ANALYSE – Le point de bascule : L’Amérique est aujourd’hui un challenger déclinant

Par Olivier d’Auzon
La guerre en Ukraine n’est pas qu’un conflit local. Elle est le miroir d’un monde en pleine recomposition. Entre Donald Trump, qui vocifère depuis Washington, et Vladimir Poutine, imperturbable à Moscou, se joue un affrontement géopolitique où l’Occident découvre, impuissant, que sa suprématie est contestée. Comme le notait Myret Zaki dans Blick le 18 août 2025, « le règlement en Ukraine mérite une lecture réaliste de ce qui se joue entre Donald Trump et Vladimir Poutine. L’Amérique est aujourd’hui un challenger déclinant ».
Le déclin américain en plein jour
La première évidence, c’est que les États-Unis ne dictent plus seuls l’agenda mondial. Trump peut hurler, promettre une paix en 24 heures, mais le théâtre des négociations montre que l’Amérique est un challenger déclinant. Ses menaces de sanctions ou de droits de douane sont souvent théâtrales, mais rarement suivies d’effet. Pendant ce temps, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Turquie poursuivent leurs intérêts sans se soucier des interdictions américaines.
La multipolarité n’est plus un concept, c’est un fait. Le test ? L’issue de la guerre en Ukraine. Et le résultat est déjà lisible : un Occident qui parle, et une Russie qui agit.
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La Russie a repris l’initiative militaire
Sur le terrain, la Russie tient le dessus. La Crimée est hors de portée pour Kiev, l’adhésion à l’Otan relève du fantasme.
Depuis le sommet Trump-Poutine en Alaska, le scénario se dessine : gel du front à Kherson et Zaporijia, concessions sur le Donbass. L’Ukraine, malgré l’appui de l’Otan et plus de 300 milliards de dollars d’aide, ne parvient pas à inverser le rapport de force. Les sanctions occidentales ? 16 500 mesures infligées à Moscou, et pourtant, l’économie russe tient.
Poutine n’est pas pressé. Il dispose de temps et de cartes que Washington n’a plus. L’Ukraine n’a pas les moyens de continuer seule et devra accepter une paix assortie de garanties de sécurité occidentales, tandis que la Russie continue d’asseoir sa position.
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L’Inde et la Chine, alliées invisibles
La Russie ne se bat pas seule. La véritable surprise stratégique vient de l’Inde et de la Chine. Ces puissances achètent du pétrole russe à bon marché, le raffinent et le revendent sur les marchés internationaux, y compris européens. L’Inde a fait du pétrole russe 30 % de ses importations, tout en développant un commerce d’armes avec Moscou qui représente plus d’un tiers de ses acquisitions entre 2020 et 2024.
La Chine, elle, a placé la Russie au rang de premier fournisseur de brut, devant l’Arabie saoudite. Ces pays n’agissent pas par idéologie : ils poursuivent leurs intérêts. Mais cette alliance tacite des BRICS fragilise l’influence américaine. Le fait est simple : Washington ne peut pas contraindre ces nouvelles puissances, même avec ses menaces commerciales ou ses sanctions.
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L’impuissance américaine face aux nouveaux poids lourds
Trump bluffe, mais le bluff a ses limites. La Chine ne dépend que marginalement du marché américain : 13 % de ses exportations. L’Inde : 18 %. Toute tentative de pression commerciale risquerait de se retourner contre l’économie américaine elle-même. Même la Turquie, avec ses ports servant à repackager le pétrole russe pour l’Europe, se joue des sanctions.
Le constat est brutal : les États-Unis ne peuvent ni bluffer, ni contrôler ces puissances. Et tant que ce mur – que l’on pourrait appeler le « Mur de Planck » de la puissance américaine – restera infranchissable, la victoire ou la défaite de la Russie en Ukraine se décidera en dehors de toute influence américaine directe.
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Poutine face à l’Occident
Dans ce contexte, Poutine défie Trump. Pas par bravade, mais parce que la réalité géopolitique lui est favorable. L’Occident découvre que son influence n’est plus le moteur du monde. Le véritable rapport de force ne se mesure plus dans les chancelleries de Washington ou Bruxelles, mais dans les marchés de New Delhi, Pékin et Istanbul. Et là, la Russie est loin d’être seule.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
