ANALYSE – Liban, Hezbollah et Iran : Le conflit entre souveraineté nationale et Welayat al-Faqih

Par Mehiedine El Chehimi
Le Liban se trouve aujourd’hui au cœur d’un affrontement géopolitique et idéologique qui dépasse largement ses frontières. Entre souveraineté nationale, influence iranienne et rôle du Hezbollah, une question fondamentale demeure : le Liban reste-t-il pleinement maître de sa géographie politique et de son destin national ? À travers une analyse du concept de Welayat al-Faqih et de son application au Liban, Mehiedine El Chehimi explore les tensions entre nationalisme libanais et projet transnational inspiré par la révolution khomeiniste.
Le Liban entre deux géographies : souveraineté nationale et influence iranienne
Le Liban et le conflit entre deux géographies : la théocratie des mollahs iraniens et le nationalisme libanais.
Le Liban est pris en étau entre deux géographies : la géographie nationale libanaise constitutionnelle, et la révolution iranienne d’inspiration khomeiniste. Donc Il existe un conflit fondamental et un malentendu profond concernant la vision de la géographie libanaise par le régime iranien. Ce conflit découle de son recours au concept d’un « Liban non-géographique » en échange du maintien de son contrôle militaire. Ce dilemme ouvre la voie à une réflexion sur le rapport entre la révolution khomeiniste et le territoire ainsi que sur sa conception de l’État libanais.
Le Hezbollah s’accroche à ses armes et aux négociations indirectes menées au Liban avec Israël, tout en liant sa position aux négociations directes qui se déroulent à Islamabad entre le Guide suprême et les États-Unis. Agissant comme mandataire de l’Iran et de sa branche libanaise, au sein des Gardiens de la révolution iranienne, le Hezbollah entrave toute avancée vers l’indépendance du Liban. Il maintient le Liban comme une sphère d’influence au sein de l’État des mollahs, assimilant la frontière libanaise avec la Palestine occupée à la frontière irano-israélienne. Il excelle dans la propagation d’idées illusoires et de prétextes fallacieux.
Aujourd’hui, il prépare le terrain pour une théorie de la non-géographie du Liban et de l’absence de tout territoire fixe, le tout pour défendre l’Iran. Il s’efforce de trouver des justifications serviles pour conserver ses armes. Le Hezbollah brandissait autrefois le slogan « des armes pour le plaisir des armes », et aujourd’hui, il consacre le principe de l’abandon du territoire libanais pour protéger ses arsenaux. Ils préfèrent un territoire sans frontières et sans lois, pour entretenir leurs armes et protéger le régime de Téhéran.
La géographie du Hezbollah et la tutelle du Welayat al-Faqih
La géographie du Hezbollah et la tutelle du welayat El faqih.
Le Hezbollah s’adresse à l’État et à l’opinion publique, au Liban comme dans le monde entier, avec un récit bizarre et un discours uniforme et illogique. Il évolue dans un univers parallèle. Son calendrier est dicté par celui du Guide suprême, et son territoire est défini par la géographie khomeiniste. La situation semble inextricable. Son lexique ignore tout principe constitutionnel national du Liban, et il ne tient aucun compte du Pacte national libanais. Il a perdu toute force de persuasion. Il ne peut plus rallier ses partisans à sa cause par une rhétorique creuse. Il est devenu incapable de comprendre les réalités du terrain. Il est allé jusqu’à trahir le territoire libanais.
Le Hezbollah s’est engagé sur la voie d’un nihilisme libanais et d’un mépris de la géographie, offrant ainsi la seule explication à la dévalorisation du territoire libanais. Il n’est plus nécessaire d’y rester, car le territoire sous tutelle iranienne est immense. La société libanaise et ses ressources humaines ne représentent aucune valeur à ses yeux. Ils les considèrent comme de simples pions dans la bataille et des sacrifices pour le Guide suprême iranien. Leur nouveau slogan, « le mépris de la géographie au profit des armes », fait suite à leurs précédentes déclarations clivantes entre le nord et le sud du fleuve Litani et à leur garantie de la sécurité des localités. Pour eux, l’État et son gouvernement sont un moyen d’atteindre les objectifs liés au Welayat al-Faqih.
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Le Welayat al-Faqih et la vision géopolitique iranienne du Moyen-Orient
La Tutelle du Welayat El-faqih iranienne n’est plus un mouvement de protestation révolutionnaire. Elle est devenue une structure de gouvernement théocratique, un modèle d’occupation des peuples et des territoires hors de la sphère d’influence iranienne, et un instrument de déstabilisation des États arabes voisins.
La Tutelle du Juriste islamique entretient une relation hybride avec la géographie. Cela se reflète directement dans la façon dont le Hezbollah la caractérise et la perçoit au Liban. Elle mêle des objectifs idéologiques à des mesures politiques et législatives concrètes pour servir ses intérêts.
La Welayat El-Faqih, inspirée par Khomeiny, œuvre à l’instauration du pouvoir de l’Imam par le biais d’organisations pratiques alignées sur le régime clérical. Le territoire est considéré comme un champ d’action illimité. Son autorité est globale et ne se limite à aucune zone spécifique.
Elle s’étend de l’Imamat à la compétence de gérer le trust pour l’établissement de l’État. Au Liban, le Hezbollah identifie les intérêts géographiques opportuns en fonction des intérêts politiques iraniens. Ses priorités découlent de l’obéissance et du service au Guide suprême, conformément à son mandat concernant la gestion des terres garantissant les intérêts de la révolution khomeiniste, notamment la défense du régime et l’exploitation de tous les territoires et frontières. Le Liban est considéré comme une ressource pour la révolution en matière de sécurité nationale. Son territoire fait partie de la sphère d’influence iranienne.
Zones noires, zones blanches et zones vertes : la cartographie stratégique iranienne
La révolution khomeinique divise la région du Moyen-Orient en trois zones :
- Zones noires : Ce sont des régions hostiles, situées hors du cadre de la Tutelle du Welayat al-Faqih et éloignées de son idéologie.
- Zones blanches : Ce sont des régions alliées dans lesquelles l’Iran diffuse sa révolution et son idéologie à travers des groupes qui lui prêtent allégeance.
- Zones vertes : C’est la zone la plus importante et la plus sacrée. La Tutelle du régime khomeiniste considère ces territoires comme le cœur de sa sphère d’influence.
Le Hezbollah face à l’État libanais et à la Constitution
La différence entre le Liban tel que le conçoit le mini-État du Hezbollah et le Liban en tant qu’État et système politique.
La théorie de la Tutelle du Welayat al-Faqih s’est inscrite dans le cadre juridique de l’État avec l’avènement révolutionnaire des mollahs et la déclaration constitutionnelle de Khomeiny. Elle est consacrée par seize articles de la constitution révolutionnaire.
Dans la vision des mollahs, le territoire et ses frontières constituent le champ d’application des décisions de cette tutelle. Cette vision se caractérise par une géographie idéologique rigide.
Le Hezbollah cherche à asseoir son contrôle pour réaliser son projet politique théocratique. À cette fin, il recourt à des mesures asymétriques en établissant des républiques indépendantes, loyales à la Tutelle du régime, à la manière de cantons.
Souveraineté libanaise, territoire et avenir du Liban
Par conséquent, le Hezbollah n’a pas eu tort de renier le territoire libanais et d’abandonner sa géographie. C’est la vérité. Sa terre est différente, son monde est différent et sa vision est en contradiction avec toute réalité qui défend l’idéal libanais.
Il refuse de rendre ses armes à l’État. Il participe au gouvernement par le biais de ministres, mais ses décisions et son destin sont dictés par l’Assemblée consultative iranienne.
Les dernières directives de Téhéran ouvrent la voie à la légitimation des notions de « non-territoire », de « non-géographie libanaise » et de zones tampons au service de l’Iran.
Le Hezbollah et son secrétaire général perçoivent le Liban comme une région fédérale iranienne, selon une vision géographique qui diffère de la Constitution libanaise et de ses lois.
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Ils bafouent les tabous sociaux et légitiment le chaos et l’anarchie pour maintenir leur arsenal. Leur seule préoccupation est les armes. Il s’agit d’un groupe armé doté d’une faction politique. Ils exploitent le territoire, la population et le gouvernement pour protéger leurs armes.
Ils s’emploient à consolider la dernière innovation du Hezbollah : un modèle « sans géographie », sans population, en échange d’armes.
C’est le comble de l’hérésie et de l’humiliation.
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