ANALYSE – Le drapeau sahélien flotte à Moscou

Scène en afrique avec drapeau du sahel

Par Olivier d’Auzon

Le 3 avril 2025, au cœur du Kremlin, un vent du désert a soufflé sur les marbres impériaux. Dans un décor empreint d’histoire, la Russie de Vladimir Poutine recevait les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunis sous la bannière naissante de la Confédération des États du Sahel (AES).

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en hôte calculateur et stratège avisé, n’a pas seulement accueilli ses homologues africains : il leur a tendu la main dans ce qu’il qualifie désormais de « partenariat anti-hégémonique », une réponse explicite à l’ordre unipolaire façonné par les États-Unis et leurs alliés depuis la fin de la guerre froide.

Lavrov : « Ce siècle n’appartient à personne, il se construit à plusieurs »

Dès l’ouverture de la réunion, Sergueï Lavrov a placé le débat sur un terrain idéologique. « Nous ne sommes pas là pour dicter. Nous sommes là pour écouter, pour bâtir, ensemble, un monde fondé sur la souveraineté réelle des nations Â», a-t-il déclaré, en référence directe aux critiques adressées aux anciennes puissances coloniales européennes.

Le message était limpide : la Russie ne se positionne pas comme une alternative impériale, mais comme le partenaire d’un réveil africain, porteur d’une nouvelle équation géopolitique fondée sur l’autonomie, le respect mutuel et l’intérêt réciproque.

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L’AES, nouveau partenaire stratégique de Moscou

Au centre des discussions : la sécurité, l’économie, et la diplomatie. Pour Lavrov, le Sahel est bien plus qu’un théâtre secondaire de la lutte contre le terrorisme. Il est « un pivot stratégique dans la recomposition de l’ordre international », une zone charnière entre Afrique du Nord, Afrique subsaharienne et monde musulman, riche en ressources naturelles et en potentiel d’influence.

La Russie a proposé une coopération militaire élargie : formation des forces armées, livraison de matériels, partage de renseignements. Mais aussi un appui économique dans trois domaines clefs :

  • l’agriculture (grains, engrais, intrants),
  • les infrastructures (routes, énergie, télécommunications),
  • et la diplomatie économique via l’accès aux mécanismes financiers des BRICS, où la Russie pousse pour que l’AES obtienne un statut d’observateur.

Contre-terrorisme et souveraineté : Convergence de vues

La convergence stratégique entre Moscou et les pays du Sahel se fonde aussi sur un diagnostic commun : celui d’un terrorisme instrumentalisé par des acteurs extérieurs pour maintenir la région dans l’instabilité. Lavrov n’a pas mâché ses mots : « Certains acteurs internationaux utilisent le prétexte du terrorisme pour justifier une présence militaire permanente et orienter les politiques intérieures de vos États. Cela doit cesser. Â»

Les dirigeants de l’AES, eux, voient dans cette lecture une reconnaissance bienvenue de leurs positions : dénonciation des bases étrangères, recentrage des priorités sur le contrôle territorial, et rejet de toute conditionnalité démocratique dans l’aide sécuritaire.

Le drapeau sahélien dans le vent russe

Un moment fort du sommet fut la présentation officielle, hors d’Afrique, du drapeau de l’AES. Pour Lavrov, ce geste est « hautement symbolique d’une Afrique qui ne se contente plus d’être un acteur passif ». Le Kremlin, toujours prompt à manier les symboles, a veillé à donner à ce moment une solennité toute soviétique : hymnes, honneurs, photographie officielle sous les fresques de Saint-Georges.

Ce geste marque aussi l’acceptation tacite par Moscou d’une recomposition post-française de l’Afrique de l’Ouest. Pour la Russie, cette nouvelle configuration n’est pas un trouble mais une opportunité — celle de tisser des alliances durables avec des gouvernements qui se cherchent de nouveaux soutiens.

Institutionnaliser l’alliance : Vers un axe Moscou-Ouagadougou ?

L’une des décisions-clés de cette réunion a été l’annonce de consultations politiques régulières Russie-AES, sur un modèle inspiré des dialogues stratégiques sino-africains. Des réunions annuelles auront lieu, alternativement à Moscou et dans l’un des trois États sahéliens. À cette structure, Lavrov souhaite adosser un forum économique pour attirer des investisseurs russes dans les secteurs de l’énergie, des mines et des transports.

Lavrov l’a dit sans détour : « Nous ne vous apportons pas de prêts piégés ni de leçons morales. Nous vous offrons une architecture de coopération fondée sur la souveraineté, comme nous l’avons fait en Syrie ou avec nos partenaires asiatiques. Â» Derrière cette déclaration se cache une critique à peine voilée des modèles occidentaux d’aide au développement, conditionnés à des critères politiques ou de gouvernance.

Un pacte de sable et de glace

Le sommet du 3 avril 2025 n’est pas un basculement, mais un alignement tactique de circonstances convergentes. La Russie cherche de nouveaux partenaires dans le Sud global. L’AES, en quête de légitimité internationale et de relais diplomatiques, voit en Moscou un allié sans complexe, capable d’ouvrir des portes tout en respectant ses choix.

Plus l’Occident s’enlise dans son soutien à l’Ukraine de Volodymyr Zelensky, plus la Russie de Vladimir Poutine affine sa stratégie d’influence en Afrique, en particulier dans l’ancien pré carré français. Le sommet du 3 avril 2025 à Moscou entre la Russie et la Confédération des États du Sahel (AES), réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, illustre ce basculement du monde.

Sous l’égide de Sergueï Lavrov, la Russie a présenté une offre de partenariat sans conditionnalité démocratique, fondée sur la souveraineté, la sécurité et le développement. Une offre perçue comme plus respectueuse par des régimes militaires en quête de légitimité, et qui tranche avec les discours moralisateurs et les retraits précipités de la France.

En affichant son soutien militaire, économique et diplomatique à l’AES, Moscou capitalise sur les erreurs stratégiques françaises, le pseudo ressentiment postcolonial et le besoin d’alternatives des pays sahéliens. Le drapeau de l’AES, hissé pour la première fois à Moscou, symbolise une Afrique qui regarde vers l’Est.

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