TRIBUNE – Poches vides et mains pleines : Diplomatie de l’esbrouffe 

TRIBUNE – Poches vides et mains pleines : Diplomatie de l’esbrouffe 

lediplomate.media — imprimé le 28/04/2026
Macron, crise économique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Le meilleur moyen de perdre son indépendance, c’est de dépenser l’argent qu’on ne possède pas » (Mustafa Kemal).Dans ce registre, la France jupitérienne en connait un rayon. Elle est passée maître dans l’art de mener la vie à grandes guides, de vivre au-dessus de ses moyens. Chaque jour qui passe, nous en fournit un exemple instructif. Et cette situation est d’autant plus inadmissible que le Président de la République porte une énorme responsabilité dans l’augmentation de la dette publique.  Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En juin 2017, alors qu’Emmanuel Macron vient d’arriver à l’Elysée, la dette s’élève à 2 281 milliards d’euros. En mars 2025, elle s’établit à 3 345 milliards. Cela représente une hausse de 47 %, ou 1 064 milliards. Alors qu’il devrait être économe de l’argent public, le Chef de l’État jongle avec lui comme un prestidigitateur avec le lapin qu’il sort du chapeau. La politique étrangère et la diplomatie, qu’ils considèrent comme relevant de son domaine réservé, sont ses chevaux de bataille privilégiés. Devenu maître dans l’empire des mots, il laisse son Premier Ministre se débattre dans l’empire des maux.

L’empire des mots : L’homme guérisseur du monde 

S’il y a bien une qualité qui sied au plus jeune Président de la Cinquième République, c’est bien sa générosité. L’Inspecteur général des Finances, surnommé le Mozart de la Finance, a le cœur sous la main. La scène internationale est le théâtre favori de ses largesses. Une Conférence internationale est convoquée en France, Emmanuel Macron sort le carnet de chèques. La diplomatie française ne saurait être mesquine. C’est inconcevable. Un de ses homologues accourt à Paris pour réclamer quelques subsides, Emmanuel Macron met aussitôt la main au portefeuille pour l’aider à mettre la tête hors de l’eau. La diplomatie française ne saurait être insensible aux malheurs du monde. Ce n’est pas pensable.

Hier, le quémandeur a pour nom, Volodymyr Zelensky, celui dont le pays n’a pas encore fait le deuil de la corruption endémique qui le gangrène et conduit une guerre sans issue[1]. Il va bientôt être récompensé de ses courbettes par le déblocage du plan européen d’aide à l’Ukraine de 90 milliards d’euros rendu possible par la mise à l’écart du forban hongrois[2]. Fort de succès, il entend relancer sa candidature à l’Union européenne lors du sommet de Chypre[3]. L’Europe a elle aussi la main sur le cœur pour ses prétendants, moins pour ses adhérents. Et, Emmanuel Macron n’y trouve rien à redire. Il n’est pas homme à ergoter pour quelques dizaines de milliards d’euros sortis de la poche du contribuable européen et donc français.

Aujourd’hui, le mendiant a pour nom, Nawaf Salam, Premier ministre libanais, celui dont le pays n’est pas un modèle de vertu financière[4]. Sa « shopping list » parisienne est conséquente depuis que le prédateur israélien bombarde son pays. Elle se chiffre en centaines de millions. Qu’à cela ne tienne ! Jupiter n’est pas pingre. Sa bourse déborde de tous les côtés. Paris continuera à envoyer manu larga de l’aide humanitaire, donnera quelques espèces sonnantes et trébuchantes, formera l’armée libanaise qui ne contrôle plus rien depuis belle lurette, acceptera de continuer à faire tuer ses plus valeureux soldats au service de la FINUL pour la bonne cause. En contrepartie, le roué libanais jure la main sur le cœur qu’il poursuivra le sympathique « terroriste » du Hezbollah qui a tué le sergent-chef Florian Montorio (17ème régiment de chasseurs parachutistes) et le caporal-chef Anicet Girardin[5]. C’est bien connu, au Royaume du cèdre qui passe son temps à larmoyer, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Au passage, rappelons que la France a payé au prix fort, celui du sang de nos soldats et non pas des picaillons de nos petits marquis de Bercy, la pagaille libanaise dont la cause est bien documentée, le pacifique régime des Mollahs et ses nervis qui font la pluie et le beau temps au Liban, les résistants du Hezbollah. Ses deux noms s’ajoutent à la longue liste de plus de 150 soldats français morts au Liban depuis 1978 pour tenter de rétablir la paix dans ce pays martyrisé par une guerre civile entretenue par des interventions étrangères[6]. Mais, ce n’est pas convenable de le dire. Il ne faut pas stigmatiser ces bons démocrates iraniens à la tête d’une théocratie sanglante. Le transparent Jean-Michel Barrot est contraint de « condamner ce crime de guerre ». Enfin, il commence à comprendre qui est le Hezbollah.

N’ergotons pas ! Le Liban le vaut bien. Nos chers « amis libanais » aussi. Ils sont tellement sympathiques et touchants. L’action diplomatique relève bel et bien de la résistance aux prédateurs qui attaquent le multilatéralisme et le droit international ! Elle force le respect de tous. Une blague circule en Afrique. Libanais, ce n’est pas une nationalité, c’est une profession ! Tout est dit en quelques mots simples sur nos amis traditionnels qui sont incapables de remettre de l’ordre dans la pétaudière qui a pour nom Liban[7]. La faute à qui ? À l’Iran, vous n’y pensez pas. Au bouc émissaire tout trouvé, Benjamin Netanyahou. Le prédateur, le « carnassier »[8]. Celui par qui le monde est à feu et à sang et que le monde met au ban des nations[9].

Mais, nous sommes pleinement rassurés en apprenant qu’Emmanuel Macron veut appliquer la méthode « Notre Dame » à 150 projets industriels et stratégiques. Alléluia !

Pendant ce temps-là, notre dévoué Premier Ministre peine à boucler les fins de mois. Est-ce important ?

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L’empire des maux : L’homme malade de l’Europe 

Sébastien Lecornu est à la peine. C’est le moins que l’on puisse dire. Le mur de la dette est abyssal[10]. Il ne sait où donner du rabot pour calmer les marchés financiers et la Commission européenne qui n’entrevoient aucune amélioration de nos finances publiques. Chaque projet d’économie provoque un tollé des syndicats et autres groupes de pression. Il débouche sur une retraite en rase campagne. Mais, le pire est vraisemblablement devant nous. Faute de réformes drastiques courageuses, la France va droit dans le mur en klaxonnant. Le Premier ministre annonce bravache six milliards d’euros d’économie. En réalité, ce n’est qu’un gel de crédits. L’éternel jeu de bonneteau que pratiquent au fil des mois et des ans nos dirigeants impécunieux mais qui ne trompe pas les experts[11]. La même rengaine[12]. En France, c’est bien connu depuis des lustres, il faut que tout change pour que rien ne change.

Conséquence directe de la guerre en Iran, l’augmentation sensible du prix des carburants passe mal. Le gouvernement, contraint et forcé, fait un effort pour les « grands rouleurs », un coup de pouce de 180 millions d’euros[13] alors que les Finances de la « Grande Nation » sont à sec. On ressort la vieille martingale. Faites payez les contribuables ! Ceci n’est pas du goût de tout le monde qui estime que l’addition est déjà assez salée[14]. Le Président du Sénat tire la sonnette d’alarme. « Nous n’avons pas les moyens d’amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé », affirme Gérard Larcher. « Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d’autres marges de manœuvre que de faire ce qu’il est possible de faire en direction de certaines catégories ». Il tient Emmanuel Macron pour responsable de cette situation : « On paye le ‘quoi qu’il en coûte’, on paye un ensemble d’engagements où on n’a pas réduit la dépense publique, on n’a pas réformé l’État », a-t-il expliqué. « C’est quelque part le bilan de deux quinquennats d’Emmanuel Macron », souligne-t-il, estimant que le chef de l’État a laissé la France en situation « d’hypoxie »[15]. On ne saurait mieux dire. L’addition des erreurs jupitériennes se paiera, tout ou tard, intérêt et principal.

Combien de temps encore, pourrons-nous détourner le regard de notre situation financière catastrophique ? Malheureusement, si forte soit-elle, la parole débridée ne produit pas de miracles. En France, les mots servent souvent à dissimuler la réalité mais les chiffres sont têtus. En France, le déchaînement des autruches refusant de voir les périls à venir est à son comble. Pendant qu’Emmanuel Macron réunit d’improbables coalition des volontaires à l’extérieur, dans son propre pays, c’est le règne de la coalition des attentistes.

Pendant ce temps-là, notre zélé Président de la République crame la caisse avec ses largesses octroyées à tous les étrangers quémandeurs de la manne française. Et cela est important !

Adieu Monsieur le Président… On ne vous regrettera jamais ! 

Dans quelle République bananière vivons-nous ? L’exécutif fait penser à un vélo tandem dont l’un des deux cyclistes pédale et l’autre freine. Drôle d’attelage que celui qui préside aujourd’hui aux destinées de la France ? Le Parlement, empêtré dans des querelles picrocholines, ne semble pas trouver à redire à cette situation ubuesque. Le résultat de cette étrange défaite est devant nos yeux. Il se résume en quatre mots : impuissance publique et isolement diplomatique. La diplomatie est remplacée par la posture qui ressemble à s’y méprendre à l’imposture. L’important est de faire du bruit pour exister. À ce stade de déliquescence avancée, ouvrir les yeux devient un enjeu vital pour la France. Est-ce envisageable pour un Président prométhéen qui promet ce qu’il n’a pas ? Nous ne le pensons pas surtout à un an de la fin de son second et dernier mandat. Pourtant, une révision de l’approche diplomatique, pour pénible qu’elle soit, serait en tout cas utile et indispensable. De manière moins élégante, cette farce jupitérienne pourrait avoir pour slogan : poches vides et mains pleines : diplomatie de l’esbrouffe.

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Faustine Vincent, En Ukraine, les aumôniers militaires au front, Le Monde, 23 avril 2026, p. 5.

[2] Corentin Léotard, La Hongrie post-Orban en voie de « normalisation » sur la scène européennewww.mediapart.fr , 23 avril 2026.

[3] Philippe Jacqué, À Chypre, l’UE face aux conflits dans son voisinage, Le Monde, 24 avril 2026, p. 4.

[4] Claire Gatinois/Hélène Sallon, Le Liban et la France affichent leur proximité, Le Monde, 23 avril 2026, p. 3.

[5] Liban : un deuxième militaire français de la FINUL est mort de ses blessures, AFP, 22 avril 2026.

[6] Philippe Sidos, Ce que révèle la mort de l’un des nôtres au Libanwww.bvoltaire.fr , 21 avril 2026.

[7] Éditorial, La voie étroite du gouvernement libanais, Le Monde, 24 avril 2026, p. 26.

[8] Stéphanie Maupas, Amnesty International dénonce « l’ordre mondial des carnassiers. Dans son rapport annuel 2025, l’ONG appelle à la résistance contre les « prédateurs » qui attaquent le multilatéralisme et le droit international, Le Monde, 22 avril 2026, p. 4.

[9] Gilles Paris, Les guerres isolent Israël comme jamais, Le Monde, 23 avril 2026, p. 26.

[10] Georges Michel, Dette et déficit : des chiffres qui font malwww.bvoltaire.fr , 23 avril 2026.

[11] Denis Cosnard, Budget : l’exécutif agace la Cour des comptes, Le Monde, 24 avril 2026, p. 8.

[12] Bastien Scordia, Des réserves exprimées sur la certification des comptes 2025, Le Monde, 24 avril 2026, p. 8.

[13] Denis Cosnard, De nouvelles aides au carburant annoncées, Le Monde, 23 avril 2026, p. 6.

[14] Bertrand Bissuel, Mesures d’économies : la crispation du patronat, Le Monde, 23 avril 2026, p. 8.

[15] Flambée des carburants : pour Gérard Larcher, la France « n’a pas les moyens d’amortir les crises », AFP, 22 avril 2026.


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