’Élysée ou au Quai d’Orsay –, spectateurs d’un monde en totale transformation et d’une montée des périls, si ce n’est de Tartuffe des temps modernes. Leurs avertissements, leurs péroraisons restent lettre morte. Elles n’intéressent personne. « C’est le règne de l’amateurisme, de l’improvisation et de la vacuité »[9]. En dernière analyse, à l’heure où un monde s’efface et un autre apparaît, nous pourrions dire, la diplomatie française est morte, vive la diplomatie féministe !
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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Gilles Paris, Avis de disparition de l’Occident, Le Monde, 11 décembre 2025, p. 31.
[2] Philippe Jacqué/Harold Thibault, Face à Macron, Xi Jinping ne lâche rien sur l’Ukraine, Le Monde, 6 décembre 2025, p. 4.
[3] François Bougon, Macron sourit à Pékin mais n’obtient rien, www.mediapart.fr , 4 décembre 2025.
[4] J.-F. J., Silence sur les otages ? Parlons-en !, Le Canard enchaîné, 10 décembre 2025, p. 8.
[5] Alexandre del Valle, Le nouvel ordre post-occidental. Comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique, L’Artilleur, 2025.
[6] Trump comme Poutine crachent sur l’Europe, Le Canard enchaîné, 10 décembre 2025, p. 3.
[7] https://lannuaire.service-public.gouv.fr/gouvernement/524fb896-9424-4e89-834e-2d60da4a4ff6
[8] https://conseil-europe.delegfrance.org/Ouverture-de-la-4eme-Conference-ministerielle-des-diplomaties-feministes-a (Paris, 22-23 octobre 2025).
[9] Gérard Araud, Leçons de diplomatie, La France face au monde qui vient, Tallandier, 2025.
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