ANALYSE – Afrique : L’or, les ports et la mer Rouge pris dans la rivalité entre Riyad et Abou Dhabi

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Il est des affrontements qui ne font pas de bruit, mais qui déplacent les lignes du monde.
Dans une analyse parue le 15 février 2026 dans The Africa Report, le journaliste Olamilekan Okebiorun montre comment la rivalité entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, née dans les sables du Moyen-Orient, s’enracine désormais dans les ports africains, les comptoirs aurifères et les corridors commerciaux de la mer Rouge.
À Addis-Abeba, lors du dernier sommet de l’Union africaine, le sujet n’a été évoqué qu’à voix basse. Officiellement, l’Afrique ne choisit pas de camp. En réalité, elle est déjà l’un des théâtres majeurs de cette compétition.
De Mukalla à la Corne de l’Afrique : La projection d’une rivalité
La crise s’est durcie lorsque Riyad a exigé le retrait des forces émiriennes du Yémen, avant de frapper ce qu’elle présentait comme une cargaison d’armes liée à Abou Dhabi dans le port de Mukalla.
Ce moment marque un basculement : la rivalité énergétique et sécuritaire devient une guerre d’influence économique.
Des rives du golfe d’Aden jusqu’aux terres soudanaises, elle suit les routes du commerce mondial.
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Le Soudan, cœur stratégique de la bataille pour l’or
Dans le récit d’Olamilekan Okebiorun, le Soudan apparaît comme la pièce maîtresse.
L’or soudanais a longtemps pris la direction de Dubaï, consacrant l’emprise émirienne. Mais la guerre civile a transformé Khartoum en puissance d’équilibre. Le général Abdel Fattah al-Burhan cherche désormais à ouvrir la porte à Riyad : raffineries saoudiennes, droits d’exploration minière, nouveaux partenariats militaires.
L’économie devient une diplomatie de survie.
Ports et souveraineté : La nouvelle géographie de la puissance
Plus au sud, la Somalie illustre la dimension maritime de cette confrontation.
Les Émirats contrôlent des positions commerciales décisives à Berbera et Bosaso.
Lorsque Mogadiscio rompt avec Abou Dhabi, ce sont des chaînes logistiques entières qui vacillent.
Dans la Corne de l’Afrique, l’accès à la mer est une question existentielle :
l’Éthiopie regarde vers les Émirats, l’Érythrée se rapproche de Riyad.
La mer Rouge redevient une frontière stratégique.
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L’argent, la foi et la technologie
Abou Dhabi avance ses milliards, ses ports et désormais ses infrastructures d’intelligence artificielle. Riyad déploie sa Vision 2030, ses partenariats miniers et son influence religieuse.
Pour les États africains, l’équation est vertigineuse : profiter de la concurrence sans devenir dépendants, attirer les capitaux sans perdre leur autonomie.
L’Afrique au centre du nouveau « Grand Jeu »
Ce que révèle l’analyse publiée dans The Africa Report, c’est une mutation profonde : l’Afrique n’est plus un simple terrain d’influence, elle est devenue l’un des enjeux centraux de la compétition entre puissances du Golfe.
La souveraineté ne se proclame plus seulement dans les discours : elle se négocie dans les concessions portuaires, les contrats miniers et l’accès aux routes maritimes.
Dans cette nouvelle géopolitique de la mer Rouge, la géographie redevient un destin.
Et l’Afrique, plus que jamais, en est la clef !
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
