TRIBUNE – Honte au référendum !

TRIBUNE – Honte au référendum !

lediplomate.media — imprimé le 30/03/2026
Melonie référendum
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Ne jamais négliger une information qu’on vous donne, même si sur le moment elle vous paraît sans importance, toutes les clefs ont leur serrure, il suffit d’attendre » (Virginie Despentes). Dans une actualité internationale monopolisée par la guerre au Moyen-Orient, toutes les autres informations, y compris les plus importantes, passent au second plan pour ne pas dire passent par pertes et profits. Nous en avons un exemple frappant avec les résultats du référendum organisé, les 22 et 23 mars 2026, par la Présidente du Conseil italien, Giorga Meloni pour réformer la justice de son pays. Vaste programme. Dès avant le jour du scrutin, la presse de la bien-pensance germanopratine se déchaîne contre la « dirigeante de droite radicale, issue du néofascisme »[1], la Mussolini en jupons qui entend transformer un légitime référendum populaire en un ignoble plébiscite sur son action[2]. Mais, tout est bien qui finit bien. Le peuple vient de la désavouer sèchement avec un score serré de 53,8% contre son projet. Elle le valait bien. Ainsi, tout va très bien dans le meilleur des mondes ! L’honneur est sauf. Alors que, de notre modeste point de vue de modeste juriste, cette initiative nous semblait constituer un authentique acte de foi démocratique, ses nombreux détracteurs la tournent en ridicule, motif pris qu’elle constituerait un ignoble scandale de lèse-État de droit.

Un authentique acte de foi démocratique ?

N’est-ce pas à l’honneur d’une authentique démocratie que de rechercher en permanence à se hisser au niveau des standards les plus élevés d’un État de droit pour être en conformité avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe (dont les violations sont sanctionnées par la Cour européenne des droits de l’homme ou CEDH) et de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (dont les violations sont sanctionnées par la Cour de justice de l’Union européenne ou CJUE), textes auxquels l’Italie est partie ? Nous pensons aussi à la question de l’autorité judiciaire qui n’est pas un pouvoir comme certains bons esprits, voire certains magistrats politisés, voudraient nous le faire croire[3]. Or, y compris les partisans au non au référendum italien reconnaissent la légitimité d’une réforme visant à séparer l’autorité de poursuite de l’autorité de jugement et à remédier aux lenteurs des procédures. Si nous comprenons bien, c’est moins la majeure partie de la réforme qui est contestée que la personne qui la porte (une fachiste qui s’attaque aux pouvoirs des juges qui n’ont plus de contre-pouvoirs et qui sont politisés à outrance). Dites-moi qui vous êtes et je vous dirai si vous avez raison ou tort !

Ce que l’Italie fait, à savoir l’organisation d’un référendum, la France se refuse à le faire, elle qui se présente en parangon de vertus démocratiques. Le constat est peu réjouissant au regard de quelques questions dérangeantes. Que dire d’un pays dont la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) juge, à deux reprises en 2010, (arrêts Moulin et Medvedyev[4]), que le parquet à la française ne présente pas les garanties d’une justice indépendante et impartiale au sens où l’entend la Convention européenne des droits de l’homme à laquelle la France est partie ? Or, depuis cette date, aucune réforme constitutionnelle n’a été lancée pour remédier à cette situation. Que dire d’un pays où le principal syndicat de magistrats s’affiche dans les meetings de partis d’extrême gauche, porte des jugements contre des projets de lois ou des lois votées par le Parlement sans qu’il n’encoure les foudres du peuple, épingle dans son fameux « mur des cons » les photos de personnalités politiques de droite … ? Que dire d’un pays où l’administration est son propre juge grâce à une justice d’exception au premier rang de laquelle figure le Conseil d’État qui n’a pas de magistrats mais des « membres », nuance de taille ? Que dire d’un pays où la magistrature n’a jamais daigné faire acte de contrition après des injustices graves et avérées qui ont démoli des vies d’innocents : Outreau, Iacono, Dills, Omar Radad …[5] Que dire d’un pays où nous apprenons que Richard Ferrand limoge sa numéro deux Aurélie Bretonneau sur fond de divergences sur la place du droit. À peine un an après l’avoir fait nommer secrétaire générale du Conseil constitutionnel, le Président aurait pris cette décision, sur fond de « divergences de vues » au sommet de l’institution ?

Mais, naïfs que nous sommes. Nous n’avions rien compris au véritable enjeu politico-juridique de la mascarade, du simulacre de démocratie organisé par Giorgia Meloni. Heureusement, les bonnes consciences viennent de nous ramener à la raison. Alléluia ! Par la grâce divine, la raison et la morale l’ont emporté et le Mal (la droite mal pensante) a été terrassé par le Bien (la gauche bienpensante).

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Un ignoble scandale de lèse-État de droit 

Une fois les résultats proclamés, à savoir l’échec du projet de réforme de la Justice, c’est la curée contre la petite blonde au QI d’un bulot et aux accents de Benito. Les procureurs au petit pied exultent. Les Fouquier-Tinville se lâchent. La Dame a perdu son pari démoniaque. Voici ce qu’écrit le site Mediapart, étalon auto-proclamée de l’information objective et inattaquable : « Les Italiens ont rejeté à 53,8 % la réforme judiciaire proposée par la cheffe du gouvernement. Faisant passer ce message qu’ils ne sont pas prêts à voir la Constitution et l’État de droit attaqués. La présidente du Conseil comptait sur ce scrutin pour asseoir sa légitimité, alors que son bilan intérieur est mitigé. Pari perdu pour Giorgia Meloni. La réforme de la justice de la présidente du Conseil italien était soumise à référendum ces 22 et 23 mars. La majorité de droite et d’extrême droite entendait séparer les carrières des juges et des procureurs, et réformer leur supervision en renforçant le pouvoir du gouvernement. »[6]. Le réquisitoire est sans appel. On ne s’attaque pas impunément aux fondements sacrés de la démocratie et de son corollaire, le fameux État de droit. La péronnelle l’a bien cherché. Elle a été punie par là où elle a péché. Elle qui voulait s’en prendre à une magistrature au-dessus de tout soupçon qui se met en travers de sa politique de durcissement sur les questions migratoires et, en particulier, sur le dossier du centre de détention pour migrants en situation irrégulière que Rome a installé en Albanie. Ce n’est que justice.

Élargissant son propos à la déferlante de la peste brune en Europe, le site de l’ancien trotskiste à la moustache enfonce le clou là où ça fait mal en mobilisant toute sa rédaction : « L’accession au pouvoir de Giorgia Meloni n’a surpris personne en Italie, où l’extrême droite s’est installée dans le paysage politique et médiatique depuis des décennies. Offensive contre la presse et l’opposition, remise en cause des droits des femmes et des LGBTI+, déconstruction de l’État social… Plongée dans un pays qui a basculé »[7]. Comment la France peut-elle vivre paisiblement avec comme voisin un État qui a porté à sa tête une fachiste qui nous prépare sa nuit des longs couteaux en voulant sacrifier l’indépendance de la Justice ? Tout ceci est insupportable. Mais, la voix de la sagesse l’a définitivement emporté. Elle devrait conduite notre comique troupière à la démission, ce qu’elle refuse.

Toujours en pointe sur le combat pour la démocratie, l’État de droit et les droits de l’homme, le quotidien de référence de Boboland, Le Monde participe lui aussi à la curée en ne ménageant pas ses coups contre la future Adolphe Hitler avec une superbe photo de Giorgia Meloni à la une de son édition datée du 25 mars 2026 accompagnée d’un long article fielleux en page 12[8] et un éditorial non moins à charge en dernière page (34) cité plus haut. Tout y passe dans le réquisitoire sans nuance d’un certain Allan Kaval qui cavale dans les nuages de l’idéalisme moralisateur de quatre sous ! Le réquisitoire est sans appel. Ce grand démocrate ignore les grands principes du droit à un procès équitable inscrits en lettres d’or dans les textes européens cités plus hauts ainsi que dans la Déclaration universelle des droits de l’homme : présomption d’innocence, instruction à charge et à décharge, cause entendue équitablement par un tribunal et impartial …Ce triste sire les foule aux pieds sans retenue. En est-il conscient ? 

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Haro sur la démocratie 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde » nous rappelle fort à propos le Prix Nobel de littérature 1957, Albert Camus. En portant ses voix sur notre compatriote, l’Académie suédoise a voulu récompenser une œuvre littéraire française « qui éclaire avec un sérieux pénétrant les problèmes posés de nos jours aux consciences humaines ». Et, c’est bien un réveil des consciences qui nous fait tant défaut en 2026. En effet, dans quel monde vivons-nous ? Un monde au sein duquel n’existe plus le moindre repère. Un monde au sein duquel n’existe plus le moindre bon sens. Un monde au sein duquel n’existe plus la moindre éthique. Un monde au sein duquel n’existe plus la moindre logique. Au rythme où vont les choses, nous fonçons dans le mur en klaxonnant. Quand nous réveillerons-nous pour remettre l’église au centre du village ? Quand nous réveillerons-nous pour nous ressaisir et faire dire aux mots ce qu’ils veulent dire et non le contraire de ce qu’ils disent ? Quand cesserons-nous de faire confiance à ces marchands d’illusions qui nous font passer des vessies pour des lanternes ? Quand accepterons-nous enfin de redonner aux citoyens les compétences qui ressortent clairement de la souveraineté du peuple[9] et refuserons-nous de crier avec la meute hurlante et inculte, honte au référendum ?

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Éditorial, Italie : le pari perdu de Meloni sur la réforme judiciaire, Le Monde, 25 mars 2026, p. 34.

[2] Allan Kaval, En Italie, polarisation autour d’un référendum, Le Monde, 22-23 mars 2026, p. 6.

[3] Voir à ce sujet le Titre VIII – DE L’AUTORITÉ JUDICIAIRE de la Constitution française du 4 octobre 1958, https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

[4] https://hudoc.echr.coe.int/fre#{%22itemid%22:[%22001-101876%22]}

[5] Éric Morain, Il était un avocat. Récits de justice et d’injustice, Les Arènes, 2026.

[6] Romaric Godin, Italie : Meloni affaiblie après l’échec de son référendum sur la justicewww.mediapart.fr , 23 mars 2026.

[7] La rédaction de Mediapart, Dossier extrêmes droites : le laboratoire italienwww.mediapart.fr , 41 articles, mis à jour le 20 mars 2026.

[8] Allan Kaval, En Italie, le référendum perdu de Giorgia Meloni, Le Monde, 25 mars 2026, p. 12.

[9] Voir à ce sujet le Titre premier – DE LA SOUVERAINETÉ de la Constitution française du 4 octobre 1958, référence précitée.


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