ANALYSE – Général Pierre de Villiers : « Le monde est redevenu celui des rapports de force »

ANALYSE – Général Pierre de Villiers : « Le monde est redevenu celui des rapports de force »

Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Dans un entretien accordé au Figaro le 5 janvier 2026, le général Pierre de Villiers, dont le dernier ouvrage s’intitule Pour le succès des armes de la France (Éditions Fayard, 2025), livre une lecture froide, presque clinique, des événements militaires récents. Venezuela, Syrie, Ukraine : derrière ces théâtres dispersés se dessine une même réalité. Le monde est entré dans une nouvelle ère, celle du retour des États-puissances, où la force prime sur le droit et où les faibles subissent.

Un monde que l’Europe regarde passer, désarmée.

Le coup de force américain au Venezuela

L’opération américaine du 3 janvier 2026, baptisée Absolute Resolve, restera dans les annales. En quelques heures, les États-Unis capturent Nicolás Maduro grâce à un dispositif massif : 150 avions, drones, forces spéciales, renseignement satellitaire. Une démonstration de puissance totale.

Pour Pierre de Villiers, le constat est sans appel : la France serait incapable de conduire une telle opération. L’armée de l’air française ne dispose que d’environ 200 avions de combat, dont à peine 150 réellement projetables à court terme, en raison de la maintenance et du manque de pièces. La comparaison est cruelle.

Mais l’essentiel n’est pas là. Ce raid s’inscrit dans une stratégie américaine cohérente, fidèle à la doctrine Monroe revisitée par le prisme America First. Washington sécurise son hémisphère, coupe court aux alliances sino-russo-iraniennes du Venezuela et protège ses intérêts énergétiques et géopolitiques.

Donald Trump, juge de Villiers, n’est pas imprévisible : il applique ce qu’il annonce. À l’inverse, les démocraties européennes restent prisonnières du court terme électoral, de l’hésitation permanente et de la posture morale.

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Syrie : La guerre n’a jamais quitté l’Europe

Les frappes franco-britanniques menées le même jour contre une position de Daesh près de Palmyre rappellent une autre réalité : la guerre islamiste ne s’est jamais éteinte. RAF Typhoon et avions français ont détruit un bunker d’armes à l’aide de bombes guidées Paveway IV, sans victimes civiles.

Pour l’ancien chef d’état-major, cette opération illustre la double conflictualité contemporaine : le retour des logiques impériales et la persistance du terrorisme djihadiste. Deux menaces que la France connaît depuis longtemps. Depuis au moins le 13 novembre 2015.

Et pourtant, après la chute du mur de Berlin, la nation a désarmé. Convaincue que l’Histoire était terminée.

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Ukraine : Le poids des peuples et du temps

Sur le conflit ukrainien, Pierre de Villiers se montre réaliste. Une victoire militaire est illusoire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Russie dispose d’un réservoir humain quatre fois supérieur, avec des combattants plus jeunes face à une armée ukrainienne dont l’âge moyen atteint 45 ans.

Vladimir Poutine peut se permettre des offensives coûteuses, absorbant jusqu’à 1 000 morts par jour. Le temps joue pour lui. Comme toujours dans les empires.

La seule issue passe par la négociation. Les discussions engagées à Paris dans le cadre de la Coalition des volontaires esquissent une architecture de sécurité incluant garanties territoriales et engagements stratégiques. Mais la paix ne se décrète pas : elle exige du temps, surtout quand la haine a été méthodiquement nourrie.

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Réarmer la France : Le tabou social

Le cœur de l’avertissement est là. Pour Pierre de Villiers, la France refuse de regarder la réalité en face. Le renoncement à la réforme des retraites, l’explosion des dépenses sociales — 7 à 8 points au-dessus de la moyenne de l’OCDE — et le refus de l’effort collectif minent la capacité de défense nationale.

Le service militaire annoncé, limité à 3 000 volontaires, relève selon lui du symbole creux. Il plaide pour un dispositif de grande ampleur : 800 000 jeunes par an, encadrés, structurés, intégrés, notamment ceux issus de l’immigration déracinée. Deux encadrants par recrue. Une école de la nation.

Doubler le budget de la défense pour atteindre 100 milliards d’euros d’ici 2035 suppose un choix clair : sortir de l’État-providence anesthésiant et remettre une partie du pays au travail.

Retrouver les forces morales

Enfin, au-delà des chars et des avions, de Villiers rejoint le constat de son successeur sur l’érosion des forces morales. Une armée ne tient pas sans une nation qui croit encore en elle-même.

Éducation, transmission, commémorations, amour de la France : voilà le socle oublié. Sans lui, aucun soldat ne tiendra longtemps.

Le monde des prédateurs est de retour. Reste à savoir si la France acceptera d’ouvrir les yeux — ou choisira de subir.

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