ANALYSE – Iran–États-Unis : Un accord peut-il changer le comportement du régime des mollahs ?

ANALYSE – Iran–États-Unis : Un accord peut-il changer le comportement du régime des mollahs ?

lediplomate.media — imprimé le 03/05/2026
Iran–États-Unis
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Mehiedine El Chehimi

Alors que Washington et Téhéran poursuivent négociations, contacts et signaux contradictoires, une question centrale demeure : un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran peut-il réellement modifier la nature, le fonctionnement et la doctrine du régime des mollahs, ou ne serait-il qu’un répit tactique pour un système en voie de durcissement ?

Un accord sous haute méfiance à Washington

S’il existe un accord entre l’administration américaine et le régime iranien, cela entraînera-t-il un changement dans la forme et la manière de ce système ?

Les mollahs du régime iranien s’efforcent de faire entrer leur projet révolutionnaire dans une nouvelle phase afin de protéger le système, connue sous le nom de Troisième République. Il s’agit de la troisième étape du récit de la tutelle du juriste islamique (welayat el-faqih). L’Iran ne renoncera pas à ses menaces et restera inflexible, considérant tout compromis pragmatique comme une trahison du régime.

Il persistera dans son intransigeance même en cas d’accord signé avec l’administration Trump. Les milieux américains, se basant sur divers indicateurs et étant en phase avec les transformations radicales qui s’opèrent en Iran, cherchent à maximiser les avantages de l’accord envisagé. Cette situation se déroule dans un contexte de luttes de pouvoir non déclarées entre factions iraniennes, luttes qui découlent en grande partie des désaccords et des divergences au sein du régime en place, qui est dépourvu de véritable chef d’État et incapable de s’unir autour d’une décision finale cohérente.

Ce dilemme est examiné avec attention par l’administration américaine, malgré les négociations en cours, les réunions et les informations faisant état d’un possible accord avec le régime. Tout porte à croire que l’administration américaine craint que l’accord ne parvienne pas à infléchir le comportement du régime iranien, notamment compte tenu de sa militarisation croissante et de la rigidité de ses positions idéologiques. Cet accord changera-t-il la donne ? Inaugurera-t-il une nouvelle ère ? Ou, à l’instar de l’accord conclu sous Obama, constituera-t-il une bouée de sauvetage pour le régime ?

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Les dimensions du régime iranien et la logique de guerre perpétuelle

La première dimension du système théocratique s’est manifestée avec l’instauration du pouvoir direct sous la Première République, suite au succès de la révolution de l’ayatollah Khomeiny. Ce pouvoir s’est cristallisé sous l’égide du fondateur de l’État après le triomphe révolutionnaire. Il s’agissait d’une approche purement pragmatique de la consolidation du pouvoir au sein du nouveau régime. La génération révolutionnaire vivait dans un climat de conflits, de dangers et de troubles. Son quotidien était marqué par un chaos institutionnel délibéré, la répression et les purges, ponctués d’intenses luttes de pouvoir. Finalement, cela a conduit à l’imposition d’un pouvoir religieux local et à la mise en œuvre d’une politique de déstabilisation dans les pays voisins, ouvrant la voie à la diffusion d’idéologies révolutionnaires et expansionnistes parmi les populations de la région.

Sous l’ayatollah Khamenei, la situation a évolué. La Seconde République a adopté une idéologie plus fermée, consolidant la domination du Guide suprême et de ses instruments. Le contrôle centralisé de l’État par les institutions théocratiques révolutionnaires s’est instauré. L’influence des institutions militaires s’est accrue, notamment après la guerre Iran-Irak. En conséquence, l’axe extérieur de la révolution a été construit selon la théorie des fronts unifiés.

Le régime privilégie la guerre perpétuelle.

Le régime des mollahs maîtrise mieux les équilibres stratégiques en temps de guerre qu’en temps de paix, du fait de ses ambitions de domination. Sa politique de dissimulation a fait de l’Iran un État passif et défaillant, dépourvu de crédibilité en toutes circonstances. Incapable de remporter la victoire, voire même d’obtenir des gains, il est impuissant à défendre son territoire et ses dirigeants. En revanche, il est capable d’infliger un lourd tribut de haine, de chaos, d’instabilité et d’agression aux États arabes voisins et à l’ordre économique mondial.

Le ciblage américain des mollahs a débuté par l’assassinat de Qassem Soleimani en 2020. S’en sont suivis la destruction de réacteurs nucléaires et des opérations de guerre directe. L’offensive a atteint son apogée avec l’assassinat du Guide suprême Khamenei et de nombreux autres commandants. Par conséquent, la défaite iranienne ne se limite pas à la seule sphère militaire. Elle s’étend plus profondément à la perte des structures stratégiques qu’elle a mises en place depuis le succès de sa révolution khomeinyste. Ces structures comprennent un vaste réseau d’influence, intégrant un système unique d’arsenaux défensifs. Leur essence même repose sur la guerre menée en territoire étranger. Cette guerre a démantelé le réseau des institutions révolutionnaires, entraînant la perte de son leadership, l’érosion de ses capacités et la divulgation de ses secrets. Ses milices et ses supplétifs au Moyen-Orient ont été décimés, et toutes ses lignes rouges ont été franchies. Ses ambitions nucléaires ont été réduites à néant. Par conséquent, elle a été contrainte à un repli négocié, présenté comme une victoire pour le régime, alors que la réalité est tout autre, marquée par des facteurs d’érosion et d’effondrement.

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Les signes d’un durcissement du pouvoir et les limites d’un futur accord

De nombreux signes indiquent une dérive vers le durcissement et l’extrémisme au sein de la structure dirigeante iranienne. Ce phénomène est particulièrement visible dans le cadre des négociations avec l’administration américaine, qu’un accord soit conclu ou non. Il est également manifeste dans la mainmise du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), organisation terroriste, sur les postes clés de décision et son emprise totale sur les pouvoirs politiques, diplomatiques et sécuritaires. Cette situation est renforcée par la marginalisation des institutions bureaucratiques démocratiques, notamment du pouvoir exécutif civil. Le président et le gouvernement sont écartés des processus cruciaux de gouvernance et de souveraineté. Les institutions révolutionnaires ont instauré un régime absolutiste, s’emparant de tous les processus de décision et d’approbation.

L’équilibre et la flexibilité entre les institutions théocratiques révolutionnaires et l’establishment clérical ont disparu. Cet équilibre, imposé par le Guide suprême Khamenei pour donner une apparence de vitalité au sein du système politique répressif, visait à gagner du temps par la dissimulation vis-à-vis du monde extérieur, à apaiser la colère des dissidents et à étouffer les protestations internes, dans l’intérêt du régime. La nomination de Mojtaba comme figure de proue à la tête du régime, une décision délibérée des dirigeants extrémistes pour faire avancer leur stratégie radicale, en est une illustration flagrante.

L’Iran perd en temps de paix, plus encore en temps de guerre. Les guerres sont d’emblée présentées comme existentielles afin d’éviter de tomber dans le piège des pressions et des protestations internes. Celles-ci sont réprimées par la force pour consolider la légitimité idéologique incarnée par la Tutelle du Juriste islamique (welayat el-faqih). L’État est protégé dans l’attente du retour de l’Imam. Cette formule évoluera-t-elle à l’ère des conflits iraniens sur une troisième dimension ? Celle du système post-révolutionnaire, entre les institutions religieuses révolutionnaires et la bureaucratie républicaine.

L’Iran redoute profondément cette guerre, mais plus encore la phase de règlement qui suivra, que ce soit par un accord ou non. L’absence d’accord justifierait une reprise des combats acharnés, tandis qu’un accord marquerait le début d’une nouvelle phase, d’abord intérieure avant d’être extérieure. Ce pourrait être la fin. Même si l’Iran proclame une victoire temporaire fondée sur le récit de la survie de son régime actuel et de sa rigidité, la fin de ce régime a-t-elle commencé avec son comportement extrémiste envers la communauté arabe et internationale ? La question demeure pertinente.

Cet accord modifiera-t-il la forme de l’État, le système et son fonctionnement en Iran ? Les craintes américaines sont-elles justifiées, à savoir que l’accord attendu de Trump ne soit qu’une manœuvre iranienne pour gagner du temps et permettre au régime de souffler ? Cet accord modifiera-t-il le comportement du régime ?

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