
Par Olivier d’Auzon
Dans la chaleur étouffante de Niamey, où le vent soulève la poussière rouge des terres saheliennes et les silhouettes des militaires se confondent avec l’horizon, un communiqué sec a claqué comme une rafale de fusil : le Niger se retire officiellement de la Force Multinationale Mixte (FMM), cette coalition forgée en 2015 pour combattre la fureur des groupes extrémistes dans le bassin du lac Tchad.
La décision, bien que prévisible depuis le coup d’État de juillet 2023, résonne comme un tambour de guerre dans une région déjà épuisée par la violence.
Ce retrait, loin d’être un simple réajustement bureaucratique, scelle une rupture géopolitique majeure. Le Niger, jadis pilier de la coopération régionale avec le Nigeria, le Tchad et le Cameroun, choisit désormais de marcher seul – ou du moins, de marcher aux côtés de nouveaux alliés plus proches des idéaux portés par l’Alliance des États du Sahel (AES), où règnent désormais des juntes militaires au verbe dur et aux regards tournés vers Moscou ou Bamako.
La défense du puits plutôt que du Lac
À Arlit ou Agadem, ce ne sont pas les prières qui montent le plus haut dans le ciel, mais les enjeux pétroliers. C’est là que bat désormais le cœur de la stratégie nigérienne. La protection des installations énergétiques est devenue l’obsession du pouvoir militaire. L’armée, en se recentrant sur les gisements, délaisse les flots incertains du lac Tchad et ceux qui y vivent. Un choix stratégique, assurément, mais à quel prix ?
La FMM : Un colosse au pied d’argile
La Force Mixte n’était déjà plus qu’une ombre d’elle-même. Coordination bancale, financement erratique, rivalités larvées entre États membres : les critiques pleuvaient comme les obus dans les zones de front.
Des analystes murmurent depuis longtemps que la machine était rouillée. Mais le départ du Niger, c’est une pièce maîtresse qui s’effondre. Et lorsque le tabouret perd une jambe, ce sont les communautés de Diffa, de Maiduguri ou de Baga-Sola qui tombent.
Un retrait ou une abdication ?
Car si l’on écoute les chants des pêcheurs du lac ou les prières inquiètes des femmes réfugiées sous les bâches blanches du HCR, une crainte sourde monte : celle d’être laissés seuls face aux hommes sans visages, ces combattants de Boko Haram ou de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, qui savent que le moment est venu de tester les failles.
L’Alliance des Juntes : Nouvelle croisade ou mirage ?
Depuis le putsch, Niamey a rompu avec la CEDEAO, vilipendé la France, et trouvé refuge dans les bras d’un axe nouveau – celui du Mali et du Burkina Faso. Un axe militaire, populiste, fier, mais fragile. Cette alliance du ressentiment peut-elle offrir la cohésion que la FMM n’a su construire ? Ou n’est-elle qu’une parenthèse belliqueuse dans l’histoire tourmentée du Sahel ?
Le retrait du Niger n’est pas qu’un épisode diplomatique. C’est le signal d’une recomposition brutale. La guerre contre l’extrémisme, dans cette région où les frontières sont mouvantes comme les dunes, réclame une coordination intelligente, une confiance partagée, une vision. Ce sont là des denrées rares sous les casques des soldats et dans les bureaux climatisés des États-majors.
Mais le sable continue de couler, et le lac, lui, baisse chaque année. Reste à savoir qui, demain, répondra aux cris venus de ses rives…
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
