TRIBUNE – L’échec du pluralisme des ayatollahs en Iran et la situation existentielle du parti armé illégitime au Liban

TRIBUNE – L’échec du pluralisme des ayatollahs en Iran et la situation existentielle du parti armé illégitime au Liban

lediplomate.media — imprimé le 09/03/2026
Les Mollahs en iran
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Mehiedine El Chehimi

La multiplicité des ayatollahs en Iran n’est plus un atout, pas plus que la nomination d’un troisième guide suprême pour son régime de mollahs. Ce qui lui serait bénéfique, c’est une évolution de sa doctrine procédurale et institutionnelle, ainsi qu’une transformation de l’État lui‑même. Il s’agit d’une tentative désespérée de sauver ce qui reste de sa structure. L’Iran est inévitablement à l’aube d’une nouvelle ère de gouvernance et d’administration, que ce soit en raison d’un effondrement potentiel du régime ou de sa restructuration inévitable. Il est indéniable que l’Iran est à l’aube d’une nouvelle ère de gouvernance et d’administration, que ce soit en raison d’un effondrement potentiel du régime ou de son inévitable restructuration. La situation à Téhéran reflète celle de sa branche libanaise. Ceci souligne l’impératif pour le parti de se transformer en une force politique agissant par le droit, la force et la détermination, sans le luxe habituel du compromis et du dialogue.

La légitimité et la nécessité de mettre fin au statut putschiste et anormal du parti sont essentielles à la préservation de la légitimité de l’État. Cela passe par l’élimination de sa rébellion contre l’État. Les actions insensées et obstinées du parti ont mis l’État légitime du Liban face à une véritable épreuve de sa légitimité, notamment en raison de son monopole sur la prise de décision politique et militaire. La décision du gouvernement d’interdire les activités militaires et sécuritaires du parti constituait un premier pas judicieux, à condition que sa pleine mise en œuvre, à l’instar des décisions d’août et de septembre derniers, s’accompagne d’une action concrète et ferme de la part des autorités libanaises. Le Hezbollah s’est transformé en une organisation criminelle parasitaire, n’étant plus qu’une bande de hors‑la‑loi. Le seul moyen d’épargner l’État et ses institutions officielles de la guerre est de mettre un terme à ces agissements anticonstitutionnels et assimilables à un coup d’État, d’arrêter et de poursuivre en justice les membres rebelles du Hezbollah, de les empêcher de se livrer à des activités terroristes ou militaires et de les contraindre à obtenir un enregistrement officiel auprès du ministère de l’Intérieur afin de légitimer leurs activités politiques. L’Iran sera‑t‑il libéré ? Et l’avenir ne sera‑t‑il marqué que par la politisation du Hezbollah ?

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Durcissement iranien

L’Amérique a modifié son idéologie nationaliste, sa doctrine de sécurité et sa stratégie militaire. La Chine a fait de même, opérant une transformation remarquable de ses indicateurs internationaux et de sa communication afin de servir ses propres intérêts. La Russie est également sortie de son isolement, marqué par les erreurs de l’ère soviétique, tandis que Poutine tente de se maintenir au pouvoir et de forger un nouvel ordre russe. Dans ce contexte, l’Europe cherche à se réaffirmer, assumant les risques d’un retour à une stratégie purement européenne. Pendant ce temps, l’Iran demeure isolé depuis 1979, prisonnier de la révolution de Khomeiny. Sa pensée politique s’est sclérosée depuis lors, s’accrochant à une idéologie silencieuse et déclinante. Elle a figé les effets des révolutions, incapable de prendre en compte l’évolution de la société. Elle vit dans une période d’autorité incomplète et procédurale, avec un gouvernement de transition attendant le retour de l’Imam et la transmission du pouvoir.

La rigidité de la vision iranienne, notamment sur la question nucléaire, est liée à la nature hybride et évolutive de son système. L’Iran est essentiellement devenu un État sécuritaire au service d’une minorité théocratique élitiste.

Ses réseaux sont inextricablement liés à des tendances révolutionnaires et à une répression de type milicien. Ces caractéristiques sont inhérentes à la survie de ce régime et ne prendront fin qu’avec sa chute. Téhéran refuse obstinément de reconnaître les failles de son idéologie politique ainsi que les insuffisances de son pouvoir et de sa légitimité. Il s’appuie sur le même principe que Ben Gourion en Israël : les frontières d’un État sont celles où son armée s’étend. Ainsi, les frontières de l’Iran sont devenues le reflet de son influence. De même, Israël, seul membre des Nations unies sans frontières définies, est, à l’instar de l’Iran, insatisfait de ses frontières géographiques juridiquement reconnues. Sa constitution révolutionnaire, au fond, abrite un empire expansionniste aux frontières irréalistes, sous le contrôle permanent du Guide suprême. Israël a occupé des territoires arabes et violé les accords internationaux, tandis que l’Iran a occupé des peuples arabes et bafoué leurs constitutions et leurs sociétés. Il a instrumentalisé les supplétifs et les soldats du Guide suprême en séduisant les chiites des pays arabes, leur offrant l’allégeance à un modèle de gouvernance révolutionnaire au détriment de la citoyenneté de leurs nations respectives. Leur conception du nationalisme s’est effondrée, ce qui constitue le cœur de leurs échecs persistants. L’Iran est aujourd’hui confronté à un dilemme existentiel fondamental : la priorité et les moyens de mener à bien le projet de la Tutelle du juriste islamique (Velayat‑e Faqih), même en cas de changement de régime. Le choix du Guide suprême n’est pas primordial ; il y a toujours un dirigeant. Un dirigeant meurt, un autre lui succède. Mais ce sont l’État et le régime qui importent véritablement. L’Iran craignait la chute de son Guide suprême, mais il craint plus encore l’effondrement de l’État avec lui. Le régime des mollahs peut‑il moderniser et remplacer le système actuel afin de garantir la Tutelle du juriste islamique en Iran ?

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L’idéologie de la stupidité stratégique

Au Liban, le Hezbollah illustre à merveille la folie stratégique et l’audace d’imposer ses conditions à l’État libanais. Il a dépassé le simple déni pour entrer dans une phase de rébellion ouverte contre la légitimité. Il ne comprend plus que le langage d’un autre temps. Il trahit l’État, l’attaque et participe simultanément au gouvernement. Il est, en essence, un fléau, car il s’agit d’un parti non autorisé, dépourvu de tout cadre légal et même de statut officiel. Cette situation exceptionnelle reflète une réalité anormale, où le parti pratique une politique de duplicité mêlant dissimulation et passivité. Il participe à la vie politique et à la gouvernance, s’étant légalement transformé, par décision gouvernementale, en un groupe armé interdit qui contrôle certains parlementaires et ministres au pouvoir. Par leur intermédiaire, il profite des fruits de la corruption au sein de l’administration et des institutions.

Pourtant, il n’est pas enregistré dans les registres libanais, n’est pas soumis au droit des associations, ne soumet aucun rapport et n’est pas tenu responsable devant la justice. Il s’exempte des lois libanaises et se place au‑dessus de l’État. Ceci confirme son refus de reconnaître la souveraineté libanaise, qu’il considère comme un domaine partagé par la Tutelle du juriste islamique. Le Hezbollah est devenu un bloc antithétique à l’idée même d’État. Il ne peut plus persister dans cette voie. L’État libanais se doit de s’en séparer, de l’isoler, de le démanteler militairement et financièrement et d’appliquer concrètement la décision d’interdiction. Il doit également se conformer aux lois libanaises relatives à l’intégration politique sur un pied d’égalité au sein de l’État et les mettre en œuvre.

Le Hezbollah est dirigé par des factions aveuglées par des rêves et des illusions de supériorité, ainsi que par des individus irrationnels assoiffés de chaos suicidaire. Ils mettent en œuvre le programme antipatriotique du Guide suprême et en sont le reflet. Ils ne peuvent survivre sans révolution ni expansion, ni perdurer sans un militarisme meurtrier et un vague sentiment de victimisation. Ils ne reconnaissent ni l’égalité ni même la citoyenneté. Ils parlent un langage archaïque et façonnent les conditions qui conviennent à l’Iran et au pouvoir du Guide suprême.

Téhéran se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Sa légitimité a été acquise par la révolution. L’Iran peut‑il se transformer en une entité pragmatique, normale et non révolutionnaire ? De même, le Hezbollah résiste à l’État libanais par sa rébellion tout en se confrontant à ses propres contradictions et à sa base électorale. Sa seule issue est de se transformer en force politique ; autrement, sa disparition est imminente en raison de sa violation de la Constitution du pays. Le parti est‑il prêt pour une transformation politique ?

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