
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
L’annonce faite par le Pentagone d’un investissement direct de 400 millions de dollars dans l’entreprise américaine MP Materials dépasse la simple logique industrielle. Elle marque un tournant dans la guerre économique qui oppose Washington à Pékin pour le contrôle des chaînes d’approvisionnement stratégiques. Derrière les chiffres et les communiqués, se cache une réalité brutale : les États-Unis ne tolèrent plus de dépendre de la Chine pour des ressources aussi vitales que les terres rares, essentielles aux systèmes d’armement modernes, aux voitures électriques et à l’électronique de pointe.
Depuis des décennies, la Chine a su construire, grâce à une stratégie patiente et cohérente, un quasi-monopole mondial sur ces matériaux. Elle contrôle aujourd’hui environ 55 % de la capacité minière mondiale et 85 % de la capacité de raffinage. Pékin n’a pas hésité, en avril dernier, à imposer des restrictions sur les exportations de certains éléments critiques, provoquant une onde de choc dans les industries occidentales et soulignant la vulnérabilité américaine.
Avec ce nouvel investissement, le Pentagone ne se contente pas de soutenir MP Materials, propriétaire de la mine de Mountain Pass en Californie, seule mine de terres rares opérationnelle aux États-Unis. Il devient son premier actionnaire (15 %) et engage des fonds pour la construction d’une usine de production de 10 000 tonnes métriques de magnétites d’ici 2028. Ces magnétites sont des composants clés pour des équipements comme les chasseurs F-35, les drones Predator, les sous-marins nucléaires et même les batteries de voitures électriques.
L’enjeu n’est pas seulement technologique ou industriel : il est géopolitique. En sécurisant une filière d’approvisionnement nationale, les États-Unis cherchent à restaurer leur autonomie stratégique face à une Chine devenue plus assertive sur la scène internationale. C’est une course contre la montre dans laquelle Washington mise sur l’innovation et les investissements massifs pour réduire une dépendance perçue comme une menace directe pour la sécurité nationale.
Mais ce « retour de l’État » dans le capitalisme américain a aussi des implications politiques profondes. Rarement, depuis la crise financière de 2008, l’État fédéral n’avait pris une participation directe dans une entreprise privée. Cet acte souligne la gravité de la situation : la guerre économique ne se joue plus seulement sur les marchés, mais dans les décisions des ministères de la Défense et de l’Énergie.
L’Europe, quant à elle, reste spectatrice. Alors que les États-Unis et la Chine s’affrontent pour le contrôle des matières premières critiques, Bruxelles tergiverse encore sur la création d’une véritable politique industrielle capable de sécuriser ses propres approvisionnements. Pendant ce temps, Washington avance ses pions, transformant ses alliés en clients captifs pour des ressources dont l’accès sera bientôt un instrument de puissance.
Le XXIe siècle sera celui des « guerres silencieuses » pour les métaux stratégiques. Et derrière les discours sur l’écologie et la transition énergétique, ce sont les grandes puissances qui tracent les lignes d’un nouvel ordre économique mondial.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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