ANALYSE – Le président Trump pète-t-il un câble ?

Donald Trump et Vladimir Poutine face à face, sur fond de sous-marins nucléaires américains en mer. Une image symbolique de l’escalade des tensions militaires entre les États-Unis et la Russie à l’été 2025.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Alain Rodier

Suite à des déclarations jugées « provocatrices Â» de Dmitry Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, le président américain Donald Trump a annoncé le 1er août via le réseau Truth Social, avoir ordonné le redéploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers des zones proches de la Russie. 

Il indique qu’ « en raison des déclarations hautement provocatrices de l’ancien président de la Russie, Dmitry Medvedev, j’ai ordonné le positionnement de deux sous-marins nucléaires dans des zones appropriées, au cas où ces propos stupides et incendiaires seraient plus que de simples mots. Les mots sont très importants et peuvent souvent entraîner des conséquences imprévues. J’espère que ce ne sera pas le cas cette fois Â». En passant, il a qualifié Dmitry Medvedev de « président raté qui se croit encore président Â» en référence à période de 2008 à 2012 durant laquelle il a exercé le poste avec comme chef du gouvernement un certain Vladimir Poutine…

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Avec la brutalité qui lui est désormais habituelle, Dmitry Medvedev avait vivement réagi à cet ultimatum. Il a qualifié cette démarche d’un « pas vers la guerre Â» et a averti que la Russie « n’est pas Israël ni l’Iran Â» rappelant  que son pays dispose toujours d’un arsenal nucléaire développé depuis l’époque soviétique. Il a aussi dénoncé une stratégie américaine qui repose sur la menace et la pression.

Aucune précision n’a été donnée sur quel type de sous-marin avait été engagé toute la sous-marinade américaine étant à propulsion nucléaire.

Bien sûr, aucun indice de zone de positionnement n’a été donné.

Le Pentagone n’a pas annoncé de changement officiel dans la posture militaire américaine.

Même si le président américain est connu pour ses déclarations à l’emporte-pièce qui soucient peu de diplomatie, il semble qu’il ait commis là un impair car jamais l’autorité politique n’annonce à l’avance une mission confiée aux forces armées, et surtout pas dans le domaine de la flotte sous-marine dont la qualité première est sa discrétion. 

Il est vrai que cette déclaration survient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Moscou.

Donald Trump très « déçu Â» par la « non réponse Â» de Vladimir Poutine à ses ouvertures politiques, avait adressé en juillet un ultimatum à la Russie exigeant un cessez-le-feu en Ukraine dans un délai de 50 jours. N’obtenant toujours pas de réponse, il a fixé le 8 août comme date limite faute de quoi, il menace d’imposer des sanctions économiques étendues aux pays tiers qui continuent à acheter du pétrole (et des armes) russe.

S’il semble croire modérément à l’impact de ces mesures sur son homologue russe en ayant déclaré le 31 juillet : «  je ne sais pas si les sanctions le dérangent Â», il semble décidé à viser les gros acheteurs comme l’Inde.

Le « cas Â» indien

L’Inde est troisième plus grand consommateur d’énergie. Cette dernière dépend à 85% des importations de pétrole brut. 

New Delhi aurait demandé à ses raffineurs publics d’élaborer des plans d’urgence et de rechercher d’autres fournisseurs potentiels de brut, notamment au Moyen-Orient et en Afrique de l’Ouest. Déjà, quatre grandes compagnies pétrolières publiques indiennes, représentant à elles seules plus de 60 % de la capacité de raffinage du pays, ont suspendu leurs achats de brut russe.

Toutefois, les raffineurs privés indiens, dont Reliance Industries et Nayara Energy – cette dernière compagnie étant en partie détenue par le russe Rosneft – restent les plus grands importateurs de pétrole russe du pays.

Mais à l’heure actuelle, quatre pétroliers transportant du brut russe sont en attente au large de la côte occidentale de l’Inde.

L’Achilles et l’Elyte sont ancrés près du port de Jamnagar alors qu’ils devaient initialement arriver au terminal voisin de Sikka fin juillet et le Destan et le Horae sont au mouillage au large.

Cette crise survient dans le contexte d’un changement du comportement de l’Inde suite aux menaces du président américain qui s’est engagé à imposer des droits de douane de 100 % aux pays qui continuent d’importer de l’énergie russe à moins que Moscou ne mette fin à sa guerre en Ukraine d’ici le 8 août. Pour le moment, ses exportations vers les USA ne sont taxées qu’à 25%…

Parallèlement à ce signal politico-militaire, les États-Unis ont dépêché à Moscou Steve Witkoff, conseiller spécial de Donald Trump, dans le cadre d’une mission diplomatique visant à obtenir un cessez-le-feu. Il semble qu’il ne faille rien attendre de cette nouvelle visite.

Il est vraisemblable que Moscou ne va pas céder à la pression et les États-Unis vont mettre en œuvre une nouvelle vague de sanctions à l’encontre de la Russie et de ses partenaires économiques.

Sur le plan militaire…

Les États-Unis possèdent à la mi-2025 la flotte sous-marine la plus importante avec 71 submersibles tous à propulsion nucléaire. La composante maritime de la dissuasion nucléaire est assurée par 14 SNLE de classe Ohio armés de missiles à têtes mirvées Trident I (portée : 6.400 kilomètres) pour les plus anciens et de Trident II (portée : 11.300 kilomètres) pour les plus récents. 

Le reste sont des sous-marins d’attaque (SNA). 

Nul ne sait combien sont en patrouille à la mer en permanence mais il est probable que l’annonce du président américain concerne des SNA qui peuvent être légèrement rapprochés des côtes russes encore que la possibilité d’un bluff ne soit pas à écarter.

En effet, le risque est aussi important car les forces aéromaritimes russes vont certainement intensifier leurs actions de détection dans les jours qui viennent et, en cas de contact, un incident est toujours possible.

Il est fort probable que Trump s’est encore une fois lancé dans une rhétorique qui fait sa spécificité.

Mais cela n’empêche qu’il obtient presque tout ce qu’il veut car il a les moyens de faire peur à ses interlocuteurs étrangers grâce à la puissance économique que représentent les États-Unis. Deux seules capitales semblent aujourd’hui rétives : Moscou et Pékin.

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