ANALYSE – Côte d’Ivoire et Cameroun : Le bal des mandats impossibles

ANALYSE – Côte d’Ivoire et Cameroun : Le bal des mandats impossibles

lediplomate.media — imprimé le 06/11/2025
Deux urnes électorales portant les drapeaux du Cameroun et de la Côte d’Ivoire symbolisent les élections présidentielles africaines de 2025 et leurs enjeux démocratiques.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Les élections présidentielles de 2025 en Côte d’Ivoire et au Cameroun illustrent les dilemmes contemporains de la France en Afrique : entre soutien à des régimes vieillissants et nécessité de préserver ses intérêts stratégiques.

Les élections présidentielles de 2025 en Côte d’Ivoire et au Cameroun symbolisent les dilemmes contemporains de la France en Afrique : entre le maintien de relations stratégiques avec des régimes vieillissants et la nécessité de répondre aux aspirations démocratiques d’une jeunesse impatiente.

À lire aussi : DÉCRYTAGE – Macron reconnaît la “guerre” du Cameroun : un aveu qui pèse sur la présidentielle et la relation franco-camerounaise

Côte d’Ivoire : Ouattara, le retour du mandat impossible

Le 25 octobre 2025, Alassane Ouattara a remporté son quatrième mandatavec 54,8 % des voix, selon la Commission électorale indépendante. Cette victoire, jugée controversée, intervient malgré une Constitution limitant le nombre de mandats présidentiels à deux.

L’opposition dénonce un « couronnement républicain » et une « confiscation du pouvoir », rappelant les tensions de 2020. La campagne s’est déroulée dans un climat de crispation : plus de 44 000 policiers ont été mobilisés, et près de 700 arrestations ont eu lieu pour « troubles à l’ordre public ».

Les jeunes, représentant plus de 75 % de la population, expriment massivement leur désillusion face au chômage et à la pauvreté persistante. Si la stabilité ivoirienne reste un pilier essentiel des intérêts économiques français en Afrique de l’Ouest, le soutien tacite de Paris à Ouattara nourrit les critiques d’un retour à la « Françafrique » et d’une ingérence dans les affaires intérieures du pays.

À lire aussi : ANALYSE – Côte d’Ivoire : La rétrocession de base militaire française d’Abidjan ouvre la voie à une coopération renforcée avec Africom

Cameroun : Biya, l’immortel président

Au Cameroun, Paul Biya, âgé de 92 ans, a une nouvelle fois déjoué les pronostics en remportant l’élection avec 53,66 % des voix, selon la Commission nationale de recensement des votes. Son principal opposant, Issa Tchiroma Bakary, qui a obtenu 46,34 %, rejette les résultats, dénonçant un scrutin « truqué de bout en bout » 

Mais le véritable symbole du vieillissement du pouvoir camerounais se trouve ailleurs : le président de la Cour constitutionnelle, Clément Atangana, chargé de valider les résultats, affiche 84 ans au compteur.

Un duo de nonagénaires (ou presque) à la tête de l’État et de la justice électorale : une situation qui fait sourire — ou grincer des dents — certains observateurs, parlant d’un « EHPAD républicain » où la longévité tient lieu de légitimité.

Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et Garoua, réprimées avec gaz lacrymogènes et tirs à balles réelles, faisant au moins deux morts et plusieurs dizaines de blessés.

Malgré les appels internationaux au dialogue, la France continue de coopérer étroitement avec le régime de Biya, notamment dans les domaines de la défense et des investissements énergétiques. Ce soutien, justifié au nom de la stabilité régionale, entame toutefois la crédibilité de Paris comme promoteur de la démocratie et des droits humains en Afrique centrale.

À lire aussi : CINÉMA ET GEOPOLITIQUE – Mission : Impossible – The Final Reckoning : Une géopolitique de l’effondrement

Les enjeux pour la France

Face à cette double crise de légitimité, Paris doit composer avec plusieurs impératifs :

  • Préserver ses intérêts économiques, alors que la Chine et la Russie renforcent leur présence sur le continent.
  • Réparer son image auprès des nouvelles générations africaines, de plus en plus critiques vis-à-vis des alliances jugées obsolètes.
  • Redéfinir sa politique africaine, pour ne plus apparaître comme un soutien automatique à des régimes autoritaires.

Le président Emmanuel Macron, qui n’a jamais totalement saisi les subtilités politiques et culturelles africaines, tente de concilier héritage historique et réinvention diplomatique. Mais entre réalisme stratégique et aspiration morale, la France semble aujourd’hui marcher sur une ligne de crête : celle d’une puissance qui hésite encore entre l’Afrique d’hier et celle de demain.

À lire aussi : Élections américaines 2024 : Joe Biden ou la quête impossible d’un rééquilibrage de ses positions sur le Proche-Orient


#Afrique, #CotedIvoire, #Cameroun, #Ouattara, #Biya, #Elections2025, #Afrique2025, #Françafrique, #GeopolitiqueAfricaine, #FranceAfrique, #AfriqueFrancophone, #Pouvoir, #Dictature, #Democratie, #JeunesseAfricaine, #Changement, #Macron, #PolitiqueAfricaine, #AfriqueDeLOuest, #AfriqueCentrale, #Paris, #PutschElectoral, #AfriqueModerne, #ElectionsContestees, #AfriquePolitique, #AfriqueDuFutur, #AfriqueRebelle, #InfluenceFrancaise, #Colonialisme, #Postcolonialisme, #AfriqueLibre, #RussieAfrique, #ChineAfrique, #EconomieAfricaine, #TransitionPolitique, #AfriqueEmergente, #PouvoirVieux, #RegimesAutoritaires, #DiplomatieFrancaise, #Geostrategie, #Afrique2025,

Retour en haut