
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.
Lorsque l’Internet est arrivé en Chine, il semblait marquer le début d’une nouvelle ère. Le réseau promettait la mondialisation, une innovation sans précédent et même une plus grande liberté d’expression. Mais la Chine, dirigée par le Parti communiste chinois (PCC), n’a pas seulement exploité cette révolution, elle l’a également transformée en un outil de contrôle omniprésent. Aujourd’hui, le réseau chinois est l’exemple parfait de la manière dont un moyen initialement conçu pour briser les barrières peut être détourné au profit d’un régime autoritaire.
Internet en Chine : un rêve étouffé
Au début des années 2000, le potentiel d’Internet en Chine semblait infini. Activistes et dissidents, connectés au réseau, commençaient à entrevoir la possibilité de dénoncer au monde entier les contradictions d’un système oppressant. Pendant un court instant, le rêve d’une Chine plus libre paraissait réalisable. Mais cet enthousiasme fut rapidement étouffé.
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À l’approche des Jeux olympiques de Pékin en 2008, la direction du PCC comprit le risque que représentait un réseau non contrôlé. La visibilité internationale extraordinaire de cet événement amplifia les critiques et les protestations en ligne. Pékin décida alors d’agir. Les autorités chinoises mirent en place une série de mesures répressives qui culminèrent avec la création d’un réseau de surveillance et de censure sans précédent. Blogs et forums furent fermés, les dissidents arrêtés, et le Great Firewall —la grande muraille numérique— devint pleinement opérationnel.
Le Great Firewall et le Golden Shield : la double stratégie de contrôle
Le Great Firewall est connu dans le monde entier comme le symbole de la censure chinoise. Grâce à ce système, le gouvernement bloque les sites jugés dangereux et filtre les contenus qui ne s’alignent pas sur la propagande du Parti. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Le véritable pilier du contrôle numérique est le Golden Shield Project, une initiative officiellement lancée en 2003. Ce système intégré va bien au-delà de la simple censure en ligne. Il collecte et analyse des données provenant de nombreuses sources : informations en ligne, dossiers hors ligne, caméras de surveillance et bases de données criminelles. Tout est centralisé et utilisé pour créer des profils détaillés des citoyens et des organisations.
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Ce système ne se limite pas à réagir aux menaces, il les anticipe. Grâce à la collecte massive de données et à l’intelligence artificielle, le Golden Shield a jeté les bases d’un modèle de police prédictive qui représente aujourd’hui l’un des piliers du régime de Xi Jinping.
La transition sous Hu Jintao et l’apogée sous Xi Jinping
Entre 2001 et 2012, pendant le mandat de Hu Jintao, le Parti a travaillé sans relâche pour transformer le système de sécurité intérieure. L’implémentation du Safe City Project en 2005 fut une étape cruciale. Ce projet visait à déployer à grande échelle l’utilisation de caméras de surveillance, intégrées à l’Internet des objets. Caméras privées, dispositifs installés sur des véhicules, capteurs et bases de données criminelles furent unifiés en un réseau national au service des forces de sécurité.
Cette évolution culmina avec l’introduction, sous Xi Jinping, du projet Sharp Eyes en 2015. Le nom reflète clairement son ambition : rendre chaque citoyen visible au régime, à tout moment et en tout lieu. Grâce aux mégadonnées et à l’intelligence artificielle, le système Sharp Eyes permet de surveiller les comportements quotidiens et de prévoir des menaces potentielles, consolidant ainsi le contrôle du Parti.
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Le coût humain du contrôle numérique
Derrière ces systèmes de surveillance se cache un coût humain extrêmement élevé. L’auteure Te-Ping Chen, dans son recueil de nouvelles Terra dei grandi numeri, décrit le destin de deux jumeaux chinois, un garçon et une fille, qui incarnent les contradictions d’Internet en Chine. La fille, brillante et rebelle, utilise le réseau pour dénoncer les injustices du régime, mais est arrêtée et condamnée. Le garçon, plus conformiste, exploite les plateformes numériques pour devenir un champion de jeux vidéo, trouvant gloire et richesse.
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Cette histoire, bien que fictive, reflète la réalité de millions de Chinois. Ceux qui se conforment aux règles du Parti peuvent prospérer, tandis que ceux qui osent défier le système sont marginalisés, arrêtés ou pire encore. Le réseau chinois est devenu une machine parfaitement huilée : un moteur économique pour ceux qui s’y plient et une arme létale contre ceux qui s’y opposent.
Un modèle inquiétant pour l’avenir
La transformation numérique de la Chine représente un défi pour le monde entier. D’un côté, le pays a démontré une capacité inégalée à intégrer technologie et gouvernance. De l’autre, le modèle chinois montre comment la technologie peut être utilisée pour réduire les libertés individuelles, plutôt que de les élargir.
Aujourd’hui, le système de surveillance chinois est un symbole inquiétant de l’avenir qui nous attend si les gouvernements ne parviennent pas à équilibrer sécurité et liberté. Alors que le monde observe, la Chine de Xi Jinping continue de perfectionner son contrôle numérique, prouvant que, du moins pour l’instant, la liberté n’est pas un prérequis au progrès technologique. Mais à quel prix ?
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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