
Par Olivier d’Auzon
John Brennan, commandant adjoint du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a effectué une visite à Syrte, où il a tenu des discussions avec le général de brigade Sadam Haftar, haut responsable de l’Armée nationale libyenne (ANL).
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de tensions régionales accrues et de rivalités entre grandes puissances sur le sol libyen. Les échanges ont principalement porté sur la coopération en matière de sécurité entre les États-Unis et la Libye, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la stabilisation du pays.
Le rôle du Comité 5+5 et la réunification des forces armées libyennes
Après cette rencontre, la délégation américaine et les responsables libyens se sont rendus au siège du Comité 5+5 pour examiner les avancées du plan de l’ONU visant à unifier les forces armées libyennes et à garantir un cessez-le-feu durable. Composé de membres du Gouvernement d’unité nationale (GUN) et de l’Armée nationale libyenne, ce comité joue un rôle essentiel dans la mise en place d’une armée unifiée et dans la réduction des tensions entre l’Est et l’Ouest du pays.
La Libye, divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, peine à retrouver une stabilité politique et militaire. Les affrontements entre factions rivales, associés à des interventions étrangères multiples, compliquent les efforts de réconciliation nationale. Le rôle d’AFRICOM dans ces discussions témoigne de la volonté des États-Unis d’influer sur le processus de stabilisation tout en contrant l’influence de puissances adverses comme la Russie et la Turquie.
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Les préoccupations américaines face à la présence russe en Libye
Les dernières visites d’AFRICOM et de diverses délégations américaines en Libye traduisent une inquiétude croissante des États-Unis face à l’implantation des forces de sécurité russes, notamment celles du groupe Wagner, en Cyrénaïque et en Tripolitaine. Washington craint que Moscou n’utilise la Libye comme une plateforme stratégique pour étendre son influence en Afrique du Nord et dans la région sahélienne.
L’administration américaine s’emploie à persuader le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’ANL, d’adopter une posture plus favorable à une présence turque sur le sol libyen. Cette tentative s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de l’influence russe, notamment en offrant à Haftar des alternatives en matière de coopération militaire et économique.
L’engagement de la Turquie en Libye : entre diplomatie et expansion stratégique
De son côté, la Turquie maintient une politique active en Libye. Après avoir soutenu militairement le Gouvernement d’unité nationale face aux forces de Haftar en 2020, Ankara poursuit son engagement via l’entretien de bases militaires à l’ouest du pays. La Turquie joue également un rôle de médiateur avec les islamistes libyens, tout en établissant des liens économiques avec le camp de Haftar.
Plusieurs accords commerciaux ont été signés entre Ankara et les autorités libyennes, renforçant ainsi la présence économique turque. Par ailleurs, la Turquie accueille sur son territoire un membre influent du clan Kadhafi, ce qui lui confère une position diplomatique prépondérante dans les négociations sur l’avenir du pays.
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L’Union européenne face à l’avancée russe et turque en Afrique
Pendant que les États-Unis et la Turquie s’activent en Libye, l’Union européenne observe avec préoccupation l’avancée de la Russie au Sahel. Moscou a renforcé sa présence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, profitant des tensions entre gouvernements locaux et anciennes puissances coloniales comme la France.
Parallèlement, la Turquie poursuit son expansion stratégique sur le continent, en collaborant étroitement avec l’Iran. Cette convergence d’intérêts suscite des interrogations sur un possible retour des logiques impériales, où Ankara et Moscou cherchent à redessiner les équilibres géopolitiques régionaux.
Un jeu d’équilibre entre grandes puissances
La visite de la délégation d’AFRICOM à Syrte illustre l’importance stratégique de la Libye pour les États-Unis et leurs alliés. Entre la lutte d’influence contre la Russie, la négociation avec la Turquie et la stabilisation de la Libye, Washington tente de préserver ses intérêts dans une région où les rapports de force évoluent constamment.
Le futur de la Libye reste incertain, mais il est clair que le pays demeure un théâtre d’opérations clé pour les grandes puissances mondiales, chacune tentant d’y asseoir son influence à travers des alliances militaires, économiques et diplomatiques.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

