ANALYSE – Le détroit d’Hormuz est-il vraiment fermé ?

ANALYSE – Le détroit d’Hormuz est-il vraiment fermé ?

lediplomate.media — imprimé le 11/04/2026
détroit d’Hormuz
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par François Morizur

 La recherche du K.O 

Au commencement étaient les objectifs de guerre des Etats Unis :

  • Neutraliser le programme nucléaire Iranien
  • Neutraliser les capacités balistiques Iraniennes
  • Renverser la théocratie Iranienne.

Le 28 février 2026, informé par le gouvernement Israélien d’une réunion regroupant les principaux leaders Iraniens, une opération aérienne combinée était lancée avec le bombardement ciblé d’un building à Téhéran. Le guide suprême Ali Khamenei, le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour et le chef du Conseil national de Défense, Ali Shamkhani y étaient tués. Les Américains et les Israéliens lançaient ainsi les opérations Epic Furor et Roaring Lion alors que des négociations étaient encore en cours. Simultanément, des frappes étaient réalisées sur des installations militaires ou liées au régime à Téhéran, Ispahan, Qom, Kermanshah. 

Contrairement aux opérations Américaines précédentes, la « machine militaire US » n’était pas totalement déployée, l’option « boots on ground » n’étant clairement pas envisagée. La décapitation du régime de Téhéran, les frappes sur les bastions de l’armée et de l’IRGC devaient sidérer l’ennemi, pousser les populations dans la rue, activer les opposants Kurdes et faire ainsi s’écrouler l’édifice théocratique fragilisé. Une sorte de combat de boxe ou le premier uppercut aurait fait tomber l’adversaire pour le compte. Ce ne fut pas le cas……

Le régime Iranien réagissait immédiatement mettant en œuvre le concept de défense en mosaïque créé par le Général Mohammad Ali Jafari. Une volée de missiles et de drones était lancée sur des objectifs en Israel et sur les pays du golfe Persique, perçant ponctuellement les dispositifs de défense aérienne. L’assemblée des experts désignait très rapidement l’Ayatollah Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême. Ce dernier, fils du leader disparu, représente une aile encore plus dure du régime Iranien.  La chasse aux 400 et quelques kilos d’uranium enrichis reste à ce jour infructueuse, les Américains évacuant cette problématique via une mise en récit basée sur un enfouissement quasi définitif suite aux multiples frappes aériennes de ces 5 dernières semaines. Enfin, les capacités de frappes balistiques sont considérées comme détruites ……malgré un tir de deux missiles sur l’ile de Diego Garcia, démontrant le doublement des portées opérationnelles connues. 

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 Le blocage 

Dans le flot de la diatribe Trumpienne, particulièrement insaisissable, ces buts de guerre semblaient considérés comme atteints. Cependant, à la bascule des cinq premières semaines de guerre, une problématique nouvelle s’est imposée : le contrôle du détroit d’Hormuz. Que ce blocage constitue une surprise est assez … surprenant ! Dès 2006, Ali Khamenei signalait qu’en cas d’agression, les flux énergétiques provenant de la région seraient sérieusement compromis. 

Le 28 février 2026, les gardiens de la révolution interdisaient le transit dans le détroit. Le 1er Mars, le tanker SKYLIGHT, était frappé par un missile alors qu’il tournait le détroit, au nord du sultanat d’Oman. Le trafic maritime était totalement interrompu, 3000 navires se retrouvaient piégés dans le golfe Persique, 20% de la production mondiale de pétrole, 30% de la production mondiale de gaz ne pouvaient plus être exportés. Les assureurs maritimes refusaient de couvrir les transits, les équipages de navires faisaient jouer leur droit de retrait. Les Américains, malgré leur armada déployée et la destruction quasi-totale de la marine Iranienne, se montraient incapables d’assurer la sécurisation du trafic maritime dans ce détroit en restant prudemment éloignés de la zone de conflit. 

 Les capitulations Persanes (Cf. article les capitulations Houthistes   https://lediplomate.media/analyse-capitulations-houthistes/

A l’instar du dispositif de contrôle du trafic maritime établi par les Houthis dans le détroit de Bad El Mandeb, après une courte période de blocage total, un flux minimal maritime se remettait en place : quelques navires Indiens, Chinois étaient autorisés à transiter à partir de la seconde semaine de Mars. Les Gardiens de le révolution Iranienne établissaient des règles nouvelles. Le draft de ces nouveaux règlements étaient adressés à l’Organisation Maritime Internationale (IMO), instance maritime spécialisée des Nations Unies. Plusieurs pays « amis » (Chine, Russie, Pakistan, Inde, Afrique du Sud) bénéficiaient d’accords, au cas par cas. D’autres pays, principalement asiatiques (Philippines, Bangladesh, Thaïlande, Sri Lanka) directement impactés par la rupture de fourniture de produits pétroliers et gaziers, négociaient de façon bilatérale.  

L’Iran imposait alors un protocole de demandes, d’agréments, de paiements puis de navigation afin de contrôler de façon fine la navigation autorisée. L’Iran National Security Committee régulait le passage imposant certains prérequis (Identification du navire, des propriétaires, des actionnaires, des opérateurs et clients, des équipages et du fret), une route passant entre les iles d’Hormuz et Larak, des droits de passage payables en yuan ou cryptomonnaies en fonction des navires, des nations cadre et du fret. 

Le nombre de navires autorisés augmentaient graduellement alors qu’un second rail maritime était créé le long des côtes nord du sultanat d’Oman suite à un accord bilatéral entre ce sultanat et l’Iran. Le 5 avril 2026, 20 navires transitaient par ce détroit dont 6 entrants. Parmi ces 20 navires, un tanker Japonais, le SOHAR LNG et un porte container Français, le CMA CGM KRIBI, étaient autorisés à franchir le détroit. 

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 L’isolement Israélo-Américain 

Ces deux derniers transits ne sont pas anodins. Ils matérialisent clairement une tentative d’isolement des USA et d’Israel vis-à-vis des « alliés et amis » qui, non informés du déclenchement unilatéral des frappes aériennes, agonis par le président Trump, lassés des revirements permanents et surtout fragilisés économiquement par cette rupture logistique faisaient valoir leurs intérêts nationaux prioritairement. Conscient de ces fractures naissantes, l’Iran savait user de symboles : Le CMA CGM KRIBI devait naviguer avec un AIS affichant « French Owner », l’Espagne se voyait elle médiatiquement accorder le transit inconditionnel en récompense du refus de survol de son territoire par des avions militaires américains ou Israéliens.  De plus en plus isolé dans ce conflit, embourbé dans des opérations militaires sans réels effets stratégiques, fragilisé intérieurement, pressé par les pays du golfe, le président Trump déclamait des ultimatums successifs dont l’objectif focal était devenu la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz. 

La bataille du détroit d’Hormuz 

L’ouverture du détroit d’Hormuz est devenue LE cœur de la problématique Américaine. L’équilibre de cette région du monde était basé sur la protection Américaine totale en échange de la commercialisation des produits pétroliers en dollars uniquement. Cette obligation érige le dollar comme monnaie ultime sur laquelle les USA assoient leur puissance économique et géopolitique inégalée. 

Les armées régionales, menacées par leur voisin Iranien surpuissant, suréquipées en matériels américains mais manquant de ressources humaines nationales, sont restées silencieuses et défensives depuis le début du conflit.  Malgré les volées de missiles et de drones ébréchant fortement leurs modèles économiques et financiers, conscientes des conséquences dramatiques de certaines de frappes sur leurs installations pétrolières et gazières, ces pétromonarchies ne se sont pas engagées offensivement dans ce conflit. Cependant elles ne peuvent que constater que le grand frère Américain n’assure plus la protection totale qu’elles étaient en droit d’attendre. 

Chaque jour passant depuis la seconde semaine de mars accroit le flux des navires en transit du fait de ces agréments Iraniens distillés de gré à gré au profit de pays ayant un besoin vital de matières premières, d’armateurs souhaitant récupérer une partie de leur flotte figée et des pays du golfe Persique souhaitant recouvrer des sources de revenus au plus tôt. Si la tendance se poursuit ainsi, sera-t-il dès lors nécessaire de réouvrir un détroit ……déjà ouvert ? 

Le casse-tête Américain

Les USA ne peuvent se permettre de perdre la « bataille d’Hormuz ». Cette bataille ne sera pas une bataille militaire. L’éventualité d’opérations amphibies et aéroportées est une vue de l’esprit compte tenu de l’obligation de saisie d’un vaste espace hostile pour une durée très conséquente afin de « contrôler et sécuriser » vraiment la navigation dans cette zone. Les Américains n’ont ni les moyens militaires ni l’envie ni l’acceptation de l’éventualité de pertes humaines importantes. Ce constat constitue un tournant historique vis-à-vis de la toute puissance militaire supposée Américaine. 

La « vraie » victoire serait de ramener le détroit d’Hormuz à son statut précédent : Un espace de libre circulation maritime selon les termes de la convention de Montégo bay. Cette victoire sera difficile à acquérir, le contrôle de ce détroit étant une carte maîtresse dans le jeu Iranien. 

Une victoire « honorable » serait d’accepter une gestion bilatérale Irano-Omanaise chapeautée par une organisation régionale ou internationale afin de ne pas laisser le seul Iran « victorieux » gestionnaire de ce passage stratégique

Alors que les négociations dureront très probablement des mois, voire des années, le trafic maritime dans le détroit s’installera de façon pragmatique. L’Iran, malgré le cessez le feu du 7 avril 2026, a démontré 12 heures plus tard qu’ils avaient la main sur cette zone, fermant d’autorité le passage suite aux bombardements massifs Israéliens sur le Liban. Les menaces Trumpiènes, loin de restreindre les Iraniens, sont à présent tournées en ridicule via des tweets cinglants.  A l’instar de ce qui s’est mis en place en Mer Rouge, les nations et navires « non grata » s’auto réguleront rapidement en s’interdisant les opérations maritimes dans cette zone quitte à vendre des navires bloqués à des concurrents moins exposés.

Reste le second pan de la bataille d’Hormuz : Les Américains sont massivement installés dans le golfe Persique, y déployant plus de 50000 hommes de façon permanente. C’est le tribut militaire à verser pour respecter les accords de sécurité les liant avec les monarchies de la région. Comment maintenir ce dispositif militaire dans cette sous-région alors que le conflit est totalement exacerbé et les menaces directes sur les navires militaires réelles ? Les Américains sont ils prêts à recouvrer les bases de Al Udeid au Qatar, de Al Dhafra aux émirats et surtout de revenir baser leurs navires et leur état-major de la 5eme flotte à Barhein ? Les pétro-monarchies échaudées par cette guerre par procuration l’accepteront-ils d’ailleurs ?  

Si ce scénario noir se mettait en place, les Américains y perdraient probablement leur hégémon militaro-économique régional vieux d’un peu plus d’un demi-siècle ouvrant ainsi la porte à l’empire du milieu « terriblement » silencieux depuis début mars 2026. En termes d’images, cet échec constituerait un camouflet historique dont la première victime serait accessoirement le président Trump. Le retrait des forces de combat américaines de la région est d’ailleurs l’un des dix points présentés comme base de négociation par les Iraniens lors de l’acceptation du cessez le feu récent.

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