ANALYSE – Soudan : La bataille de Wad Madani et l’offensive sur Khartoum

Abdel Fattah al-Burhan
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Sylvain Ferreira

Le début du mois de janvier 2025 risque de rester dans l’histoire comme un tournant décisif dans la guerre civile soudanaise. En effet, la victoire des forces armées soudanaises à Wad Madani et l’offensive simultanée menée à Khartoum a profondément modifié la dynamique du conflit en faveur des forces gouvernementales du général al-Bourhane qui préside le conseil militaire de transition du Soudan.

La clef d’Al-Jazira

La bataille de Wad Madani s’inscrit dans le cadre de l’offensive orchestrée par les Forces Armées Soudanaises (FAS) dans le but de reprendre la région d’al-Jazira aux Forces de soutien rapide (FSR). La 1re division d’infanterie a joué un rôle prépondérant dans les combats. Forte d’environ 8 000 soldats, appuyés par des véhicules blindés et de l’artillerie, elle a établi un cordon autour de Wad Madan pour encercler la ville. Le général al-Bourhane a mis en avant l’efficacité de cette approche qui correspond à celle adoptée par l’armée russe en Ukraine : « Nous avons mis en œuvre un encerclement progressif pour couper les lignes de repli et de ravitaillement des FSR« , ce qui a permis la capture de plus de 500 combattants des FSR. L’opération a mobilisé 12 batteries d’artillerie pour écraser les positions des rebelles et limiter autant que possible les pertes dans les rangs des FAS. Par ailleurs, l’escadron aérien 202 a réalisé plus de 200 missions, ciblant spécifiquement les dépôts d’armes et les centres de commandement de la FRR. Un officier, souhaitant rester anonyme, a déclaré : « Nos frappes ont été effectuées avec précision, visant à affaiblir la capacité opérationnelle des FSR tout en évitant des dommages excessifs aux infrastructures civiles. » Le bataillon de forces spéciales « Saiqa » a joué un rôle déterminant dans les combats, sécurisant plusieurs zones stratégiques telles que le pont de Hantoob, où ils ont neutralisé environ 40 soldats rebelles. Des opérations psychologiques ont également été mises en œuvre, avec des appels à la reddition diffusés par le biais de haut-parleurs et de drones, ce qui a contribué à réduire les pertes civiles, estimées à moins de 100 personnes. « Nous avons tout mis en œuvre pour limiter les victimes civiles, en émettant des avertissements avant les frappes« , a précisé un porte-parole des FAS. La prise de contrôle du pont de Hantoob a constitué un tournant majeur de la bataille. « Contrôler ce pont, c’était maîtriser le cœur de la ville« , a commenté un expert militaire sur Al Jazeera. Le 11 janvier, les FAS ont officiellement repris Wad Madani, bien que les FSER aient poursuivi des opérations de harcèlement, entraînant des pertes supplémentaires estimées à 50 soldats des FAS[1]. La reconquête de Wad Madani constitue une victoire stratégique pour les FAS mais le coût humain et les destructions opérées restent importantes. En effet, environ 250 000 personnes ont été déplacées, aggravant une crise humanitaire déjà dramatique. « La situation ici est catastrophique ; les gens fuient sans savoir où aller« , a confirmé un travailleur humanitaire. Par ailleurs, les tactiques de guérilla employées par les FSR ont démontré que même dans la défaite, elles pouvaient encore représenter une menace significative, avec des attaques de représailles faisant au moins 30 morts parmi les civils.

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L’offensive sur Khartoum

En parallèle à la bataille de Wad Madani, les Forces Armées Soudanaises (FAS) poursuivent avec succès leur offensive sur Khartoum afin de reprendre le contrôle de la capitale. Cette opération, qui a débuté le 26 septembre 2024[2], implique une utilisation intensive de l’artillerie ainsi que des frappes aériennes pour déloger les FSR qui occupent le centre-ville depuis le début du conflit en avril 2023. L’offensive s’est distinguée par une série d’attaques coordonnées sur plusieurs fronts, avec des troupes déployées depuis Omdourman, une ville voisine de Khartoum, afin de couper les voies d’approvisionnement des FSR. Des milliers de soldats ont été mobilisés, mettant un accent particulier sur la sécurisation des ponts reliant Khartoum à ses villes voisines, Omdourman et Bahri, qui sont cruciaux pour le contrôle de la capitale. Le général al-Bourhane a supervisé personnellement les opérations depuis des positions avancées, illustrant son engagement direct dans cette phase décisive de la guerre. « Nous devons reprendre notre capitale pour démontrer notre détermination et notre capacité à rétablir l’ordre« , a-t-il déclaré lors d’une visite aux troupes sur le terrain. Les FSR en difficulté font néanmoins preuve d’une résilience notable. Tirant parti de leur connaissance approfondie des rues de Khartoum, ils ont engagé les forces gouvernementales dans des combats urbains prolongés, utilisant chaque recoin pour mener des embuscades et des attaques de harcèlement. « Nous avons transformé chaque ruelle en champ de bataille« , a déclaré un commandant des FSR dans une communication interceptée. La mobilité des RSF leur permet de mener des opérations rapides de frappe et de retrait, perturbant ainsi l’avancée des FAS. Parallèlement, les FSR tentent de réorganiser leurs forces en vue de lancer des contre-offensives.

Vers la victoire des forces gouvernementales ? Aujourd’hui, au sud de Khartoum, les FAS poursuivent leur progression vers l’ouest en direction d’Omdourman. Le 13 janvier, elles ont déjà repris la ville de Wad Ab Saleh sur la route Kassala-Khartoum[3]. Rien ne semble indiquer que les FSR disposent de moyens suffisants pour les stopper. Seules des opérations rétrogrades correctement exécutées leur permettront de se replier en ordre tout en gagnant du temps. Sur le terrain diplomatique, la position des FSR est de plus en plus isolée. Le 15 janvier, le ministre des Affaires étrangères égyptien était au Soudan pour rencontrer le général al-Bourhane afin d’aplanir les relations entre les deux pays[4]. La semaine dernière, les Etats-Unis avaient accusé les FSR de génocide[5]. Néanmoins, le 16 janvier, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions contre al-Bourhane qui est accusé de crimes de guerre contre les civils. Les négociations entre les deux parties sont au point mort et c’est bien sur le terrain militaire que le conflit semble se régler en faveur des FAS et toujours aux détriments de la population civile. 


[1] https://www.reuters.com/world/africa/sudanese-army-advances-retake-city-wad-madani-rebels-2025-01-11/

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/09/26/guerre-au-soudan-l-armee-lance-une-offensive-sur-khartoum-largement-aux-mains-des-paramilitaires_6335109_3212.html

[3] https://t.me/Suriyak_maps/5100

[4] https://www.dailynewsegypt.com/2025/01/15/egyptian-foreign-minister-meets-sudans-burhan-pledges-continued-support/

[5] https://www.usaid.gov/news-information/press-releases/jan-16-2025-sanctions-against-sudanese-armed-forces-leader

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