ANALYSE – Aide d’Al-Qaida à Gaza

ANALYSE – Aide d’Al-Qaida à Gaza

lediplomate.media — imprimé le 24/08/2025
Capture d'écran de la vidéo publiée par l’agence de presse Shahada du Shabaab montrant le porte-parole d’Ahrar Beit al Maqdis, Abu Zain al Maqdisi, remerciant AQPA pour son don. 
Capture d’écran de la vidéo publiée par l’agence de presse Shahada du Shabaab montrant le porte-parole d’Ahrar Beit al Maqdis, Abu Zain al Maqdisi, remerciant AQPA pour son don. 

Par Alain Rodier

L’agence de presse Shahada des Shebabs, la branche d’Al-Qaida en Afrique de l’Est, a rapporté le 19 août qu’Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) – chargée des opérations extérieures de la nébuleuse – était parvenue à envoyer de l’aide dans la bande de Gaza.

Le communiqué souligne qu’Al-Qaida qui « défend depuis longtemps la cause palestinienne », fournit une assistance limitée aux habitants de Gaza touchés par la guerre entre Israël et les factions armées ». 

Cette déclaration s’appuie sur une vidéo montrant Abou Zain al Maqdisi, porte-parole d’une organisation obscure de la bande de Gaza appelée « Ahrar Bait al-Maqdis ».

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En réalité, Ansar Bait al-Maqdis (ABM « soutien de la Maison sainte » ou Ansar Al-Qods « soutien de Jérusalem ») était un groupe salafiste-jihadiste opérant dans le Sinaï de 2011 à 2014. Affilé initialement à Al-Qaida, il a fait sécession en septembre 2014 pour prêter allégeance à Daech. Le groupe a alors été baptisé la « province du Sinaï de l’État islamique ». 

Pour mémoire, la Wilayah Sinaï de Daech (Islamic State-Sinaï Province, IS- SP) qui a été très active jusqu’en 2022 a commencé à se déliter sous les coups de l’armée égyptienne discrètement aidée par des tribus bédouines et l’État hébreu.

Sur X, on apprend que le nouveau « Ansar Bait al-Maqdis » serait un « groupe jihadiste armé local établi à Gaza il y a un an […] influencé par l’idéologie d’Oussama Ben Laden ».

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Al-Maqdis a remercié Ansar al-Charia, la représentation politique d’AQPA au Yémen, affirmant que « des fonds et des dons » étaient parvenus à l’organisation. 

Il a conclu son discours en louant  Oussama Ben Laden qui invoquait souvent la détresse des Palestiniens pour rallier des soutiens à une campagne jihadiste mondiale contre Israël et l’Occident.

En réalité Al-Qaida ne s’est jamais intéressé directement à la « cause palestinienne » pour des raisons idéologiques. En effet, la guerre sainte « globale » menée par la nébuleuse depuis ses premières actions terroristes dans la corne de l’Afrique contre les ambassades américaines le 7 août 1998 (Nairobi au Kenya et Dar es Salam en Tanzanie) n’épouse pas les vues « nationalistes » palestiniennes.

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Par contre, cette cause a toujours servi la propagande d’Al-Qaida qui cherchait à recruter de nouveaux adeptes (elle est populaire dans la rue arabe mais moins dans les palais).

Ainsi une fatwa publiée en 1998 sous le nom de « Front islamique international », appelle au « jihad contre les Juifs et les Croisés ». Elle est notamment signée par Ben Laden, Ayman al-Zawahiri. Selon cette dernière, il est du devoir de tout musulman de « tuer les Américains et leurs alliés – civils et militaires » dans le monde entier ».

Ce message a été répété à maintes reprises Dans les publications de la nébuleuse dont « Inspire ».

Al-Qaida central a ensuite dénoncé officiellement la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président Donald Trump en décembre 2017 : « c’est le serment du martyr [Ben Laden] de l’Oumma qui a ouvert la voie à un État historique majeur de l’histoire de l’Oumma ; une étape où il est devenu évident que le chef de file de l’incroyance internationale, qui mène la guerre contre l’islam et les musulmans, viole leurs lieux saints, pille leurs richesses et soutient les sionistes et les tyrans des pays arabes et d’Orient, n’est autre que l’Amérique ».

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Les shebabs – banche d’Al-Qaida en Somalie –  ont utilisé le soutien américain à Israël pour justifier leurs attaques, notamment le raid meurtrier de Manba Bay au Kenya en 2020. Ce raid s’inscrivait dans une campagne plus vaste, les opérations « Al-Qods (Jérusalem) ne sera jamais judaïsée ». 

En juin 2025, AQPA a publié une déclaration qualifiant la guerre de « guerre sioniste-croisée mondiale par excellence » et comparant les « destructions et dévastations » à Gaza à « trois fois celles larguées sur la ville japonaise d’Hiroshima lors de sa destruction par la bombe nucléaire américaine. » Le communiqué ajoute : « ce que vous voyez et entendez à chaque instant, une seule scène suffit pour que nous nous précipitions, en groupes ou seuls, légers et lourds, vers notre Al-Aqsa, notre Jérusalem, notre peuple et nos frères dans la cause de l’islam, de la dignité et du sacrifice ». 

AQPA a également qualifié les dirigeants politiques américains d’« esclaves des Juifs, soumis et obéissants à leurs maîtres, les chefs des croisades sionistes mondiales ».

À l’évidence, le premier ennemi de Ben Laden étaient les États-Unis. Il en est encore de même aujourd’hui pour ce qui reste de l’organisation salafiste-jihadiste. 

Le vide créé par l’affaiblissement du Hamas permet à d’autres groupes de chercher à s’implanter à Gaza et les œuvres caritatives peuvent leur être utiles. Le Hamas avait utilisé cette méthode à ses débuts dans les années 1980.

Les rares groupuscules qui se revendiquaient d’Al-Qaida ont existé en Cisjordanie et à Gaza. 

Mais ils ont été combattus par l’Autorité palestinienne – en mal de reconnaissance internationale – et par le Hamas – jaloux de ses prérogatives -.

Ainsi, plusieurs petites cellules d’Al-Qaida apparues à Gaza depuis le début des années 2000 ont été rudement réprimées par le Hamas. 

Il en fut de même pour Daech.

Pour le moment, les deux organisations salafistes-jihadistes concurrentes sont très actives sur le continent africain, en Asie centrale et sont toujours présentes au Proche et Moyen-Orient. La cause palestinienne est pour elles un prétexte pour tenter de revenir sur le devant de la scène médiatique. Mais alors qu’Al-Qaida semble tentée par l’expérience syrienne sur certains théâtres – notamment au Sahel -, l’EI reste sur ses fondamentaux révolutionnaires et guerriers. 

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Alain Rodier

Alain Rodier

Alain RODIER

Ancien officier supérieur au sein des services de renseignements extérieurs, Alain Rodier est depuis 2001 analyste géopolitique particulièrement spécialisé sur l’étude du terrorisme et de la criminalité organisée.

Il est l’auteur des ouvrage suivants :
- « Al-Qaida, les connexions mondiales du terrorisme » éditions ellipses, juillet 2006,
- « Iran, la prochaine guerre ? » éditions ellipses, octobre 2007 et traduit en italien,
- « les Triades, la menace occultée », éditions du Rocher, décembre 2012 et traduit en italien,
- « le crime organisé du Canada à la Terre de feu » éditions du Rocher, décembre 2013,
- « grands angle sur le terrorisme » (versions en ligne & papier) éditions UPPR, avril 2015,
- « grand angle sur les mafias » (versions en ligne & papier) éditions UPPR, novembre 2015,
- « Proche-Orient. Coups de projecteur pour comprendre » éditions Balland, février 2017,
- « grand angle sur l’espionnage russe » (version en ligne & papier) éditions UPPR, avril 2017,
- « Face à face Téhéran – Riyad. Vers la guerre ? » éditions Histoire & Collections 2018,
- « L’Islam radical en France. Pour y voir clair » co-écrit avec Jean Lafontaine, éditions Histoire & Collections, deuxième semestre 2020,
- « L’espionnage russe », éditions Entremises, 2023.

Il a collaboré à la rédaction des ouvrages collectifs du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) suivants :
- « Renseignement et opérations spéciales. Spécial attentats du 11 septembre », n°9 l’Harmattan, 2002,
- « Renseignement et opérations spéciales », n°11 l’Harmattan, 2002,
- « Guerre secrète contre Al-Qaeda », éditions ellipses, novembre 2002,
- « Renseignement et opérations spéciales », n°12 l’Harmattan, 2003,
- « Al-Qaeda, les nouveaux réseaux de la terreur », éditions ellipses, octobre 2004,
- « La face cachée des révolutions arabes », éditions ellipses, novembre 2012,
- « La menace mondiale de l’idéologie Wahhabite », éditions Arcana Imperi, septembre 2017,
- « La géopolitique au défi de l’islamisme », éditions ellipses, février 2022,
- « Ukraine : la guerre américaine », éditions Cf2R, novembre 2023,
- « La guerre russo-ukrainienne », éditions Cf2R, mars 2024.

Il a aussi participé à la rédaction des travaux suivants :
- « Les défis stratégiques africains : exploration des racines de la conflictualité », Cahiers de l’IRSEM n°8 de 2011,
- « Rapport Moral sur l’Argent dans le Monde. 2015-2016. Progrès et tensions », éditions Association d’économie financière, mars 2016,
- « Orients Stratégiques. Le Golfe Persique », éditions l’Harmattan de 2019,
- « (Re)penser la France d’après », éditions bōld de mai 2021.

Ancien homme de terrain et de réflexion, il a aujourd’hui le recul nécessaire pour replacer les événements dans leur contexte. En effet, il suit l’actualité relevant du domaine de ses compétences depuis plus de quarante cinq ans.
Il est contributeur régulier auprès du site raids.fr (revue Raids) aux éditions Histoire et Collections.

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