
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un pipeline devenu cible
Le conflit ukrainien ne se joue pas seulement sur le front militaire. Le 13 août puis le 18 août, Kiev aurait mené deux attaques contre l’oléoduc Droujba – appelé Barátság en Hongrie – qui transporte le pétrole russe vers Budapest. Le deuxième assaut a entraîné une brève interruption du flux, provoquant la colère du ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó. Pour Budapest, l’approvisionnement énergétique est un intérêt vital et non négociable.
La réaction a été immédiate : le chef de la diplomatie hongroise a accusé Kiev de mettre en péril la sécurité énergétique d’un pays qui, depuis le début de la guerre, a défendu une ligne de neutralité. L’Ukraine, par la voix de son ministre Andrii Sybiha, a répondu que la responsabilité réelle revient à Moscou, initiateur de la guerre, et que la dépendance énergétique de la Hongrie vis-à-vis de la Russie est le véritable problème.
À lire aussi : Comment peut-on être Hongrois ?
Menaces croisées et dépendances révélées
L’échange de messages enflammés sur les réseaux sociaux a vite pris la forme d’un duel diplomatique. Szijjártó a rappelé que la Russie fournit du pétrole à la Hongrie depuis des décennies et que l’interruption du transit – causée, selon lui, par Kiev – heurte directement les intérêts nationaux. Il a ensuite brandi une menace claire : l’électricité. En 2024, l’Ukraine a importé 42 % de son électricité de Hongrie. Un arrêt des livraisons plongerait Kiev dans une crise immédiate.
Cette ligne dure a été reprise par Tamás Menczer, député et communicant du parti Fidesz, qui a averti que l’Ukraine s’expose à un effondrement énergétique si elle persiste. Le message est limpide : Budapest ne tolérera pas que son rôle de fournisseur soit remis en cause par des attaques contre ses infrastructures vitales.
À lire aussi : Nordstream : les complotistes avaient encore une fois raison
Un bras de fer aux résonances géopolitiques
Derrière l’incident technique se cache un enjeu beaucoup plus vaste. L’attaque de Droujba pourrait être interprétée comme un geste politique destiné à exercer une pression sur Viktor Orbán, au moment où le sommet Trump-Poutine d’Anchorage redessine déjà l’équilibre international. L’Ukraine, frustrée par l’absence d’invitation des dirigeants d’Europe centrale au sommet de Washington, cherche à rappeler aux voisins réticents que la guerre concerne toute la région. Mais en réalité, Budapest reste attachée à sa ligne : pas d’implication directe, maintien de ses propres intérêts et recherche d’un dialogue UE-Russie.
À lire aussi : ÉDITO – Bobby Fischer et l’échiquier de la Guerre froide
La position de la Hongrie illustre aussi la fragilité de l’unité européenne. Tandis que Bruxelles et Kiev plaident pour une confrontation plus ferme avec Moscou, Orbán met en avant la nécessité de relations pragmatiques, surtout dans le domaine énergétique. Le pétrole de Droujba n’est pas la seule source – le TurkStream continue d’alimenter la Hongrie – mais il demeure crucial pour la stabilité de l’approvisionnement.
Les risques d’un engrenage
Si l’incident reste limité à une guerre de communiqués, il souligne cependant la fragilité des équilibres énergétiques. Chaque attaque contre une infrastructure peut se transformer en menace contre des millions de foyers. Dans un contexte de méfiance déjà profond entre Kiev et Budapest, l’hypothèse d’une véritable “représaille” hongroise, sous forme de coupure d’électricité, pourrait ouvrir un nouveau front politique et humanitaire.
Au-delà des menaces, cet épisode révèle la réalité d’un conflit où l’énergie est devenue arme de guerre et outil de chantage. Entre Ukraine et Hongrie, ce n’est pas seulement un pipeline qui est en jeu, mais la définition même de la sécurité en Europe centrale. Et dans cette partie, chaque kilowatt et chaque baril comptent autant que les divisions militaires.
À lire aussi : TRIBUNE – Faire France !
#Ukraine,#Hongrie,#Energie,#GuerreEnUkraine,#Diplomatie,#Pipeline,#Droujba,#Baratsag,#Russie,#Orbán,#Szijjártó,#Kiev,#UE,#EuropeCentrale,#ConflitEnergetique,#Geopolitique,#PetroleRusse,#TurkStream,#GuerreDeLEnergie,#RelationsInternationales,#Trump,#Poutine,#SommetAnchorage,#Electricité,#DependanceEnergetique,#ChantageEnergetique,#Otan,#SécuritéEuropéenne,#Budapest,#Bruxelles,#NeutralitéHongroise,#Fidesz,#UnionEuropéenne,#CriseEnergetique,#PolitiqueEtrangere,#Strategie,#RelationsUERussie,#Infrastructure,#Hydrocarbures,#Baril,#Kilowatt

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
Découvrez ses ouvrages en italien sur Amazon.
https://www.amazon.it/Libri-Giuseppe-Gagliano/s?rh=n%3A411663031%2Cp_27%3AGiuseppe+Gagliano
Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
Liens utiles
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis
