
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
La renonciation qui pèse comme une défaite stratégique
La phrase est simple, mais son poids est immense : Kiev renonce à l’adhésion à l’OTAN. Ce n’est pas un détail de négociation, c’est un changement de paradigme. Pendant des années, l’entrée dans l’Alliance a été présentée comme la seule véritable garantie de survie de l’État ukrainien ; aujourd’hui, elle devient une monnaie d’échange, sacrifiée sur la table de Berlin au nom d’une paix possible. Zelensky parle de compromis. En réalité, c’est l’aveu que la guerre a rétréci l’espace des choix jusqu’à les rendre binaires : continuer ou geler.
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Des garanties de sécurité sans parapluie atlantique
Le cœur de la proposition ukrainienne n’est pas la neutralité, mais le remplacement de l’article 5 par une mosaïque de garanties bilatérales. États-Unis, Europe, Canada, Japon : un réseau d’engagements juridiquement contraignants censés dissuader Moscou de nouvelles offensives. C’est une solution hybride, politiquement fragile et militairement ambiguë. Sans une présence américaine structurée, ces garanties risquent de trop ressembler à celles de 1994, lorsque Kiev renonça à son arsenal nucléaire en échange de promesses qui se révélèrent sans valeur.
La position russe : Objectifs minimaux, victoire narrative
Pour le Kremlin, la renonciation à l’OTAN est une victoire stratégique. Elle ne met pas fin à la guerre, mais entérine l’un des objectifs centraux de Moscou : empêcher l’élargissement de l’Alliance vers l’est. Les questions territoriales restent ouvertes, du Donbass aux zones occupées, tout comme l’idée d’une Ukraine formellement neutre, sans troupes étrangères sur son sol. Même un cessez-le-feu le long des lignes actuelles du front, s’il était accepté, cristalliserait une perte territoriale que Kiev continue officiellement de rejeter.
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Berlin comme laboratoire politique
Le format des pourparlers est révélateur. Les États-Unis sont présents mais pas en première ligne, l’Europe est appelée à peaufiner une proposition américaine déjà déséquilibrée, l’Allemagne endosse le rôle de médiateur réticent. L’arrivée des envoyés de Trump indique que Washington perçoit une ouverture, mais aussi que la Maison-Blanche veut refermer le dossier ukrainien en en réduisant les coûts stratégiques. Pour l’Europe, c’est un moment critique : soit elle accepte de devenir garante d’une paix imparfaite, soit elle découvre qu’elle ne dispose pas de véritables instruments pour l’influencer.
La dimension militaire : Gel, pas solution
Du point de vue militaire, un cessez-le-feu le long du front actuel est un gel du conflit, non sa résolution. La Russie conserve sa capacité de pression, l’Ukraine demeure dépendante de l’assistance extérieure, la dissuasion repose davantage sur la politique que sur les armes. Sans mécanisme crédible d’application, la trêve risque de n’être qu’une pause opérationnelle.
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Économie de guerre et reconstruction conditionnée
Sur le plan économique, la paix négociée ouvre deux scénarios opposés. D’un côté, la possibilité d’engager la reconstruction et de stabiliser les finances ukrainiennes, y compris en utilisant les avoirs russes gelés. De l’autre, le risque d’un pays formellement souverain mais structurellement dépendant, doté d’une économie militarisée et liée à double fil aux aides occidentales. La renonciation à l’OTAN n’efface pas les coûts de la guerre : elle les étale dans le temps.
Géopolitique de la renonciation
Le message qui sort de Berlin dépasse l’Ukraine. Il dit aux pays de l’ancien espace soviétique que le parapluie atlantique n’est pas garanti, et à Moscou que la pression militaire peut produire des résultats politiques. Pour l’OTAN, c’est un passage délicat : elle protège ses membres, mais accepte que la sécurité européenne demeure incomplète. La paix, si elle advient, ne sera pas une réconciliation. Ce sera un équilibre instable, bâti sur la renonciation de Kiev et la prudence de l’Occident. Un équilibre qui ne tiendra que tant que personne ne décidera de le mettre de nouveau à l’épreuve.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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