ANALYSE – Une alliance dans le désert : Les ambitions de MBS pour le partenariat stratégique entre l’Arabie saoudite et le Japon

le drapeau de l'Arabie saoudite et celui du Japon flottant au vent en contre plongée
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Au cœur de Riyad, où l’avenir se mêle à l’héritage d’un royaume façonné par le pétrole, le prince héritier Mohammad bin Salman, connu sous l’acronyme MBS, tisse un réseau d’alliances qui regardent au-delà des frontières du Moyen-Orient. 

Le 20 mai 2025, le Conseil des ministres saoudien a donné son feu vert à un mémorandum d’entente (MoU) visant à établir un Conseil de partenariat stratégique avec le Japon, une étape majeure dans les relations entre le royaume wahhabite et la puissance asiatique. Pour MBS, ce partenariat n’est pas un simple accord diplomatique, mais une plateforme pour concrétiser la Vision 2030 – son ambitieux plan de diversification économique – à travers une coopération qui s’étend de l’énergie à la défense, en passant par l’innovation technologique et la culture. C’est un mariage d’intérêts, où l’Arabie saoudite recherche technologie et savoir-faire, et le Japon voit dans le royaume un partenaire stratégique pour stabiliser une région cruciale du monde.

Les priorités de MBS pour cette alliance reflètent sa vision d’une Arabie saoudite moins dépendante du pétrole et plus intégrée dans l’économie mondiale. Le secteur énergétique reste central, mais avec une nouvelle orientation : non plus seulement le brut, mais l’hydrogène vert et les énergies renouvelables. Le Japon, leader mondial dans les technologies de l’hydrogène et fort d’une longue expérience dans la transition énergétique, est un partenaire idéal pour développer des projets comme NEOM, la ville futuriste à 500 milliards de dollars que MBS veut transformer en hub d’innovation. Des accords préliminaires entre Saudi Aramco et des géants japonais comme Mitsubishi Heavy Industries et JERA visent à créer une filière pour l’hydrogène vert, avec l’objectif de l’exporter vers l’Asie et l’Europe, en s’appuyant sur les infrastructures saoudiennes et l’expertise technologique japonaise. Parallèlement, l’Arabie saoudite regarde vers le Japon pour investir dans les centres de données et l’intelligence artificielle, des secteurs où Tokyo excelle grâce à des géants comme NEC et Fujitsu. La numérisation est un pilier de la Vision 2030, et MBS voit dans le Japon un allié pour bâtir un écosystème numérique capable de rivaliser avec la Silicon Valley.

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Mais c’est dans la défense que le partenariat prend une dimension stratégique. Avec un budget militaire parmi les plus élevés au monde (environ 75 milliards de dollars en 2024), l’Arabie saoudite cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis en diversifiant ses fournisseurs d’armements. Le Japon, traditionnellement prudent dans ses exportations militaires en raison de sa constitution pacifiste, ouvre de nouvelles perspectives sous la direction du Premier ministre Fumio Kishida, qui a révisé les lignes directrices pour autoriser la vente d’équipements défensifs. Le mémorandum d’entente inclut des discussions sur une coopération dans les domaines aérospatial et naval, avec un accent particulier sur les systèmes de défense antimissile et la cybersécurité. L’Arabie saoudite s’intéresse aux radars avancés et aux systèmes de guerre électronique japonais, comme ceux développés par Mitsubishi Electric, pour renforcer ses défenses face aux menaces régionales, notamment de l’Iran et de ses alliés. De plus, une possible participation saoudienne au Global Combat Air Programme (GCAP), le projet de chasseur de sixième génération impliquant déjà le Japon, l’Italie et le Royaume-Uni, est envisagée. L’entrée de Riyad dans ce programme, comme l’a suggéré l’administrateur délégué de Leonardo, Roberto Cingolani, pourrait non seulement apporter des investissements, mais aussi renforcer l’axe géopolitique entre les partenaires. 

La coopération ne se limite pas à la technologie et à la défense. MBS mise également sur la culture et le tourisme, des secteurs où le Japon a su transformer son patrimoine en outil de soft power. Des accords préliminaires prévoient des échanges culturels et la possibilité d’événements comme une version saoudienne du Salone del Mobile de Milan, à l’image de ce qui est déjà prévu avec l’Italie. Le Japon, avec son expérience dans le tourisme culturel et la promotion de sites UNESCO comme Kyoto, pourrait aider l’Arabie saoudite à valoriser le patrimoine d’Al-Ula, un joyau archéologique que MBS souhaite transformer en destination mondiale. De plus, le royaume recherche le savoir-faire japonais pour développer des infrastructures de transport, comme des chemins de fer à grande vitesse et des ports, essentiels pour le projet de NEOM et pour le tourisme côtier sur la mer Rouge. 

Cependant, cette alliance n’est pas exempte d’ombres. L’Arabie saoudite de MBS, malgré les réformes sociales et l’ouverture au monde, reste un régime autoritaire, avec un passé marqué par des violations des droits humains que le Japon, avec sa sensibilité démocratique, ne peut ignorer. La coopération militaire, en particulier, risque de susciter des critiques au sein de l’opinion publique japonaise, traditionnellement réticente à l’exportation d’armements. De plus, la dépendance saoudienne aux investissements étrangers, combinée à la volatilité du marché pétrolier (avec le Brent tombant à 82 dollars le baril en 2023), soulève des questions sur la viabilité économique de ces projets. Pourtant, MBS parie sur le Japon comme partenaire fiable, capable d’offrir une stabilité technologique et géopolitique dans un Moyen-Orient en ébullition, où la Syrie post-Assad, le conflit israélo-palestinien et les tensions avec l’Iran exigent de nouveaux équilibres.

Dans ce jeu d’échecs mondial, le Conseil de partenariat stratégique entre Riyad et Tokyo est plus qu’un accord : c’est une déclaration d’intentions. MBS veut faire de l’Arabie saoudite un hub mondial, et le Japon, avec sa technologie et sa vision, est une pièce clé. Mais dans un monde où chaque alliance est un calcul, le prix de ce partenariat pourrait être plus élevé que ne le suggèrent les chiffres.

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