ANALYSE – Yémen, bombes sur les civils : Droit international à géométrie variable et liberté absolue du Pentagone ?

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
C’est arrivé encore une fois. Dans le silence coupable des chancelleries internationales et sous l’aile protectrice de « l’exceptionnalisme américain », une frappe aérienne américaine a fait un carnage d’innocents.
Cela s’est produit le 28 avril dans le nord du Yémen, à Saada. Une bombe, probablement une GBU-39 guidée de précision, a frappé un centre de détention connu, cartographié, fréquenté par des humanitaires, où étaient enfermés plus de cent migrants africains. Le résultat : des dizaines de morts, des corps déchiquetés, des hôpitaux débordés.
C’est Amnesty International qui dénonce ce énième crime commis dans l’indifférence générale. Mais les paroles de la secrétaire générale Agnès Callamard, aussi lucides et documentées soient-elles, rebondissent sur un mur de caoutchouc. Le Pentagone, désormais entre les mains d’une administration Trump toujours plus désinvolte dans son mépris des conventions internationales, se contente de parler d’« évaluations des dommages ». Des dommages, pas des vies.
Ce n’est pas nouveau. Cette prison avait déjà été frappée en janvier 2022 par un raid de la coalition saoudienne, avec des bombes également américaines. À l’époque, 90 personnes avaient trouvé la mort. Deux ans plus tard, bis repetita. Même cible, même impunité.
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Le problème, comme le souligne à juste titre Amnesty, n’est pas seulement moral mais aussi juridique. Les règles du droit international humanitaire sont claires : distinguer les cibles civiles des cibles militaires, protéger les non-combattants, suspendre les attaques en cas de doute. Mais pour qui ces règles sont-elles valables ? Certainement pas pour les États-Unis sous Trump. Le Commandement central (CENTCOM) a reconnu des centaines d’attaques, mais évite soigneusement d’admettre une responsabilité directe. Et, plus grave encore, Washington a commencé à démanteler les rares mécanismes de supervision restants : des juristes gênants ont été écartés, les contrôles internes réduits, l’obligation de justifier les « victimes collatérales » abaissée.
Trump, qui se proclame homme de paix mais ordonne des bombardements avec la même légèreté qu’il envoie un tweet, évolue dans un espace sans limites. Dans sa vision du monde, les civils tués ne constituent pas un problème juridique, mais un effet collatéral à minimiser médiatiquement. Ainsi, le droit international, ce fragile mécanisme construit après la Seconde Guerre mondiale, se révèle une fois de plus être une arme émoussée entre les mains des plus faibles, et une gêne inutile pour les puissants.
Amnesty réclame une enquête. Mais qui la mènera ? Le Conseil de sécurité est paralysé. Le droit international, jadis outil de justice, n’est plus qu’une invocation rhétorique. Et entre-temps, les bombes tombent. Précises, estampillées USA, sur des personnes sans visage, sans droits, sans voix. Si ce massacre est vraiment destiné à rester dans l’histoire comme le plus grave commis par les États-Unis depuis Mossoul en 2017, ce sera uniquement parce que les chiffres sont trop élevés pour être dissimulés. Mais même alors, rien ne changera.
Car aujourd’hui, ce ne sont pas les migrants africains en fuite de la misère qui jouissent de la liberté de mouvement. C’est le Pentagone. Et sous Donald Trump, cette liberté s’exerce sans frein, sans honte et sans loi.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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