
Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« Le ridicule est qu’on cultive l’apparence à l’encontre d’autrui jusqu’à s’imaginer qu’elle est vérité » (Emmanuel Kant). Et c’est bien ce que l’on qualifie de diplomatie des apparences chère à un autre Emmanuel, Macron de son nom de famille. Avec lui, l’important est plus dans la forme que dans le fond, plus dans l’impression que dans le réel, plus dans le récit que dans l’Histoire.
Afin d’immortaliser ses hauts faits d’armes diplomatiques, rien de mieux que de se faire accompagner dans ses déplacements à l’étranger par des pointures de la littérature comme Emmanuel Carrère, fils d’Hélène Carrère d’Encausse au G7 de Kananaskis de juin 2025 ou du théâtre à l’instar du franco-libanais, Wajdi Mouawad au sommet sur la Palestine à New York du 22 septembre 2025[1]. De la dérive monarchique de la pratique présidentielle jupitérienne ! Mais, les diplomates blanchis sous le harnais savent d’expérience que l’on ne fait de diplomatie que sur des réalités pour plagier le général de Gaulle et non en chevauchant des chimères. Chimère de l’absence d’une relation symbiotique existant entre politique intérieure et politique extérieure[2]. Et cela est d’autant plus vrai dans un temps où, dans notre Douce France, « l’embêteuse du monde » (Jean Giraudoux), l’extérieur est rongé de l’intérieur mais aussi où l’extérieur est rongé de l’inférieur.
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L’extérieur rongé de l’intérieur
D’entrée de jeu, quelques vérités d’évidence doivent être soulignées, quelques questions dérangeantes doivent être posées pour cadrer le débat. Toutes choses parfaitement connues des chancelleries étrangères. La côte de popularité du Président de la République est au plus bas surtout depuis le coup de génie de la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. Depuis cette date, les chefs de gouvernement succèdent aux chefs de gouvernement sans qu’ils ne parviennent, à ce jour, à faire adopter un budget consensuel. Ils en sont réduits à expédier les affaires courantes. Le niveau de la dette est si abyssal que notre pays, l’homme malade de l’Europe, est sous l’œil inquisiteur des agences de notation, du FMI et de la Commission européenne[3]. Personne ne paraît en mesure d’affronter cet « Himalaya ». L’insécurité est galopante. L’autorité est bafouée. Les prisons sont pleines. L’immigration est incontrôlée et incontrôlable. Le narcotrafic fait florès[4]. La massification de la violence est une pathologie sociale. La corruption concerne tous les services publics[5]. L’antisémitisme se banalise. Les pouvoirs exécutif et législatif, sans parler de l’autorité judiciaire, font l’objet d’une défiance croissante des citoyens. Le peuple se sent ignoré, voire contourné dans sa volonté de recourir à la voie référendaire sur des thèmes comme l’immigration. L’épisode du traité de Lisbonne ne passe toujours pas. On évoque une « démophobie ».
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Comment imaginer un seul instant – surtout lorsque l’on a une tête bien faite comme Emmanuel Macron – que la situation catastrophique actuelle que connaît notre pays n’aurait aucune incidence, conséquence fâcheuse sur notre marge d’action extérieure, c’est tout simplement impensable ? Comment imaginer un seul instant vouloir faire la leçon aux autres avec un tel bilan déplorable ? Comment projeter une image de puissance dans le monde lorsque la France est gagnée par l’impuissance intérieure ? C’est mission impossible sauf à croire à la vertu du verbe (la politique déclaratoire) au détriment de la vertu de l’action (la politique exécutoire) ou à la prophétie auto-réalisatrice (la politique du docteur Coué). À l’occasion des discussions peu conclusives du sommet européen de Copenhague (1er octobre) sur le projet de « mur anti-drones », nous apprenons, par un rapport de la Cour des comptes, que la France a dû faire appel à des matériels prêtés par des partenaires pour sécuriser les JO de 2024. Pour sa part, la Délégation permanente au renseignement émet de « sérieuses réserves » sur notre capacité de lutter contre les drones[6]. N’est-ce pas la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ? Enfin, rien n’est plus dommageable pour l’image de la France que l’impression qu’ont les citoyens d’avoir des dirigeants qui ne défendent pas leurs intérêts mais sont guidés dans leurs décisions par d’inavouables liens, y compris avec des États étrangers (Cf. à titre d’exemple, le Qatar)[7].
Lesté par un tel handicap interne, l’on comprend mieux pour quelles raisons la France apparait de plus en plus sur le déclin à l’extérieur. Avec Emmanuel Macron à la barre, l’histoire lui échappe. Il ne fait le plus souvent que lui courir après comme un canard sans tête.
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L’extérieur rongé de l’inférieur
Jupiter jette littéralement les Français dans le vide et l’inconnu sur la scène internationale faute de disposer d’un socle conceptuel solide et de moyens humains, financiers, matériels appropriés. La politique étrangère d’un pays comporte plusieurs éléments incontournables : des objectifs clairs, des moyens suffisants et une volonté à toute épreuve. Les deux premiers font à l’évidence défaut au Chef de l’État. Petit à petit, la France, qui devrait être au centre du monde, se voit reléguée à sa périphérie sans que nos dirigeants en prennent la juste mesure. Après le chaos, à quand le sursaut ?[8]
Traditionnellement puissance moyenne d’influence, la France est aujourd’hui rabaissée au niveau d’un petit pays dépassé par l’Italie dans de nombreux domaines. Elle est tout simplement déclassée, mise hors-jeu.[9] Au sein de l’Union européenne, son influence ne cesse de décroître. À l’OTAN, elle fait profil bas. En Asie, elle s’agite par la parole. Elle est chassée d’Afrique. Sa voix est inaudible au Proche et au Moyen-Orient. Elle est absente d’Amérique centrale et latine. Faute d’adopter une diplomatie des marges adaptée à sa situation intérieure, elle en est contrainte à jouer, bon gré malgré, les utilités, parfois les idiots utiles. Rappelons les déclarations élogieuses d’Emmanuel Macron (« Je salue l’engagement du Président Trump pour mettre fin à la guerre et obtenir la libération de tous les otages ») et de Jean-Michel Barrot (« Le plan de paix … ouvre enfin la possibilité que les armes se taisent, que les otages soient libérés, que l’aide humanitaire entre massivement ») sur le Plan Trump sur Gaza sans parler des appréciations réalistes d’Hubert Védrine[10]. Elles servent de révélateur à notre impuissance surtout lorsque le Quai des Brumes vient aussitôt après jouer la mouche du coche diplomatique. Vraisemblablement sur instruction de l’Élysée, nos diplomuches bravaches ont le culot de souligner que la création d’un État palestinien n’apparaît que comme un horizon lointain et flou dans le projet Trump[11]. La recherche d’un cessez-le-feu ne constitue-t-elle pas une urgence absolue ? On croit rêver en découvrant ce bibelot d’inanité sonore, cet échantillon de diplomatie mesquine, de diplomatie de la duplicité de la Grande Nation. Décidément, la lecture des communiqués du Ministère de l’Europe et des étranges affaires est instructive à maints égards. Certains auraient toute leur place dans le sottisier de cette Noble Maison. À l’instar de quelques articles de perroquets à carte de presse qui pinaillent sur les faiblesses du Plan Trump par pur rejet du locataire de la Maison Blanche[12]. Les résultats son bien là avec l’accord entre Israël et le Hamas sur la première phase du plan de paix américain annoncé par le 47ème Président des États-Unis le 8 octobre 2025, en plein mélodrame français sur lequel il n’est nul besoin de s’appesantir.
De toute évidence, la France ne joue plus dans la cour des grands en dépit des fanfaronnades du Château et de la Maison de tolérance des bords de Seine. Alors que le temple de la bien-pensance ne cesse de démolir Donald Trump tant pour ses positions intérieures qu’extérieures[13], le Président américain trace sa voie réaliste qui ne rejoint pas le chemin idéaliste emprunté par Emmanuel Macron. À sa manière, il apporte sa modeste pierre au règlement des crises qui secouent le monde. Pour sa part, le Chef de l’État français excelle pour sa part dans la diplomatie de l’esbrouffe en brassant de l’air et en ridiculisant au passage une France qui n’en peut mais. Au lieu de traiter l’essentiel, il s’escrime sur l’accessoire. À trop s’exposer sur les réseaux sociaux, Emmanuel Macron expose sa vie privée et en subit les conséquences désagréables[14]. Idem pour son action internationale. D’un côté, il y a le monde tel qu’il est, de l’autre, le monde tel qu’on voudrait qu’il soit. La France s’enfonce, le monde avance. Bravo l’artiste !
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Le roi est nu
« Le réel, c’est quand on se cogne » (Jacques Lacan). Une fois encore, Emmanuel Macron vient de se faire une superbe bosse sur le front avec sa reconnaissance en fanfare de l’État de Palestine – que du reste personne ne lui réclamait hormis quelques idéalistes ou avocats de la cause – alors que les conditions préalables, qu’il avait lui-même posées, n’étaient pas remplies. S’il n’avait pas encore compris que la diplomatie était exigeante, Donald Trump vient de le rappeler à l’ordre là où ça fait mal. Sept jours après le succès d’estime jupitérien (22 septembre), le 47ème président américain lui vole la vedette (le 29 septembre) avec la publication de son plan de paix en 20 points unanimement salué pour l’espoir mêle ténu de cessation des hostilités qu’il crée[15]. Dans les relations internationales et même si rien n’est écrit d’avance, il y a rarement des surprises ou des hasards. Il est regrettable que le Chef de l’État, présenté par ses thuriféraires comme le « Mozart de la diplomatie », ne le comprenne toujours pas en dépit des multiples déconvenues qu’il enregistre sur la scène internationale depuis huit ans. Errare humanum est, perseverare diabolicum ! Avec Emmanuel Macron, l’Histoire est un éternel recommencement. Une fois encore, il découvre, à son corps défendant, les limites intrinsèques à la diplomatie du spectacle qu’il affectionne et pratique avec brio !
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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Wajdi Mouawad, Le XXIe siècle écrase tout sur son passage. Comment finir une tragédie ?, Le Monde, 1er octobre 2025, pp. 26-27.
[2] Vincent Gourvil, De l’intérieur à l’extérieur : la France qui tombe !, www.espritsurcouf.com , 16 mai 2025.
[3] Éric Albert, Le nœud coulant de la dette se resserre, Le Monde, 3 octobre 2025, p. 24.
[4] Luc Leroux, À la Castellane, les coulisses d’un « empire du narcotrafic », Le Monde, 3 octobre 2025, p. 10.
[5] Arthur Carpentier (propos recueillis par), Jean-Michel Gentil : « La corruption est une réalité qui s’impose à tous », Le Monde, 3 octobre 2025, p. 11.
[6] Emmanuel Lévy, Le « mur anti-drones » européen, entre ambition politique et bricolage opérationnel, www.marianne.net, 2 octobre 2025.
[7] Natacha Polony, « Il ne suffit pas de n’être pas corrompu, il faut également ne pas être dupe », www.marianne.net, 2 octobre 2025.
[8] Thibault de Montbrial, Le sursaut ou l echaos, Plon, 2015.
[9] Georges Michel, Plan de Trump pour Gaza : Macron hors-jeu, www.bvoltaire.fr , 30 septembre 2025.
[10] Hubert Védrine, Le plan Trump est un fil ténu qu’il faut tirer, Le Figaro, 1er octobre 2025, p. 18.
[11] Claire Gatinois/Philippe Ricard, Inquiétudes françaises sur le plan américain pour la bande de Gaza, Le Monde, 3 octobre 2025, p. 6.
[12] Gilles Paris, Gaza : des omissions révélatrices, Le Monde, 2 octobre 2025, p. 31.
[13] Fabien Escalona/Romaric Godin, Trump en Caligula : derrière la bouffonnerie, un tyran en action, www.mediapart.fr , 1er octobre 2025.
[14] Louis Hausalter, Les Macron à l’assaut de la rumeur et de la calomnie, Le Figaro, 1er octobre 2025, pp. 8-9.
[15] Samuel Forey, Les 20 points du plan américain détaillés, Le Monde, 1er octobre 2025, p. 4.
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