ANALYSE – Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire : L’opposition privée de ses leaders majeurs

drapeau de la côte d'Ivoire à gauche et en fond une image illustrant un bureau de vote en Afrique
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

L’annonce est tombée le 4 juin 2025, lourde de symboles et de conséquences : quatre grandes figures de l’opposition ivoirienne, dont l’ex-président Laurent Gbagbo et l’ancien patron du Crédit Suisse, Tidjane Thiam, ne figureront pas sur la liste électorale définitive. À quatre mois du scrutin présidentiel prévu pour le 25 octobre 2025, la Côte d’Ivoire entre dans une zone de turbulence politique — et d’incertitude démocratique.

Un quart de siècle d’histoires entremêlées

Laurent Gbagbo, figure historique de la gauche ivoirienne, paye encore le prix d’un passé judiciaire lié à la crise postélectorale de 2010. Son nom, tout comme ceux de Guillaume Soro, ancien Premier ministre exilé, et de Charles Blé Goudé, son ancien ministre de la Jeunesse, est depuis plusieurs années absent des registres électoraux, radié au nom de condamnations passées.

Le dernier à être exclu, et non des moindres, est Tidjane Thiam. En avril, une décision de justice a remis en cause sa nationalité ivoirienne à la date de son inscription sur les listes, provoquant sa radiation immédiate. Une décision qui, selon ses avocats, porte la marque d’un « arbitraire juridique » et d’une « instrumentalisation du droit à des fins politiques ».

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Le silence du pouvoir et les cris de l’opposition

Depuis Paris, où il réside depuis plus de deux mois, Tidjane Thiam a dénoncé une dérive grave du système électoral ivoirien : « Mon élimination constitue un triste mais éloquent exemple de la dérive de la Côte d’Ivoire vers une absence totale de démocratie. » Son parti, le PDCI, a saisi le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, espérant un écho international face à ce qu’il qualifie de mise à l’écart calculée.

Du côté du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), la réaction est tout aussi amère. Jean-Gervais Tchéidé, secrétaire général adjoint du parti de Laurent Gbagbo, fustige un « passage en force » du régime d’Alassane Ouattara, accusé de museler ses adversaires par voie judiciaire et administrative.

Des élections sous haute tension

Le président Ouattara, 83 ans, entretient le suspense : il figure sur la liste électorale, mais n’a pas encore officialisé sa candidature pour un quatrième mandat. L’opposition craint que cette incertitude ne cache une volonté de verrouiller davantage le jeu politique, dans un pays marqué par une forte jeunesse électorale et des tensions post-électorales récurrentes.

Pour Ibrahime Kuibiert Coulibaly, président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), aucune révision de la liste ne sera possible avant octobre, une opération trop longue qui, selon lui, compromettrait la tenue du scrutin. Il appelle au respect des décisions de justice pour « clore tout désaccord » — une déclaration qui résonne comme un coup de massue dans les rangs de l’opposition, où l’on dénonce une CEI instrumentalisée.

Les partis de Thiam et de Simone Gbagbo ont d’ailleurs suspendu depuis avril  2025 leur participation aux travaux de cette commission, accusée d’agir au service du pouvoir. Cette dernière se défend de toute allégeance, affirmant n’être « inféodée à aucune chapelle politique ».

La démocratie dans l’impasse ?

Au-delà des joutes juridiques et des calculs partisans, une réalité s’impose : la démocratie ivoirienne s’avance vers l’élection d’octobre sur un sol miné. Si certains opposants restent en lice — comme Simone Gbagbo, Jean-Louis Billon ou Pascal Affi N’Guessan — le cœur de l’alternative politique au régime actuel semble absent du jeu.

Les appels à une révision de la liste électorale se sont multipliés ces derniers mois. Ils resteront lettre morte. En 2020, une telle révision avait été opérée en juin, permettant à plusieurs figures de revenir dans la course. Cette année, ce processus est déclaré techniquement infaisable.

Pourtant, la situation démographique et sociale du pays plaide pour une élection inclusive : sur 30 millions d’habitants, près de la moitié a moins de 18 ans, et la liste électorale ne compte que 8,7 millions d’inscrits. Une partie importante de la population reste donc en marge du processus démocratique, à laquelle s’ajoute désormais une opposition mutilée.

Un scrutin à hauts risques

La Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest francophone, s’apprête à vivre une élection présidentielle sous tension. Derrière les exclusions, c’est l’ombre d’un verrouillage politique durable qui plane. Alors que le pays a souvent été une vitrine de modernité en Afrique de l’Ouest, les signaux d’alerte se multiplient. Et l’espoir d’un débat démocratique réel semble s’éloigner, emporté par le tumulte des décisions judiciaires et la stratégie du fait accompli.

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