ANALYSE – Moscou tisse sa toile dans l’océan Indien, révélateur des fragilités françaises

ANALYSE – Moscou tisse sa toile dans l’océan Indien, révélateur des fragilités françaises

lediplomate.media — imprimé le 27/12/2025
Drapeau Russe devant l'océan Indien

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Dans les relations internationales, les grandes puissances ne s’imposent plus par la force brute : elles occupent les espaces que d’autres désertent. Dans l’océan Indien, la Russie l’a compris avant tout le monde. Et la France, puissance riveraine par La Réunion et Mayotte, semble découvrir trop tard que son influence n’y va plus de soi.

À bas bruit, loin des champs de bataille ukrainiens, une autre guerre se joue — silencieuse, politique, patiente. Moscou n’y cherche ni la confrontation directe ni la démonstration militaire. Elle s’y installe. Et cette méthode, redoutablement efficace, commence à produire ses effets, notamment à Madagascar.

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Madagascar, laboratoire de l’influence russe

La chute du pouvoir malgache à l’automne a ouvert une période de transition dont la Russie a immédiatement saisi le potentiel stratégique. Dans un pays épuisé par les pénuries d’eau et d’électricité, Moscou avance des réponses simples : énergie, hydrocarbures, investissements. Peu importe le régime, pourvu qu’il tienne.

La visite à Moscou, début novembre 2025, du nouveau président de l’Assemblée nationale malgache n’avait rien d’anecdotique. Réceptions à la Douma, discussions au ministère de l’Énergie, rencontres avec les milieux d’affaires : tout indique une volonté claire d’ancrage. Plus révélateur encore, le renforcement de la coopération éducative et culturelle, avec l’augmentation des quotas d’étudiants malgaches en Russie et l’ouverture annoncée d’un centre culturel à Antananarivo. La Russie ne se contente pas d’acheter des ressources : elle forme des élites.

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Une stratégie ancienne, jamais abandonnée

Ce retour russe n’est pas une surprise. Dès 2018, Moscou avait tenté d’influencer les équilibres politiques malgaches, y compris par des réseaux liés à Wagner. Des accords miniers avaient été signés, avant d’échouer. La coopération militaire, héritée de la guerre froide, n’a jamais été totalement interrompue. La Russie a simplement attendu son heure.

Cette constance contraste avec l’attitude française, trop souvent réactive, parfois absente, prisonnière d’un discours postcolonial qui l’empêche d’assumer pleinement ses intérêts.

Un pivot stratégique pour l’océan Indien

Madagascar n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique régionale : contrats sécuritaires russes au Mozambique, enracinement de réseaux sur la façade est-africaine, ouverture annoncée d’une ambassade russe aux Comores, à proximité immédiate de Mayotte. L’océan Indien devient un espace de rivalités, où chaque implantation compte.

La Russie n’y vise pas la domination, mais la déstabilisation douce. Elle ne chasse pas la France ; elle la rend inutile.

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La France face à ses renoncements

Le problème français n’est pas la puissance russe, mais son propre effacement stratégique. Paris parle de valeurs quand Moscou parle d’électricité. Paris invoque des processus quand Moscou promet des résultats. Dans des sociétés confrontées à l’urgence, le choix est vite fait.

À force d’hésiter entre repentance et désengagement, la France laisse s’installer une puissance concurrente dans ce qui fut longtemps son espace d’influence naturel. La conséquence est claire : affaiblissement de La Réunion et de Mayotte, recul sur les routes maritimes, perte de crédibilité régionale.

Une leçon de géopolitique

La Russie avance sans bruit, mais sans recul. Elle ne provoque pas ; elle s’installe. Et dans les rapports de force contemporains, ce sont rarement les discours les plus vertueux qui l’emportent, mais les stratégies les plus constantes.

À Paris de choisir : continuer à regarder l’océan Indien comme une périphérie, ou assumer enfin une diplomatie de puissance dans une région où l’absence se paie toujours comptant.

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