ANALYSE – Iran : Un camouflet stratégique pour la Chine ?

ANALYSE – Iran : Un camouflet stratégique pour la Chine ?

lediplomate.media — imprimé le 02/03/2026
Trump & Xi-JingPing en Iran
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Donald Trump prépare sa rencontre avec Xi Jinping à Pékin, du 31 mars au 2 avril 2026. Avant de poser le pied en Chine, il règle l’épineux dossier iranien. Objectif : arriver en position de force. Et ce que révèle cette crise est sans équivoque : Pékin a été humilié.

Pékin face à l’échec diplomatique

La Chine avait misé gros au Moyen-Orient. Elle avait orchestré en mars 2023 la réconciliation entre Iran et Arabie saoudite, affichant sa prétendue puissance de médiateur. Mais aujourd’hui, écrit Valérie Niquet,spécialiste de la Chine et de l’Asie, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche stratégique. Dans sa chronique publiée dans Valérie’s Substract le 1er mars 2026, « c’est une nouvelle humiliation diplomatique ». Pékin ne peut ni protéger Téhéran, ni contenir l’escalade américaine, encore moins prévenir un changement de régime si Washington décide d’aller jusqu’au bout.

Pour Roland Lombardi, spécialiste du Moyen-Orient et directeur de la rédaction du Diplomate média : « Au risque de décevoir les partisans du « Sud global », la Chine et la Russie ne bougeront pas le petit doigt pour l’Iran. Comme pour le Venezuela. Pékin comme Moscou savent que la phase 1 de l’opération militaire israélo-américaine a de fortes chances d’affaiblir durablement le régime, voire le décimer. Leur véritable inquiétude concerne la phase 2 (comme Trump d’ailleurs) : l’après, la recomposition du pouvoir et la protection de leurs intérêts. En attendant, pour paraphraser Audiard : quand une puissance au budget de défense de 1 000 milliards de dollars agit, celles de 250 et 180 milliards regardent… et s’adaptent. Ce qui n’empêche pas la Chine, pour autant et si ses approvisionnements en hydrocarbures sont préservés, de se réjouir sous cape que l’Amérique de Trump s’engage dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient où elle risque fort de s’embourber, s’épuiser, perdre son temps et son argent (et ses stocks d’armes !). C’est d’ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles Trump ne voulait pas intervenir initialement… Quant à la Russie, avec cette crise, la hausse des cours du pétrole ne peut que la satisfaire… ».

Pour la Chine, c’est un revers qui ébranle sa stratégie au Sud global. Jusqu’ici, elle se présentait comme l’alternative aux États-Unis pour les régimes autoritaires. L’illusion s’effrite : elle n’a aucun moyen de protéger ses partenaires face à la force américaine.

Le talon d’Achille énergétique

La dépendance chinoise au pétrole iranien est flagrante. Plus de 13 % des importations chinoises proviennent de Téhéran, souvent via des circuits contournant les sanctions américaines. Toute déstabilisation durable de l’Iran ou durcissement des sanctions complique directement l’équation énergétique de Pékin.

La puissance économique ne suffit pas. Quand le pétrole ne coule plus, la diplomatie de prestige s’écroule. Valérie Niquet résume : « La Chine apparaît incapable de garantir la sécurité de ses partenaires. »

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La vulnérabilité maritime révélée

Le drame pour Pékin ne se limite pas au Moyen-Orient. Il se joue aussi en mer. L’essentiel du pétrole iranien traverse le détroit d’Hormuz et l’océan Indien. Et là, l’ombre américaine est partout. La marine chinoise, si redoutée dans le Pacifique, n’a pas les moyens de protéger ces routes vitales.

Message clair pour Taïwan et pour toute crise future : les États-Unis conservent le contrôle des flux stratégiques. La Chine découvre ses limites. Brutalement.

Moscou, bénéficiaire fragile

La Russie peut tirer parti de cette situation. Pékin, privé d’une partie de ses approvisionnements moyen-orientaux, pourrait se tourner davantage vers Moscou pour son énergie. Mais le levier est limité : la Russie ne remplacera jamais totalement le Golfe.

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Trump, maître du chaos

Donald Trump, fidèle à sa méthode, ne révèle pas ses cartes. Il n’est pas certain qu’il ait négocié un compromis avec Xi Jinping, sur Taïwan ou sur le commerce. Mais sa stratégie combine toujours négociation et menace d’escalade. L’Iran en est la démonstration : la force américaine précède, et conditionne, le dialogue.

Le verdict : Succès rapide ou enlisement

Tout dépend désormais de l’issue de l’opération américaine. Succès rapide : Pékin est marginalisé, humilié, son prestige chancelle. Enlisement : l’Asie centrale pourrait s’embraser, Moscou gagnera du temps, et la Chine pourrait tenter de reconquérir la narrative.

Mais une chose est sûre : pour Pékin, l’illusion de puissance au Moyen-Orient vient de voler en éclats. Et pour Trump, l’Iran devient un pion stratégique dans la partie la plus risquée du jeu : la confrontation avec Xi Jinping.

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