Trump, Kellogg et l’Europe : De l’incertitude sur l’OTAN à un plan de paix contesté en Ukraine

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.
Alors que les dirigeants européens applaudissaient Joe Biden lors du sommet de l’OTAN à Washington, réaffirmant leur soutien à l’Ukraine et leur opposition à Moscou, une autre scène se jouait en coulisses. Loin des caméras et des déclarations officielles, plusieurs représentants européens cherchaient à comprendre ce qu’un second mandat de Donald Trump signifierait pour l’Europe. L’homme dont ils espéraient obtenir des réponses n’était pas un officiel de l’administration Biden, mais le général Keith Kellogg, une figure centrale du réseau trumpiste.
Ancien chef de cabinet du National Security Council sous la première administration Trump, Kellogg est aujourd’hui l’un des stratèges les plus influents du camp républicain, notamment en matière de défense et de politique étrangère. Il est aussi un interlocuteur privilégié pour plusieurs pays d’Europe de l’Est, qui redoutent qu’un retour de Trump à la Maison-Blanche ne vienne bouleverser les engagements militaires américains.
L’influence croissante de Kellogg dans l’univers trumpiste
Keith Kellogg occupe une position particulière dans le cercle trumpiste. Ancien conseiller en sécurité nationale de Mike Pence, il avait pris ses distances avec Trump après l’assaut du 6 janvier 2021, appelant le vice-président à s’éloigner de l’ex-président. Pourtant, malgré cet épisode, Kellogg est progressivement revenu dans l’orbite de Trump, devenant un défenseur fervent de sa vision géopolitique.
Il est aujourd’hui un acteur clé de l’America First Policy Institute (AFPI), un think tank composé d’anciens membres de l’administration Trump et considéré comme un laboratoire d’idées majeur pour un éventuel second mandat. L’AFPI a même réussi à éclipser la Heritage Foundation, qui était jusqu’alors perçue comme le principal centre de réflexion conservateur. Le document stratégique de Heritage, « Project 2025 », qui devait définir la politique d’un second mandat Trump, a été publiquement désavoué par l’ex-président, forçant les observateurs à se tourner vers Kellogg et l’AFPI pour tenter d’anticiper la direction qu’il pourrait prendre.
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Une doctrine stratégique floue, mais des inquiétudes sur l’OTAN
L’intérêt des Européens pour Kellogg ne se limite pas à son rôle au sein de l’AFPI. Il a récemment remis à Trump un plan stratégique pour la défense nationale, également détaillé dans son livre « An America First Approach to U.S. National Security ». Ce document est examiné de près par les dirigeants européens, qui espèrent y trouver des indices sur l’orientation de la politique étrangère américaine sous une éventuelle nouvelle présidence Trump.
Mais une lacune majeure se dégage rapidement : le chapitre sur l’Ukraine ne propose aucun plan concret pour résoudre la guerre. Il s’agit avant tout d’un réquisitoire contre la gestion de la crise par Joe Biden, dénonçant l’implication excessive des États-Unis, la dépendance de l’Ukraine à l’aide occidentale et le coût de la guerre pour les contribuables américains. Ce n’est qu’à la fin du chapitre qu’est brièvement évoquée l’idée d’un cessez-le-feu et de négociations avec la Russie, sans détails précis sur la manière dont ces pourparlers pourraient être organisés.
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Cette absence de clarté s’étend également aux engagements américains envers l’OTAN. Lors de son premier mandat, Trump avait remis en cause l’alliance transatlantique, accusant les Européens de ne pas contribuer suffisamment à la défense commune et menaçant de réduire le rôle des États-Unis au sein de l’organisation. S’il est réélu, la crainte est qu’il adopte une approche encore plus radicale, conditionnant l’engagement américain à une forte augmentation des dépenses militaires européennes ou à une réforme profonde de la stratégie de l’OTAN.
Les pays d’Europe de l’Est, notamment la Pologne, les États baltes et la Roumanie, sont particulièrement préoccupés. Leur sécurité repose largement sur le parapluie militaire américain, et un retrait partiel des États-Unis de l’OTAN les obligerait à réajuster leur posture stratégique, en cherchant de nouvelles alliances avec le Royaume-Uni ou la France, ou en accélérant la construction d’une défense européenne autonome.
L’annonce d’un plan de paix en Ukraine : Un pari risqué
Quelques mois après ces discussions en coulisses, Trump a officiellement nommé Keith Kellogg envoyé spécial pour résoudre la guerre russo-ukrainienne en 100 jours. Cette annonce est perçue comme une tentative audacieuse de repositionner les États-Unis dans le conflit, mais elle est aussi porteuse d’incertitudes et de controverses.
Le choix de Kellogg, avec son passé militaire et ses liens avec l’administration Trump, envoie un message clair : Washington veut jouer un rôle de premier plan, quitte à défier la rhétorique russe. Mais les premières réactions internationales sont loin d’être favorables. Moscou a immédiatement rejeté le plan de paix, le qualifiant d’irréaliste et trop favorable à Kiev. En parallèle, des critiques ont émergé sur l’impartialité supposée de Kellogg, notamment en raison de l’implication de sa fille dans des projets humanitaires en Ukraine, ce qui risque de fragiliser la crédibilité même de l’initiative américaine.
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La proposition de retarder l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et d’accorder un allègement limité des sanctions contre la Russie semble davantage être un compromis temporaire qu’un plan structuré. Or, dans la logique du Kremlin, une telle concession occidentale pourrait être perçue comme un signe de faiblesse plutôt que comme une offre crédible de paix. L’histoire montre que le Kremlin a tendance à interpréter toute hésitation occidentale comme une opportunité pour renforcer ses exigences, ce qui rend cette stratégie particulièrement risquée.
Un virage brutal dans l’approche américaine : La suspension de l’aide à l’Ukraine
Dans le cadre de cette tentative de redéfinition de la politique américaine, Trump a également signé un décret exécutif suspendant l’aide au développement international pour 90 jours, un coup dur pour l’Ukraine, déjà en crise énergétique après les attaques russes sur ses infrastructures. La suspension des fonds de l’USAID met en péril des projets cruciaux, comme la reconstruction du réseau électrique et les opérations de déminage.
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Si l’aide militaire est maintenue, elle ne suffira pas à répondre aux besoins civils d’une nation en reconstruction. Cette décision a été vivement critiquée par des figures politiques américaines comme le sénateur Chris Coons, qui y voit une manœuvre risquant de compliquer davantage les négociations de paix. Si Kiev perçoit cette suspension d’aide comme un désengagement américain, cela pourrait la pousser à durcir ses positions face à Moscou, rendant encore plus difficile tout compromis diplomatique.
Un conflit aux ramifications géopolitiques majeures
Au-delà de la guerre elle-même, cette initiative reflète les tensions croissantes entre l’Occident et une Russie de plus en plus alignée sur la Chine. Xi Jinping, en discutant de la situation avec Vladimir Poutine, a réaffirmé l’importance de l’axe sino-russe face à l’influence américaine, ce qui pourrait durablement modifier l’ordre géopolitique mondial.
L’issue de cette approche dépendra de la capacité de Washington à équilibrer fermeté diplomatique, pressions économiques et soutien militaire. Mais une chose est certaine : dans ce conflit, les symboles et les déclarations ne suffiront pas. Seules des actions concrètes et un engagement diplomatique structuré permettront de sortir du bourbier géopolitique que la guerre russo-ukrainienne a engendré.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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