ANALYSE – Canal de Panama : La guerre silencieuse entre Washington et Pékin

Vue symbolique du Canal de Panama : deux navires marchands sous les drapeaux américain et chinois illustrent la rivalité géopolitique entre Washington et Pékin pour le contrôle d’une voie maritime stratégique reliant Atlantique et Pacifique.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Un point névralgique sous tension

Violences, grèves, manifestations : le calme de Panama appartient désormais au passé. L’enjeu est de taille : le contrôle du Canal, ce passage essentiel entre Atlantique et Pacifique, évitant le long détour par le Cap Horn. Pendant que l’Europe garde les yeux rivés sur l’Ukraine, Washington et Pékin s’affrontent discrètement ici. Donald Trump veut reprendre la main sur cette infrastructure qu’il estime « volée » par la Chine. Aux Nations unies, les échanges entre diplomates sont devenus acrimonieux.

À lire aussi : ANALYSE – L’Afrique dans l’ombre du conflit Iran-Israël

Ports stratégiques aux mains chinoises

Les entreprises chinoises, via la Panama Ports Company, filiale du groupe CK Hutchison de Hong Kong, ont acquis les terminaux de Balboa et Cristóbal, de part et d’autre du Canal. Un contrat signé en 2021 leur offrirait une marge de manœuvre fiscale grâce à des sous-traitants exemptés d’impôts, ce qui alimente les accusations panaméennes. Dans le même temps, Hutchison envisage la vente de ses actifs portuaires mondiaux pour 23 milliards de dollars, une opération à laquelle Pékin se montre réticente. Si la transaction échoue, la Chine conservera ses positions stratégiques sur le Canal, ce que Trump juge inacceptable.

À lire aussi : Entre l’Aigle et le Dragon : le Canal de Panama face aux enjeux géopolitiques

Pressions américaines sur Panama

Depuis son retour à la Maison Blanche, Trump met ouvertement la pression sur le président panaméen José Raul Mulino : réduire l’emprise chinoise ou s’exposer à des mesures plus radicales. Selon le think tank Stratfor, l’audit en cours sur Panama Ports pourrait déboucher sur la révocation de la concession, ouvrant la voie à un rachat par des intérêts américains, comme BlackRock, pour près de 23 milliards. La dépendance économique de Panama vis-à-vis des États-Unis rend probable une décision favorable à Washington.

À lire aussi : ANALYSE – Le canal de Panama et la longue main de Pékin : Un enjeu crucial pour les équilibres mondiaux

L’argument juridique américain

Historiquement, les États-Unis ont construit et contrôlé le Canal de 1914 à 1977, avant de transférer la gestion à Panama selon les traités Torrijos-Carter, applicables totalement depuis 1999. Ces accords prévoient la neutralité et l’accès égal pour toutes les nations. Washington pourrait invoquer une violation de ces dispositions — retards, surcharges, discriminations tarifaires — pour justifier une intervention. Des pratiques comme les « droits de passage prioritaires », permettant aux navires de dépasser la file moyennant un surcoût, alimentent cet argumentaire.

Pékin, acteur économique majeur

Officiellement, la Chine ne dispose pas de présence militaire au Panama, mais son implantation économique est considérable : ports, logistique, infrastructures, télécommunications. Pour Washington, cette influence risque de s’étendre à toute l’Amérique latine. Pékin, de son côté, présente ses investissements comme purement commerciaux et dénonce les manœuvres américaines comme un retour à l’impérialisme.

À lire aussi : Nouvelles routes de la soie : Panama se retire du projet chinois, première victoire de Trump ?

Les risques d’une escalade

Une remise en cause des contrats chinois pourrait tendre davantage les relations sino-panaméennes et provoquer des représailles commerciales. Pour Trump, l’enjeu est stratégique : sécuriser un point de passage vital pour le commerce mondial et réduire l’influence chinoise dans l’hémisphère occidental. Mais pour Mulino, la marge de manœuvre est étroite : contrarier Washington met en danger l’économie, heurter Pékin compromet des investissements cruciaux.

Un équilibre précaire

Dans ce jeu triangulaire, Panama tente de préserver sa souveraineté, tout en évitant d’être le terrain d’une confrontation directe entre les deux superpuissances. La pression populaire — nourrie par les inquiétudes sociales et économiques — pourrait encore compliquer la position du gouvernement. Si Washington pousse trop loin ses revendications et si Pékin s’accroche à ses positions, le Canal, symbole de neutralité, risque de devenir un champ de bataille diplomatique et économique.

À lire aussi : ANALYSE – Les ambitions impérialistes de Trump : Le Groenland comme symbole de la nouvelle course au pouvoir mondial


#CanaldePanama, #PanamaCrisis, #Geopolitics, #USAChinaRivalry, #Trump2025, #WashingtonVsBeijing, #TradeWar, #PortsStrategy, #GlobalTrade, #StraitPower, #LatinAmerica, #CanalConflict, #PanamaPolitics, #USChinaTensions, #StrategicPorts, #CKHutchison, #BalboaPort, #CristobalPort, #TrumpVsChina, #GeopoliticalRisk, #GlobalMaritime, #WorldTradeRoutes, #PacificAtlantic, #TrumpForeignPolicy, #ChinaExpansion, #USIntervention, #PanamaProtests, #GeopoliticsToday, #StrategicRivalry, #USChinaRelations, #MaritimeSecurity, #EconomicWarfare, #GlobalLogistics, #LatinAmericaGeopolitics, #DiplomaticConflict, #ChinaInLatinAmerica, #USPressure, #TrumpGeopolitics, #PanamaUnderPressure, #CanalUnderThreat

Le Diplomate Logo

Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine toutes les actualitées.

Ce champ est nécessaire.

Nous ne spammons pas ! Consultez nos CGU pour plus d’informations.

Retour en haut