TRIBUNE – Iran – 47 ans après la révolution, une alternative républicaine émerge

Par Franck Radjai, Directeur du Recherche au CNRS et analyste à la FEMO
En février 1979, la dictature du Chah s’effondre sous le poids d’une révolution populaire. S’installe alors un régime théocratique, intégriste et répressif qui fait usage des mêmes méthodes que son prédécesseur pour régner. Quarante-sept ans plus tard, le régime des mollahs est à son tour ébranlé. Il ne se maintient que grâce à des massacres qui ont choqué le monde entier. Mais la détermination des Iraniens à le renverser reste intacte.
En 1979, la Savak du Chah avait décapité toutes les oppositions démocratiques. Khomeiny a profité de la situation pour détourner la révolution antimonarchique et prendre le pouvoir grâce au réseau des écoles religieuses, que la police du régime, n’avait pas démantelées.
Aujourd’hui, il n’est plus possible de voler la nouvelle révolution démocratique du peuple iranien. À la différence de 1979, une alternative fait surface.
La grande manifestation organisée à Berlin le 7 février 2026 à l’appel du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) n’a pas été un simple rassemblement de protestation contre la République islamique. Elle a constitué un moment politique à part entière, révélateur d’un fait souvent nié ou occulté dans les capitales occidentales : l’alternative au régime théocratique existe, elle est organisée, pluraliste et déjà en mouvement.
Selon les organisateurs 100 000 personnes s’étaient rassemblées, malgré le froid et les annulations des vols vers Berlin. Mais ce qui frappait d’abord, au-delà du nombre et de la détermination des participants, c’était la nature même de la coalition réunie. On assistait à la mise en visibilité d’un front républicain iranien de fait, structuré autour du CNRI et de ses composantes historiques, au premier rang desquelles l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). La présence des représentants des peuples composants l’Iran était remarquable, parmi lesquels le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran.
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Une unité rare dans l’histoire de l’opposition iranienne
À cette démonstration, étaient présents des représentants de toutes les diversités qui composent l’Iran réel : Persans, Kurdes, Baloutches, Arabes, Azéris, Turkmènes ; musulmans, sunnites et chiites, mais aussi croyants d’autres confessions et laïcs ; femmes et hommes, jeunes générations et militants de longue date.
Cette convergence n’est pas anodine. Elle constitue l’un des principaux démentis à l’argument le plus souvent invoqué pour justifier l’inaction internationale : l’absence d’alternative et la peur du chaos post-théocratique. Or ce que montrait Berlin, c’est précisément l’inverse : une alternative collective, inclusive, structurée, capable d’éviter le vide politique que redoutent – ou feignent de redouter – certains gouvernements.
Loin d’être un handicap, cette diversité est un facteur de stabilité. Elle traduit l’existence d’un cadre commun accepté : celui d’une république démocratique, fondée sur l’égalité des droits, la séparation de la religion et de l’État, et le respect des identités culturelles et linguistiques dans l’unité nationale.

Une alternative, pas un homme providentiel
Dans ce paysage, la manifestation de Berlin a également mis en lumière ce qu’elle refuse. En creux, mais très clairement, elle a signifié la négation politique de la pseudo-alternative incarnée par Reza Pahlavi, fils du dernier chah.
Contrairement à une narration complaisamment relayée dans certains médias, Reza Pahlavi ne fédère pas : il repousse. Son nom reste associé, pour une large majorité d’Iraniens, au souvenir d’une dictature monarchique, de la Savak, de la répression et de l’absence de souveraineté populaire. L’idée d’un retour, même symbolique, de la monarchie est massivement rejetée, y compris par celles et ceux qui combattent aujourd’hui le régime des mollahs.
Berlin a montré que l’avenir de l’Iran ne se pense pas autour d’un héritier, mais autour d’un projet politique collectif. Là où la figure de Reza Pahlavi cristallise les divisions, la Résistance organisée autour du CNRI rassemble. Là où la nostalgie monarchiste enferme le débat dans le passé, le front républicain dessine une perspective d’avenir.
Deux idées centrales, et elles suffisent
Dans son intervention, la présidente élue du CNRI pour la période de transition, Maryam Radjavi n’a pas cherché à occuper tout l’espace. Deux idées essentielles ont structuré son propos – et elles résument l’esprit du rassemblement.
La première est que le changement ne viendra ni de la complaisance diplomatique ni de la guerre, mais du peuple iranien lui-même, organisé et soutenu dans son droit à résister. La seconde est que le compte à rebours du régime est enclenché, non par une promesse abstraite, mais par l’accumulation de soulèvements, de réseaux de résistance et d’une alternative politique prête à assumer la transition.

Un message clair à la communauté internationale
L’opposition iranienne adressait enfin un message sans ambiguïté aux gouvernements occidentaux : le faux dilemme entre négocier avec les mollahs ou préparer la guerre est une impasse. Continuer à courtiser le régime au nom de la stabilité régionale ne fait que prolonger sa survie et renforcer sa répression. Envisager une confrontation militaire directe serait tout aussi désastreux.
L’alternative existe déjà. Elle demande non pas des bombes, mais de la reconnaissance politique, la fin de l’impunité diplomatique du régime, des sanctions ciblées contre ses appareils répressifs, et la reconnaissance explicite du droit du peuple iranien à résister à une dictature.
Berlin comme point de bascule
La manifestation du 7 février 2026 n’a pas simplement dénoncé un régime. Elle a incarné une solution. En rassemblant forces politiques, sociales et nationales autour d’un cadre républicain clair, elle a montré que le changement en Iran n’est ni un saut dans l’inconnu ni une restauration du passé, mais une construction déjà en cours.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur et ne représentent en aucun cas la position éditoriale du Diplomate
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