ANALYSE – Afghanistan : Trump, Bagram et la nouvelle guerre froide

Donald Trump devant une carte de l’Afghanistan : un symbole de la rivalité géopolitique entre Washington, Pékin et Moscou, autour de la base stratégique de Bagram.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Le retour américain en Asie centrale ?

Lors de sa visite d’État au Royaume-Uni, Donald Trump a lâché une phrase qui a fait le tour du monde : les États-Unis envisageraient de rouvrir la base de Bagram en Afghanistan, fermée et remise aux talibans en 2021. Ce n’est pas un simple détail : Bagram était le cœur battant de l’intervention militaire américaine et se trouve à une heure de la frontière chinoise, dans une zone où Pékin développe une partie de son programme nucléaire. Le message est clair : Washington songe à remettre un pied dans cette région charnière pour surveiller non seulement l’Afghanistan, mais aussi l’Asie centrale, le corridor sino-pakistanais et l’Iran.

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La dimension stratégique

La base de Bagram est plus qu’un aéroport militaire : c’est un symbole de la projection de puissance américaine. Sa réutilisation éventuelle signifierait deux choses : que Washington n’accepte pas la perte d’influence dans la région et qu’elle se prépare à une compétition stratégique de longue durée avec Pékin et Moscou. Les talibans ont toutefois déjà répondu : aucune présence étrangère permanente ne sera tolérée. Mais dans un contexte de crise économique dévastatrice, avec les réserves de la Banque centrale afghane encore gelées aux États-Unis, Kaboul pourrait être tentée de négocier. Le prix ? Probablement la reconnaissance internationale de leur régime et des aides financières.

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Taïwan et la diplomatie des armes

Dans la même conférence de presse, Trump a confirmé avoir bloqué 400 millions de dollars d’aide militaire destinés à Taïwan. C’est la première fois que Washington suspend ces livraisons régulières, et le geste est clairement lié aux négociations commerciales et technologiques avec Pékin (tarifs douaniers, TikTok, contrôle des exportations). C’est un signal que la Maison-Blanche privilégie l’arme économique et considère la question taïwanaise comme une carte de négociation plutôt que comme un dossier strictement sécuritaire. Un pari risqué, qui pourrait affaiblir la dissuasion américaine dans le détroit de Taïwan et encourager la Chine à tester la détermination de Washington.

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Géopolitique et géoéconomie : Le puzzle asiatique

Ces mouvements de Trump nous ramènent à une logique de guerre froide 2.0. La Chine et la Russie ont déjà reconnu ou du moins accepté le gouvernement taliban pour des raisons pragmatiques : stabilisation des frontières, accès aux ressources minières, contrôle des corridors commerciaux. Si les États-Unis revenaient en Afghanistan, ils le feraient dans un environnement beaucoup plus hostile et saturé d’acteurs régionaux qu’il y a vingt ans. Pourtant, pour Washington, renoncer à cette plateforme stratégique reviendrait à abandonner la région à l’influence exclusive de Pékin et de Moscou.

Sur le plan géoéconomique, un retour à Bagram permettrait de contrôler des voies de transit stratégiques, de surveiller les corridors énergétiques et les routes de l’opium, mais coûterait des milliards de dollars et exigerait des accords complexes avec les talibans, au risque de légitimer leur régime.

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L’enjeu pour les États-Unis

Trump alterne démonstrations de force et signaux d’ouverture envers Pékin, cherchant à renégocier la place des États-Unis dans le nouvel ordre mondial. Sa diplomatie est plus transactionnelle qu’idéologique : tout devient monnaie d’échange, des bases militaires aux aides pour Taïwan. Si le pari réussit, les États-Unis pourraient regagner des positions stratégiques sans payer le prix d’une guerre. En cas d’échec, ils risquent d’apparaître incohérents et de perdre à la fois leur influence en Asie et leur crédibilité auprès de leurs alliés.

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