ANALYSE – Iran : Trois fins possibles pour une guerre qui pourrait embraser le Moyen-Orient

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
La guerre qui s’ouvre contre l’Iran pourrait redessiner toute la carte du Moyen-Orient. Mais elle pourrait aussi produire un résultat bien plus ambigu : un régime affaibli, une révolution de palais… ou l’éclatement du pays.
Comme l’envisage le géopolitologue américain Andrew Korybko dans sa chronique intitulée “Three Scenarios For How The Iran War Might End, “ publiée le 1er mars 2026 :
La chute de Téhéran n’est pas écrite
La guerre vient à peine de commencer et déjà les symboles tombent.
Le Guide suprême, Ali Khamenei, aurait été tué, ainsi que plusieurs hauts responsables militaires. À première vue, le choc est immense. Mais dans la mécanique implacable du pouvoir iranien, les successions ont été prévues depuis longtemps.
Dans les guerres modernes, les victoires symboliques ne font pas toujours les victoires stratégiques.
L’objectif officiel de la campagne menée par États-Unis et Israël est clair : démilitariser l’Iran et provoquer la chute du régime. Mais la réalité d’un conflit régional est rarement linéaire.
Trois issues principales se dessinent aujourd’hui.
Aucune ne ressemble à une victoire nette de l’Iran.
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1. Le régime survit — mais exsangue
Premier scénario : la République islamique encaisse le choc.
Téhéran parvient à infliger des pertes sensibles à Israël, peut-être aussi aux monarchies du Golfe ou aux forces américaines déployées dans la région. Mais pas suffisamment pour franchir la ligne rouge qui pousserait Washington ou Tel-Aviv à raser le pays.
Dans ce cas, chacun proclamerait sa victoire.
Ce serait la paix des vainqueurs fatigués.
Un Iran profondément affaibli pourrait alors être contraint d’ouvrir des négociations avec Washington : sur son programme nucléaire, ses capacités militaires, voire l’exploitation de ses ressources énergétiques et minières.
Autre possibilité : l’isolement.
L’Iran survivrait, mais comme une forteresse assiégée.
2. Le scénario vénézuélien : La révolution de palais
Deuxième hypothèse : le régime change sans tomber.
Washington pourrait chercher à reproduire en Iran une stratégie déjà testée ailleurs : une transformation interne du pouvoir, plutôt qu’un effondrement brutal.
Une fraction pragmatique des élites, notamment au sein des Gardiens de la révolution, pourrait s’emparer du pouvoir pour sauver l’État — tout en normalisant les relations avec l’Occident.
Un coup d’État discret plutôt qu’une révolution.
Un tel tournant ferait basculer l’équilibre régional. Redevenu partenaire stratégique des États-Unis, l’Iran pourrait se repositionner dans les rivalités d’influence du Caucase et de l’Asie centrale.
Un séisme géopolitique.
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3. Le pire scénario : L’éclatement de l’Iran
La troisième hypothèse est la plus dangereuse.
Elle rappelle un mot qui hante les stratèges : balkanisation.
Dans les périphéries de l’Iran vivent de nombreuses minorités — Kurdes, Baloutches, Azéris, Arabes. Si des mouvements séparatistes, armés ou soutenus de l’extérieur, venaient à s’emparer de villes entières, l’État iranien pourrait commencer à se fissurer.
Certains voisins pourraient être tentés d’intervenir.
L’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, pourrait être entraîné dans la crise au nom de la protection des populations azéries. Le Pakistan pourrait invoquer la lutte contre les séparatistes baloutches.
Dans ce scénario, la guerre deviendrait régionale.
Et incontrôlable.
La stratégie iranienne : Gagner du temps
Une chose est certaine : Téhéran ne peut pas vaincre militairement la coalition américano-israélienne.
Mais il peut rendre la guerre coûteuse.
Les missiles balistiques iraniens pourraient frapper durement Israël. Les missiles antinavires pourraient menacer la flotte américaine dans le Golfe.
Toutefois, une attaque jugée intolérable — par exemple la destruction d’un grand bâtiment militaire américain — pourrait provoquer une riposte dévastatrice.
C’est tout le dilemme stratégique de l’Iran.
Infliger des dégâts, mais sans franchir la ligne rouge.
Autrement dit : transformer une campagne éclair en guerre d’usure.
Si Téhéran parvient à prolonger le conflit, à survivre politiquement et à maintenir une capacité de nuisance, le régime pourrait — paradoxalement — revendiquer une forme de victoire.
Dans les guerres asymétriques, survivre suffit parfois à gagner.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
