
Par Olivier d’Auzon
Une alliance affichée mais ambiguë
L’annonce de la signature de l’accord « Strategic Mutual Defense (accord strategique defense mutuelle) » (SMDA) signe le 17 septembre 2025 entre l’Arabie Saoudite et le Pakistan a suscité de nombreuses spéculations. Selon le communiqué conjoint, l’accord « vise à développer la coopération défensive et renforcer la dissuasion commune contre toute agression », en stipulant que toute attaque contre l’un serait considérée comme une agression contre l’autre. Mais il n’impose aucun engagement concret d’intervention militaire, introduisant une ambiguïté stratégique comparable à celle de l’Article 5 du traité de l’OTAN.
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Une réponse à un sentiment de vulnérabilité
Certains analystes interprètent ce pacte comme la réponse de Riyad à un sentiment de fragilité : l’Arabie Saoudite a pu se sentir déstabilisée par l’incapacité – ou la réticence – des États-Unis à empêcher Israël de bombarder le Hamas au Qatar, malgré la présence d’une base américaine majeure. Le recours à Islamabad, puissance nucléaire et alliée historique, apparaît alors comme une forme de dissuasion indirecte. En contrepartie, Riyad pourrait soutenir le Pakistan dans un futur conflit avec l’Inde, par exemple en suspendant ses exportations de pétrole.
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Un pacte d’abord symbolique
Si ce scénario stratégique a du sens, il ne constitue pas la raison principale de l’accord. Le SMDA semble surtout un geste symbolique destiné à renforcer l’image et le soft power des deux pays. Le Pakistan n’a jamais menacé Israël de manière crédible. Face à son rival nucléaire indien, qu’il considère comme une menace existentielle, Islamabad n’a jamais utilisé son arsenal atomique, et il est improbable qu’il le fasse contre Israël.
Un contexte régional qui tempère les risques
Israël et l’Arabie Saoudite entretiennent des relations relativement étroites malgré leurs désaccords sur la Palestine. Riyad n’héberge aucun groupe désigné terroriste par Tel-Aviv, contrairement au Qatar. L’Arabie Saoudite et l’Inde sont économiquement proches, New Delhi étant l’un des plus grands importateurs de pétrole saoudien. Les trois pays participent également au corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), suspendu en raison de la guerre à Gaza.
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Probabilité réelle d’une intervention militaire
Ni Islamabad ni Riyad n’ont jamais sérieusement menacé leurs alliés respectifs. Le Pakistan n’a jamais attaqué Israël, et l’Arabie Saoudite n’a jamais imposé d’embargo pétrolier à l’Inde. Le scénario militaire le plus crédible reste limité : un soutien mutuel si les Houthis relançaient des hostilités majeures contre Riyad. Mais même dans ce cas, l’histoire suggère que le Pakistan resterait prudent, comme en 2015 lorsqu’il avait refusé de fournir navires, avions ou troupes.
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Un message politique et diplomatique clair
Le SMDA semble avant tout politique : Riyad cherche à « sauver la face » après l’attaque israélienne contre le Hamas au Qatar et à rappeler aux pays musulmans l’importance de la coopération militaire et technologique au sein de l’Ummah. Pour Islamabad, l’accord réaffirme sa stature de puissance régionale sans l’engager dans des conflits lointains.
Un geste de soft power plus qu’un bouleversement stratégique
En résumé, le SMDA n’est ni un déclencheur de guerre nucléaire Israël-Pakistan ni l’annonce d’un embargo pétrolier sur l’Inde. C’est un geste symbolique destiné à réaffirmer la posture des deux États et à rappeler à l’opinion musulmane la nécessité de coopération intra-Ummah. Les analyses alarmistes exagèrent la portée réelle de cet accord.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

