ENTRETIEN – « Un peuple en trop », le dernier livre de Nicolas Vidal

Avec Un peuple en trop, Nicolas Vidal poursuit sa réflexion sur les fractures qui traversent la France contemporaine. Dans ce nouvel essai au ton volontairement pamphlétaire — écrit, selon sa propre expression, « à la hache » — il revient sur la convergence de multiples crises qui, selon lui, fragilisent chaque jour davantage le pays. Au fil des pages, l’auteur décrit une France qui s’appauvrit et où la défiance envers les élites ne cesse de grandir. Il défend également l’idée que le mécontentement populaire est en train de se transformer. Fondateur de Putsch Media, animateur de Putsch Live, matinalier sur Tocsin et présentateur d’ Alerte générale sur TV Libertés, il revient avec nous sur les principales thèses développées dans cet ouvrage.
Propos recueillis par Philippe Pulice
Le Diplomate : Un peuple en trop s’inscrit dans le prolongement de votre précédent ouvrage, La tempête qui vient. On y retrouve le même fil conducteur : celui d’un peuple qui souffre, d’une colère grandissante et d’un fossé qui se creuse entre les citoyens et leurs dirigeants. Mais qu’est-ce qui a fondamentalement changé entre ces deux ouvrages ?
Nicolas Vidal : Ce qui a changé, c’est assurément la fulgurance de l’effondrement provoqué par la guerre au Moyen-Orient, qui a accéléré la chute économique de la France. Parallèlement, la macronie a également accéléré son projet mortifère, alors que l’élection présidentielle se rapproche et que les injonctions de Bruxelles se multiplient. Cette prise en étau du peuple français produit inévitablement un déclassement économique plus rapide, plus brutal et presque sans issue.
Et dans ce contexte, une partie de la population prend à son tour conscience que l’État ne protège en aucun cas ses intérêts, notamment avec le refus de baisser les taxes sur les carburants pour donner de l’air aux Français. Ne pas comprendre aujourd’hui que le gouvernement ne peut pas baisser ces taxes parce qu’Emmanuel Macron a délibérément vidé les caisses et fait les poches des Français devient un vrai problème.
C’est pour cela que notre démocratie est en soins palliatifs. Les objectifs et les visées de la caste politique divergent considérablement des intérêts des Français. Chaque crise génère une sédimentation de colères qui nous rapproche chaque jour un peu plus d’un chaos inévitable, qui n’est pas souhaitable, mais dont l’oligarchie ne prend pas conscience.
À plusieurs reprises, vous évoquez un violent déclassement économique dont les Français ressentent les effets au quotidien. Vous ajoutez que beaucoup ne font pas le lien entre leurs difficultés et les décisions politiques. Pourquoi ce lien reste-t-il si difficile à établir ?
Malgré cela, une proportion non négligeable de Français refuse de voir la filiation entre leur appauvrissement et les décisions politiques. Il est plus confortable de se laisser porter par le courant, quitte à subir violemment les conséquences économiques. Et la seule issue de secours consiste à réduire petit à petit son reste à vivre, sans anticiper que, rapidement, la situation deviendra absolument insurmontable.
Nous sommes parfaitement dans le cas de la grenouille que l’on plonge dans une casserole d’eau sous laquelle on augmente progressivement l’intensité du feu jusqu’à l’ébouillanter. D’autre part, ces Français dont nous parlons ont été autant les victimes que les complices de cet abrutissement généralisé, car ils ont accepté de se dissoudre dans la consommation et l’hédonisme, avec cette volonté totalement suicidaire de faire confiance à notre classe politique. Ils ont laissé les clés du camion à des gens qui ont décidé, à moyen terme, de le précipiter dans le vide.
Et aujourd’hui, leur état végétatif de consommateur est si avancé qu’il est très difficile de se ressaisir et de se mobiliser massivement pour dire stop. Malheureusement, le réveil se produira lorsqu’il sera trop tard pour beaucoup d’entre eux, alors qu’aujourd’hui leur seule armure face au chaos et à la lente agonie de leur pays se situe quelque part entre leur égoïsme et leur positivisme stupide de néo-consommateurs puérils.
En réalité, ces gens font peur et ils sont aussi inconséquents que ceux qui nous gouvernent.
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Vous présentez le marché européen de l’énergie comme l’un des plus grands scandales de notre époque. Alors même que la France dispose d’un parc nucléaire performant, les Français continuent de payer une électricité parmi les plus chères d’Europe. Comment expliquez-vous que ce sujet suscite finalement si peu d’indignation dans la classe politique ?
Votre question est centrale puisqu’elle pose précisément le problème de la trahison silencieuse de notre classe politique. Toute opposition qui se respecte devrait être pour la sortie immédiate de l’Union européenne et donc de ses diktats de toutes sortes, notamment les plus néfastes : l’espace Schengen, le traité constitutionnel, l’euro ou encore le marché européen de l’énergie.
Mais il n’est pas besoin d’être un politologue averti pour constater avec désespoir que, de LFI au RN, personne ne veut sortir de l’Union européenne. C’est en ce point précis que la trahison est immense, car chaque parti d’opposition gesticule et vocifère tout en sachant pertinemment que tous les programmes, mesures et réformes annoncés seront absolument irréalisables dans le cadre européen.
Alors les députés de ces partis brassent du vent en votant des résolutions contre le Mercosur ou s’écharpent sur les ZFE. La première démarche est inutile, car la France n’a pas son mot à dire, et la seconde est vouée à l’échec car le Conseil constitutionnel est inféodé au bon vouloir de Bruxelles.
La réalité, c’est que notre régime parlementaire est devenu autant un théâtre qu’un cirque, où les mauvais comédiens et les clowns ridicules qui s’y compromettent sont grassement payés avec de l’argent public, mais où, en aucun cas, ils ne défendent les Français. Car leur carrière politique prime sur l’avenir du pays.
Comment accéder aux postes et les conserver le plus longtemps possible ? Voilà le seul objectif indépassable.
Dans votre livre, vous établissez un lien direct entre les difficultés que rencontrent de nombreux Français et certaines décisions prises au niveau européen. Au contact des personnes que vous rencontrez partout en France, avez-vous le sentiment que ce lien est aujourd’hui clairement perçu ? Et lorsqu’elles évoquent l’Union européenne, souhaitent-elles plutôt la réformer ou en sortir ?
Effectivement, les nombreuses conférences et dédicaces que je donne partout en France sont très éclairantes sur le fait que beaucoup de gens, aujourd’hui, font le lien entre l’effondrement de la France et une politique désastreuse menée à tambour battant pour coller aux diktats européens.
Mais déjà pendant les Gilets jaunes, beaucoup d’entre eux remettaient en cause notre appartenance à l’UE. Aujourd’hui, les crises agricoles, le scandale du Mercosur, les décennies de désindustrialisation, un chômage endémique ou encore les milliards d’euros donnés à fonds perdus à l’Ukraine continuent chaque jour d’éveiller les Français.
Et c’est d’ailleurs peut-être pour cela que, depuis le viol démocratique de 2008 visant à incarcérer la France dans le traité de Lisbonne, la classe politique n’a jamais daigné proposer un référendum aux Français. Et nous l’avons évoqué plus haut, aucun parti d’opposition n’a remis ni ne remettra jamais le sujet sur la table. Car la question de la sortie de l’Union européenne est beaucoup trop explosive.
Mais si nous n’en sortons pas par la volonté populaire du référendum, nous en sortirons pratiquement morts dans quelques années, à la faveur d’un Big Bang qui, dans tous les cas, se produira.
Entre la disqualification de la critique, le contournement du débat démocratique et le renforcement des mécanismes de contrôle de l’information, vous décrivez un espace de contestation qui se réduit drastiquement. Nos dirigeants font-ils, selon vous, le pari de la résignation des Français ou assiste-t-on à l’installation d’un système coercitif ?
Et nous vivons un énième recommencement avec les mêmes têtes d’affiche périmées qui se positionnent sur la grille de départ. Lorsque vous observez un Gabriel Attal ou un Édouard Philippe prétendre occuper l’Élysée, vous vous pincez pour ne pas y croire. Ces deux individus, qui ont participé à la macronie la plus brutale et la plus opaque, qui ont été ministres, Premiers ministres, reviennent aujourd’hui avec un discours formaté pour nous expliquer qu’ils ont une vision pour la France qui changera tout de ce que nous avons connu. Ces gens sont nés avant la honte.
Et ce mépris pour l’intelligence du peuple montre clairement une chose : ces deux barons noirs de la politique convoitent une place pour laquelle ils sont haïs. Et les tourments d’un peuple en plein naufrage devraient au contraire les inciter à disparaître de la vie politique.
Concernant le système coercitif, il est évident qu’Emmanuel Macron fait tout ce qu’il peut pour bunkériser au plus vite la liberté d’expression et la liberté d’informer, et ainsi servir les intérêts bruxellois et ceux des mondialistes qui ne rêvent que d’une chose : se débarrasser de la démocratie sans tarder.
Au-delà de cet espace de contestation réduit, vous décrivez des institutions dont les dirigeants ne sont pas directement élus par les peuples et des oppositions que vous jugez largement intégrées au système. En définitive, votre livre ne raconte-t-il pas l’histoire d’un pouvoir qui n’a plus réellement besoin du peuple pour gouverner ? Est-ce cela, un peuple en trop ?
La caste politique a encore besoin de cette partie minoritaire du peuple pour conserver sa place dans ce bazar démocratique, et je pense notamment aux députés. Quant à Emmanuel Macron, qui, à l’heure où je réponds à cet entretien, n’a toujours pas daigné annoncer les dates de l’élection présidentielle de 2027, il a clairement fait sécession avec le peuple depuis le début de son premier mandat.
Et les Gilets jaunes ont été le signal on ne peut plus clair de cette désagrégation démocratique. Pour l’instant, cette situation ne terrifie pas les autruches et les tubes digestifs, qui sont malheureusement encore très nombreux.
Les autres, les citoyens, ceux qui ont l’outrecuidance de se poser des questions, constituent le peuple en trop : ce peuple qui a décidé de se réinvestir dans le destin de ce pays en s’informant autrement, en se mobilisant et en utilisant d’autres canaux d’information.
Les citoyens constituent clairement ce peuple en trop que la classe politique déteste et dont elle se méfie, car avec lui, elle ne peut plus cacher son impéritie et son incompétence.
Malgré la gravité du constat que vous dressez, vous écrivez voir émerger « un peuple qui s’éveille ». Cet éveil est-il, selon vous, de nature à nourrir une forme d’optimisme pour l’avenir ?
Malgré tout cela, j’ai une foi inébranlable dans ce pays et dans cette partie du peuple qui a décidé de se dresser pour stopper cette machinerie absolument infernale dont nous sommes les victimes expiatoires, jetées à la vindicte politique et médiatique.
Comme je l’avais expliqué dans notre dernier entretien, il est toujours très difficile de dessiner précisément la cartographie de la colère. Mais je peux vous assurer que des zones entières et des secteurs toujours plus nombreux de ce pays sont en train de colorer la France en rouge écarlate.
Car on ne gouverne jamais impunément contre son peuple, et faire le pari de l’apathie populaire pour finir de piller le pays est une folie. Le réveil se fait partout et, face à la trahison qui se dévoile chaque jour un peu plus, le pays pourrait basculer dans une situation qui deviendrait rapidement incontrôlable, de surcroît face à une caste de funambules.
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