ANALYSE – La Food and Drug Administration (FDA) en crise : Quand l’efficacité devient un danger pour la santé publique

La Food and Drug Administration

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Aux États-Unis, patrie des grandes batailles juridiques contre les multinationales du tabac, du culte de la liberté d’entreprendre et de la foi dans la science biomédicale, il se produit aujourd’hui un paradoxe saisissant. Les scientifiques de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence fédérale chargée de contrôler la sécurité des médicaments, des dispositifs médicaux et des produits du tabac, se retrouvent submergés, sans moyens ni personnel suffisant pour garantir ce que la loi leur impose : protéger la santé publique.

La raison ? Une opération de « rationalisation » imposée par le Département de l’Efficacité Gouvernementale (DOGE), une création de l’administration Trump aujourd’hui dirigée par Elon Musk. Une machine idéologique et technocratique fondée sur le dogme néolibéral du « gouvernement allégé », qui prône la réduction des coûts, l’automatisation et la numérisation, et considère la bureaucratie comme une bête obèse à amputer, même de ses organes vitaux.

Résultat : le mois dernier, près de 1.000 employés en période d’essai ont été licenciés, principalement dans les départements de la FDA chargés du tabac, de l’alimentation et des dispositifs médicaux. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : retards dans les délais légaux de validation, suspensions des évaluations, annulations de réunions avec les entreprises, réduction des retours d’information aux industriels. Plusieurs projets de recherche liés au tabac ont même été tout bonnement supprimés.

C’est l’agence Reuters qui révèle ces faits dans une enquête exclusive, appuyée par les témoignages anonymes de trois scientifiques en poste. Tous décrivent un surmenage chronique : le nombre de dossiers à traiter aurait doublé, les tâches connexes – encadrement, contrôle qualité, formation – mises de côté. « Nous avons 180 jours pour terminer une évaluation. Nous n’y arriverons même pas de loin. C’est tout simplement irréaliste », déclare un chercheur du Center for Tobacco Products.

Un autre a reçu à lui seul la rédaction d’un rapport réglementaire normalement confié à six personnes. « Nous avons perdu une expertise précieuse, notamment sur les nouvelles technologies comme les logiciels de vérification d’âge pour les cigarettes électroniques », précise-t-il. Des jeunes recrues, spécialisées dans des domaines pointus, viennent d’être sacrifiées au nom de la rentabilité.

La FDA, contactée, n’a pas souhaité commenter. Mais les effets sont mesurables. En 2024, elle a approuvé plus de 3.000 dispositifs médicaux, dont certains à haut risque comme le système Affera de Medtronic pour traiter la fibrillation auriculaire, et plus de 250 demandes de nouveaux produits du tabac. Aujourd’hui, l’agence manque de personnel pour faire face. Des projets phares, comme un nouveau dispositif chauffant proposé par Philip Morris, attendent encore un feu vert.

Ameet Sarpatwari, professeur à la Harvard Medical School, met en garde : « La perte de personnel et de savoir-faire pourrait entraîner des délais plus longs ou, pire, des examens trop rapides, avec le risque de passer à côté de signaux d’alerte ». Autrement dit, soit les produits arrivent plus tard sur le marché, soit ils y arrivent sans avoir été suffisamment testés.

En parallèle, le ministère de la Santé a proposé de nouveaux plans de suppressions de postes. Des primes de départ de 25.000 dollars ont été offertes à certains agents, sans remplacement à la hauteur. L’État économise, certes, mais au détriment de la rigueur scientifique. Le filet de sécurité sanitaire publique s’effiloche.

Ce paradoxe est emblématique d’une époque : d’un côté, des milliards injectés dans la tech et l’industrie pharmaceutique ; de l’autre, les agences de contrôle vidées de leur substance. L’idée que la réglementation est un obstacle à la croissance prend le dessus. On parle d’efficacité, mais on oublie que cette efficacité peut aussi signifier précipitation, opacité, danger.

Car ce qui est en jeu, c’est la confiance du public. Derrière chaque médicament, chaque inhalateur, chaque produit approuvé par la FDA, il y a une promesse implicite : celle d’un contrôle indépendant, rigoureux, au service de la santé publique. Si cette promesse est rompue, si le gendarme de la santé est désarmé, alors c’est toute la chaîne de sécurité qui vacille.

Et dans un monde où les algorithmes, les biotechnologies et les dispositifs connectés entrent toujours plus dans nos vies et nos corps, ce vide ne pourra être comblé ni par l’intelligence artificielle, ni par les économies de personnel. La régulation n’est pas un luxe bureaucratique. Elle est un pilier démocratique.

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